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Insécurité : le pays s’embrase !

De fait, notre pays est divisé en deux. Il y’a ceux qui trinquent et ceux qui triment. Il faut le dire haut et fort : Au nord et au centre, on trime, on souffre, on se meurt ; au sud, certains trinquent. C’est ce spectacle désolant que nous offrent ces honteuses cérémonies grandioses de fêtes (surtout à l’occasion de ces ruptures de jeûne collectives) pendant que dans le Mali profond, il ne se passe pas un jour sans que des villages soient attaqués, brûlés, totalement ravagés, et des Maliens assassinés par dizaines.

Quel contraste entre les ruptures de jeûne auxquelles s’adonnent, à longueur de fin de journée, depuis le début de ce mois béni de Ramadan, nos plus hautes autorités, nos ministres, responsables d’associations et autres.

Quel paradoxe, entre ce spectacle et les difficultés que rencontrent nos pères, mères, sœurs et frères de Douentzan, Bankass, Koro, Gossi, etc. C’est à une véritable chasse à l’homme que s’adonnent les milices donsos dans ces zones, chassant les Peuls de leur territoire, les pourchassant des terres sur lesquelles ils ont vécu, des années durant, à travers des générations et des générations.

Le dernier cas en date est celui du week-end dernier. Un week-end au cours duquel, pour la première fois, de mémoire d’homme, n’a pu se tenir la foire hebdomadaire, du dimanche, à Douentzan. La veille, faut-il le signaler, des hommes armés, habillés en Donsos, avaient arrêté des bergers et les avaient dépossédés de leurs troupeaux de bœufs, moutons, et autres ruminants. Certains ont été tabassés et gravement blessés avant d’être laissés pour morts à la lisière de Douentzan.

En guise de protestation à cette attaque, des jeunes Peuls ont envahi la ville et empêché la tenue du marché et toute autre activité dans la ville avant qu’ils ne récupèrent, ou que les forces de l’ordre ne le fassent pour eux, leur bétail. Dans ce brouhaha, pris de panique, certains habitants ont été blessés dans des incidents et accidents légers à l’intérieur de la ville. Le cas le plus sérieux est celui de cette femme qui, en voulant rentrer précipitamment chez elle, a eu un accident et s’est cassé la jambe droite.

La situation est restée tendue, presque, toute la journée, avant que n’interviennent les Fama (Forces armées maliennes) pour calmer les esprits. Elles ont été aidées en cela par les autorités locales et la Minusma sur place. Auparavant, les Donsos avaient pris position (Ils s’y trouvent encore) à la sortie de la ville, côté sud-est.

À présent donc, à Douentzan, c’est un calme précaire qui prévaut grâce, surtout, reconnaissent les populations, à l’implication du préfet et du maire qui se sont investis, personnellement, auprès de la Minusma et des Fama. La situation pourrait dégénérer à tout moment quand on sait que les troupeaux sont toujours aux mains des Donsos, au vu et au su de tout le monde, à seulement une dizaine de kilomètres de la ville dans une base installée par eux, depuis deux mois, selon nos sources, au niveau d’un village nommé Badiari. Un village du secteur de Koubewel Koundia, juste après Douentzan.

D’ailleurs, toute cette zone est soumise au paiement d’une taxe de 1000 FCFA par mois/par ménage et encaissée par ces soi-disant Donsos qui ont promis à ces populations d’assurer leur sécurité afin qu’elles puissent cultiver leurs terres au cours de la saison des pluies qui s’annonce (lire le communiqué de Da Na Amassagou).

Pour être plus précis, il faut noter que la taxe, pour ce qui concerne la zone de Douentzan, est prélevée par les Donsos à Badiari, Tigné, Olkia, Ambaga, tous les villages de la commune de Koumbawel Koundia, le village de Ewery (à 5 km du dernier poste, direction Gao, après Douentzan) et Coumbena.

Aux dernières nouvelles, pour ce qui concerne cette affaire, qui, même si elle n’a fait aucune victime humaine, a fortement ébranlé la ville de Douentzan qui n’avait jamais connu d’affrontements intercommunautaire du genre, les «enleveurs de bétail» auraient décidé de remettre les troupeaux aux autorités à condition qu’elles les remettent à leurs véritables propriétaires car, disent-ils, ils ont été volés par de jeunes peuls. Eux seraient donc devenus des justiciers qui se substitueraient à l’Etat qui a totalement démissionné et déserté cette zone.

