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Partis politiques et consolidation démocratique : processus en panne à cause de l’argent ?

Alors que le Mali vit a nouveau une transition politique, quel est le rôle des partis politiques dans la consolidation démocratique ? Cette question a été le thème d’un café politique organise le jeudi 2 décembre par l’Institut néerlandais pour la démocratie multipartite (NIMD). Les échanges ont ouvert la voie à de nombreuses réflexions sur le sujet.

 

 

Parmi les diverses thématiques abordées par les panélistes, figurait en bonne place le rôle de l’argent corrupteur dans la vie politique au Mali. Les panélistes ont assez débattu pour offrir, au final, des pistes de réflexion qui peuvent être étudiées pour en tirer quelque chose d’utile pour l’avancement de la démocratie.

Sur la question du financement public des partis politiques, Nouhoum Sarr, membre du Conseil national de transition (CNT) et président Front africain pour le développement (FAD) a expliqué que depuis la création du parti, ses membres sont fermement opposés à ce principe : « Un parti politique est un groupe qui soutient des valeurs, une conviction et une vision. Et pour appliquer cette vision et défendre ces valeurs, il doit quand même être en mesure de mettre ensemble les énergies physiques ou financières. » Il faut plutôt investir l’argent alloué ailleurs, dans des services sociaux de base, pour améliorer le quotidien des Maliens, pense-t-il.

« Un parti sans financement est fragile »

Ce n’est pas de l’avis de l’ancien premier ministre Moussa Mara, pour qui supprimer le financement public reviendrait à ouvrir la voie au financement privé. Celui-ci est pourtant toujours accompagné de contrepartie, ce qui est encore plus grave, signale-t-il. Il renchérit en faisant remarquer que « la politique coûte de l’argent. » Ce qu’il faut plutôt faire, selon lui, c’est de maintenir le financement public et de travailler sur son allocation : « Il faut faire en sorte que le financement public ne vienne pas couronner simplement l’existence d’un parti politique. Qu’il soit efficace et serve véritablement les activités du parti qui sont utiles à la collectivité ». Et, à côté du financement public, offrir la possibilité du financement privé mieux organisé.

Abondant dans le même sens, Abdourahamane Ben Mamata Touré, avocat à la cour, a estimé que ce n’est pas tant l’argent du financement qui est en cause que la raison du financement. Et comme M. Mara, Me Touré dira que le financement public est un moyen de préservation des partis politiques des lobbies. Parce qu’un parti politique sans financement est fragile et, ajoute-t-il, « un parti fragile peut se faire acheter, financer pour conquérir le pouvoir, pour des intérêts qui ne seront certainement pas l’intérêt généralSurtout dans le contexte sécuritaire actuel de notre pays où, par un système de financement indirect, des narcotrafiquants peuvent arriver à contrôler le parlement voire l’État ».

Sortir l’argent des élections

« L’État finance les partis ; les partis achètent les citoyens », a laissé entendre la modératrice du débat, Célia D’Almeida.

A M. Nouhoum Sarr de dire que l’importance de l’argent dans la politique a été tellement magnifiée par les grands partis politiques qui dirigent le Mali, que « le citoyen qui doit faire ses choix, en principe sans pression ou contrainte, est totalement désemparé ».

Pour l’ancien premier ministre Moussa Mara, « il faut tout faire pour que l’argent, la marchandisation des suffrages ne soit la règle dans notre système ». L’argent est poussé à bout dans la sphère politique malienne à tel point que certains ne sont candidats à une élection que simplement parce qu’ils ont de l’argent, a-t-il déploré.

Pour sortir de la marchandisation des suffrages aux élections, Me Touré a proposé d’explorer d’autres modes de vote. Parce que le mode de suffrage actuel au Mali, le suffrage universel direct, repose sur le principe qu’un citoyen est égal à une voix. Ce qui offre la possibilité aux citoyens de voter comme il l’entend et, donc, de pouvoir marchander sa voix. « Avec la pauvreté, est-ce que le suffrage universel direct ne favorise pas l’achat des consciences ? », s’interroge-t-il. Selon lui, il existe plusieurs modes de suffrages, de délibération collective : « Il y a le système indirect comme aux États-Unis, le tirage au sort, l’examen, le concours. Autant de modes de délibération qui peuvent permettre de sortir l’argent des élections ».

Pour Mara, rien ne prouve qu’en allant vers le système indirect, par exemple comme aux États-Unis, avec le système de grands électeurs, on ne pourrait pas acheter les personnes qui représenteraient la masse.

Une chose est sûre, les échanges ont ouvert la voie à de nombreuses réflexions sur le sujet. Il faudrait capitaliser cela et poursuivre les débats, afin de trouver une solution au pouvoir corrupteur de l’argent pendant les élections dans notre pays.

Source : Benbere

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