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Mali : l’état piégé

Le Mali se porte mal et il a mal dans toutes ses composantes essentielles : son territoire, sa population, son pouvoir politique.

 

Le Dialogue National Inclusif sera-t-il le remède miracle espéré ou un simple place-bot ? Le Mali est-il toujours un Etat ?

L’ÉTAT DU MALI EN QUESTION

En droit international, trois éléments permettent d’identifier un Etat : une population, un territoire, un gouvernement ou autorité politique. Apparemment, les conditions de l’Etat sont réunies mais le Mali a mal à son territoire, à  sa population et même à son pouvoir politique. Il a mal à son territoire parce que dans les limites territoriales, la compétence de l’État est pleine, exclusive et entière. Ce n’est pas le cas aujourd’hui avec l’enclave de Kidal. Il a également mal à sa population parce que certains de ses enfants qui se réclament de l’AZAWAD rêvent d’une autre nationalité, sans compter tous ces aventuriers vaquant au centre du pays à des occupations mal définies et qui n’ont d’autres références que l’invocation d’Allah pour réclamer des droits sur le Mali. Enfin, le Mali a un grave problème de gouvernance. Combien de premiers ministres et de ministres ont eu le temps de célébrer un an de fonction au cours des cinq dernières années seulement ?
Pour les élus (Députés, Conseillers Nationaux et Maires), à défaut d’élections pour renouveler leur mandat, ils sont quasiment devenus des « permanents » souvent par auto-reconduction. Tout cela a fini par créer un vrai malaise qui fournit la preuve par l’absurde que nous ne sommes ni dans une démocratie normale, ni dans un pays normal.
Dans ce cas, comment mériter le respect des autres qui savent que nous ne disposons pas d’organes crédibles pour représenter l’État et exprimer sa volonté ? Naturellement, le bon et vieux principe de non-ingérence est devenu au Mali une simple vue de l’esprit, parce qu’il a cédé la place à l’hypocrisie résultant du rejet du fonctionnement interne.

UNE SOUVERAINETÉ DE PRINCIPE

L’article 21 de 1a Charte des Nations-Unies énonce bien que « l’organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses membres » et, comme la souveraineté est soumise au droit international, « un État souverain ne saurait se voir imposer à un droit supérieur ». Cependant, il existe des limites à la souveraineté des Etats, tirées de trois exceptions qui semblent toutes concernées le Mali dans sa position actuelle :
–    Un Etat qui sollicite une intervention militaire extérieure le fait au détriment de sa propre souveraineté ;
–    En cas de crise grave, au nom du droit d’ingérence humanitaire, des Etats tiers peuvent intervenir dans le pays concerné ;
–    Le Conseil de Sécurité peut faire usage du chapitre 7 et imposer aux États de venir en aide à d’autres pays en cas de rupture de la paix ou de menace grave à un État, et ce par tous les moyens même par l’usage de la force.
Devant cette situation que le Mali vit pour la première fois de son histoire, que reste-t-il au peuple fatigué et déçu de ses hommes politiques qui ne se battent en réalité que pour la conquête et la conservation du pouvoir ?
Sur qui s’appuyer aujourd’hui pour sortir le Mali de la crise ? Les jeunes, les femmes, les fonctionnaires, les autorités religieuses ou coutumières ? Ceux qui n’ont pas choisi leur bord politique se sont retranchés dans un mutisme proche de la démission. Naturellement, les gouvernants ont perdu la main face à la communauté internationale qui est sans état d’âme.
Le Dialogue National Inclusif permettra-t-il de réunir le peuple malien dans un véritable élan de réconciliation et de vérité pour qu’il réaffirme à la face du monde son droit de disposer de lui-même ? A défaut, notre destin risquerait bien de se jouer ailleurs et contre nos intérêts, comme se jouent dans les Bourses européennes les prix de nos matières premières. Un principe issu de la Révolution française institue « Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».
C’est une bouée de sauvetage qui peut servir à la société civile mobilisée, pour faire face à notre prochaine mise sous tutelle qui se prépare dans certains Cabinets européens.
Le problème créé au Mali l’a été par des hommes politiques irresponsables qui n’ont jamais eu le sens de l’Etat pour se mettre au-dessus des contingences de partis et de personnes, créant un système de clientélisme sur fond de corruption qui, à son tour a fait naître par endroits des frustrations mal contenues. Si la remise en question de cette pratique n’est pas obtenue à travers des confessions significatives, le Dialogue National aura alors servi à très peu de chose.
Mahamadou Camara
Email : [email protected]

Canard Déchaîne

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