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Mafia et politique : les leçons en Afrique

La mise en examen par la justice française de l’homme d’affaires Vincent Bolloré, soupçonné d’avoir, en contrepartie de son soutien à la campagne du président guinéen Alpha Condé, obtenu la concession du Port de Conakry en dit long sur la collision entre les milieux financiers et politiques, surtout à l’orée des élections.

Récemment, le président sud-africain Jacob Zuma a été contraint à la démission pour ses relations privilégiées avec une riche famille d’origine indienne, devenue un Etat dans l’Etat d’Afrique du Sud. Quid de Sarkozy, « suffisamment entré dans l’Histoire » grâce au présumé financement de sa campagne par le Guide de la révolution libyenne, qu’il a fini par mettre à mort ?

Sans être exhaustif, on peut dire qu’il y a quantité de dirigeants et hommes politiques corrompus dans le monde. Prenant le contrepied des discours mielleux et des propos lénifiants qu’ils servent à longueur de journée aux électeurs, beaucoup de politiciens excellent dans les tractations ou les combinaisons aux antipodes des intérêts du peuple.

Qu’en est-il du Mali où l’on s’apprête à organiser une présidentielle et des législatives cruciales pour l’avenir ? Ne vivant pas à la périphérie du monde, il va sans dire que ce qui se fait ailleurs, se répercute ici. L’ampleur de la corruption politique est même peut être plus grande dans notre pays où le législateur n’a pas fixé une barre dans le financement de campagne par le candidat à ne pas franchir qu’ailleurs.

Il faut vraiment faire preuve d’une grande habilité à ne pas voir la réalité en face que de douter de la constance de la corruption pendant la campagne électorale au Mali. Malgré une charte de bonne conduite, qui interdit l’argent, les pagnes, T-shirt et autres gadgets de campagne, la pratique est visible à l’œil nu. Des exemples ?

Des supplétifs d’hommes politiques au-dessus de tout soupçon, payent rubis sur l’ongle des « participants » aux meetings politiques et des électeurs qui votent pour leurs candidats pour peu qu’ils en donnent la preuve à leur sortie de l’urne. Pour une rencontre avec des autorités coutumières ou religieuses, on paye aussi de l’argent appelé « frais de déplacement », qui cache mal un achat de conscience.

Pourquoi donc l’argent coule à flot en période électorale alors que le Malien d’habitude évite l’ostentation ? La réponse est simple : des élites corrompues et des hommes d’affaires locaux, tablant sur des situations de rentes éternelles, repèrent les bons chevaux sur lesquels ils misent. Ils s’attendent à un retour sur investissement par le biais de marchés taillés sur mesure, d’exonérations de complaisance, de monopoles de fait ou de postes juteux et autres recommandations… C’est pourquoi, ils n’hésitent pas à « financer sans compter » plusieurs campagnes.

Pays aux ressources minières avérées et au potentiel agricole indéniable, le Mali est également, au moment des campagnes électorales, la cible de « généreux » investisseurs étrangers qui poussent à la roue (financièrement s’entend) des candidats, espérant tirer les marrons du feu.

Peu importe l’odeur de l’argent pour les candidats, décidés coûte que coûte à être calife à la place du calife. C’est alors le ballet des narcotrafiquants, des mafieux et autres personnes peu recommandables, tous soucieux de blanchir leur argent sale.

Comment un homme qui conquiert le pouvoir ainsi peut-il réellement changer la gouvernance, être juste et équitable ; lutter contre la corruption ? C’est pourtant la profession de foi des candidats. Mais une fois élu, l’homme de confiance du peuple a tôt fait de retourner sa veste… jusqu’au prochain cap.

Un éternel recommencement qui devrait nous interpeller sur la faiblesse de nos textes après 27 ans de pratique démocratique.

Abdoul Majid Thiam   

Le Focus

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