Suivez-nous sur Facebook pour ne rien rater de l'actualité malienne

Mahamadou Dianka : ‘‘les manquements ayant jalonné la tenue des législatives ne doivent pas nous conduire à jeter le bébé avec l’eau du bain’’

Entre nous. Si nous prenons les conséquences pour les causes une fois de plus nous risquons de passer à côté de l’essentiel c’est à dire le fond du problème.
C’est un euphémisme de dire que les maux ( mauvaise gouvernance, corruption clientélisme, affaiblissement de l’état de droit manque de justice sociale, crises scolaire et sanitaire, insécurité , tout ce que vous voulez et j’en passe ) qui assaillent ce pays sont nombreux et patents.

Cependant, toutes ces crises découlent de l’absence de modèle socioéconomique adapté à nos réalités et garantissant un «équitable» partage de la richesse nationale avec plus de justice sociale.
Aussi notre architecture institutionnelle telle que définie à la sortie de la conférence nationale de 1991 n’a pas permis (presque 30 ans après) l’expression d’une réelle légitimité au profit des pouvoirs successifs qui pourtant bénéficient du fait de la loi de prérogatives immenses. Et cela tant dans la gestion des hommes que dans celle de la richesse nationale.
Ces deux facteurs principaux (parce qu’il y en a d’autres) combinés contribuent à décrédibiliser l’Etat aux yeux des citoyens qui du coup apparaît comme un prédateur et non protecteur.
Alors le Malien de Tessalit en huitième région ne sentira plus cet Etat dans sa vie de tous les jours lui qui manque de tout et qui pour venir à Bamako mettra dix jours au moins. Même le manœuvre de Sougounikoura de Medine dans le district de Bamako ( pourtant physiquement très proche du centre névralgique du pouvoir ) ne perçoit la présence de l’Etat qu’à travers la répression dont il fait l’objet en longueur de journée par les policiers et autres agents municipaux.
La manifestation la plus répandue de ce déficit de confiance des citoyens vis à vis de l’Etat réside dans le fait qu’à chaque fois qu’un Malien ( et cela qu’il soit allé à l’école ou pas ) est amené à faire recours ou est convoqué par l’administration ( police , gendarmerie, justice, mairie, services des impôts et domaines, hôpital, EDM, SOMAGEP, ONT, etc…) son premier réflexe est de chercher et trouver qui il connaît là-bas. A défaut il faudra payer si tu n’as pas la chance de tomber sur les quelques rares agents conscients. Comme s’il ne s’agissait pas d’un service public, comme s’il allait solliciter une faveur alors même qu’en tant que usager l’administration a le devoir de ne pas rompre le principe de l’égalité des citoyens devant la loi vis à vis de lui. Il en est ainsi dans toutes nos interactions avec l’Etat.
Si l’on ajoute à cela les agissements de certains agents véreux pourtant dépositaires de l’autorité publique on peut facilement expliquer la facilité avec laquelle des zones entières du pays échappent à notre contrôle non seulement par infériorité militaire mais aussi et surtout ( j’insiste sur surtout ) par l’adhésion des populations locales à ce que les nouveaux acteurs ( groupes rebelles et djihadistes ) leur présentent comme alternative. Surtout que cette alternative offre l’illusion de plus de justice sociale facteur de stabilité. Alors cet état de fait brise tout encrage local socle indispensable à la réussite de toute action de développement.
Or comme souligné plus haut seul un pouvoir véritablement légitime ( et peut être juste aussi ) est à mesure de corriger ces insuffisances et nous doter d’un vrai modèle socioéconomique avec le citoyen au cœur des priorités définies ensemble assurant une plus juste répartition des maigres richesses du pays . A ce jour, notre environnement institutionnel ne permet pas l’émergence d’un tel pouvoir.
Inutile de rappeler que de 1992 à nos jours le Mali n’a connu aucune alternance véritable. Tous les présidents élus de AOK à IBK étaient des candidats de l’appareil. Quand les autres pays jadis cités avec le Mali comme modèles démocratiques en Afrique (Sénégal et Benin) ont tous connu au moins deux alternances véritables avec des présidents sortants battus pendant ce temps. D’ailleurs notre taux de participation aux différentes élections historiquement bas n’est-il pas la conséquence de notre système électoral biaisé du début à la fin ? Ne venez pas me parler de la Cour de Manassa parce qu’elle n’est que la partie visible de l’iceberg. C’est toute la chaîne qui est grippée depuis l’élaboration des textes législatifs régissant le domaine jusqu’à la proclamation des résultats.
C’est dire que vous avez des réglages à faire dans nos textes pour parvenir à faire refléter dans les résultats de nos élections la volonté réelle du peuple. Seul gage de stabilité du pays et de ses institutions.
Voilà brièvement notre cocktail national ayant entraîné ce qu’on a convenu d’appeler nos crises multiformes mais qui trouvent toutes leur fondement dans nos mauvaises habitudes et des textes obsolètes et inadaptés à nos réalités de cette décennie naissante.
Il convient dès lors de se réunir et de trouver des solutions pour qu’ensemble nous puissions nous doter d’un véritable arsenal juridique avec à la clé un nouveau contrat social plus juste.
Le DNI tenu récemment était une étape importante dans cette quête de stabilité. Les graves manquements ayant jalonné la tenue des législatives (première résolution du dialogue) ne doivent pas nous conduire à jeter le bébé avec l’eau du bain. Au contraire nous devons accentuer la pression sur les gouvernants pour aller vers l’application des autres résolutions sans malice aucun et en n’y apportant les corrections nécessaires.
Le nouveau cap qu’on recherche, on peut le trouver ensemble sans casser le thermomètre qui sert de régulateur pour un meilleur équilibre social.
Les équilibres très fragiles que nous avons ne nous autorisent un saut vers l’inconnu. Une rupture de la légalité constitutionnelle sous quelque forme que ça soit est la porte ouverte à toutes les aventures. Les souvenirs douloureux de 2012 sont encore dans nos esprits et nous ne devons pas perdre de vue que même la patience des partenaires a des limites.
Ni ko michi deni mokagon na sara doun?
Le salut du pays est à ce prix et à ce prix seulement.
Salam..

INFO-MATIN

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Suivez-nous sur Facebook pour ne rien rater de l'actualité malienne
Ecoutez les radios du Mali sur vos mobiles et tablettes
ORTM en direct Finance