Ces évènements survenus à Douentzan ne sont pas les seuls à déplorer ces temps-ci. Malheureusement, pendant qu’ils se la coulaient douce, à Bamako, dans leurs bureaux climatisés, rompant le jeûne (pour ceux qui l’observaient), à coup de millions, trois personnes ont été tués dans la commune de Tori-Bankass par des Peuls. Les trois personnes, une femme et deux hommes, quittaient le marché de Dialassagou et partaient pour Kourkanda Habé.

Il faut aussi noter le saccage et l’incendie de la brigade territoriale de gendarmerie et la sous-préfecture de Nyamina, région de Koulikaoro, à une centaine de kilomètres de Bamako, le lundi 27 mai dernier aux environs de 20 heures. Le même jour, une heure auparavant, des affrontements avaient été signalés, entre communautés, dans le village de Ouro Oumarou Barké, cercle de Bankass. Dimanche, c’est dans la région de Ségou, précisément dans la zone de Ké-Macina, que des affrontements avaient été signalés. Là, on signalait une dizaine de morts.

Tout cela se passe, quasiment, au moment où Dan Nan Ambassagou publie un communiqué dans lequel il «informe l’opinion nationale et internationale de la situation qui prévaut dans les zones inondées (Djenné, Tenenkou, Youwarou et Mopti) et exondées (Badiangara, Bankass, Koro et Douentzan) de la région de Mopti».

Face à la recrudescence des violences dans ces zones, surtout à l’approche de la période des pluies, poursuit le communiqué, les éléments de Dan Nan Ambassagou de ces zones se sont réunis, le dimanche 26 mai 2019 au pays dogon et les participants ont décidé de sécuriser les populations de ces zones en organisant des patrouilles pour, selon le communiqué, «mettre hors d’état de nuire les bandits qui tenteront de s’attaquer à ces paisibles citoyens».

À côté de Douentzan, la ville de Hombori a, elle aussi, connu, mardi, sa journée de perturbation de foire hebdomadaire. Un peu avant midi, des hommes armés ont fait irruption dans la ville et tiraient des coups de feu.

Ce qui est choquant, c’est que pendant ce temps, pendant que nos frères meurent, que d’autres arrivent, à peine, à manger ; qu’ils ne parviennent plus à mener aucune activité génératrice de revenus, certaines sablent le champagne, boivent et mangent tout ce qu’ils désirent à satiété et poussent le comble de l’hypocrisie jusqu’à faire croire qu’ils ne sont là que pour les populations. Ils sont nombreux à jouer dans cette cour d’inconscients et d’insouciants ; d’hypocrites à col blanc,se faisant des millions sur le dos des pauvres Maliens, se nourrissant de cette crise.

Les spectacles de «ruptures de jeûne choquantes», ce n’est pas ce qui a manqué ces dernières semaines dans un pays où l’on doit observer un deuil permanent. On a vu un prétendu mouvement dénommé «Maliens tout court» rompre le jeûne, tenez-vous bien, à Sheraton. Quel paradoxe ! Comparez un peu le cadre de cet établissement hôtelier et à celui dans lequel vivent, depuis des années, des Maliens dans le camp de réfugiés de M’Berra. Savent-ils, même, les responsables de ce mouvement, ce que vivent les gens pour lesquels ils disent se battre ? Ont-ils la moindre idée de ce que les populations du nord endurent tous les jours ?

Il nous revient que les ressources minières de Kidal sont pour quelque chose dans la création de ce mouvement par son principal initiateur. Nous ferons exprès de ne pas évoquer ici l’image ridicule que le président de la République (invité surprise) et le Premier ministre ont renvoyé à leurs compatriotes en rompant le jeûne, tranquillement, ensemble, avec des invités triés sur le volet, à la primature, pendant que la région de Mopti brûlait.

Last but not least, à Somadougou, dans le cercle de Mopti, le mardi 28 mai 2019, on a assisté à une véritable chasse à l’homme-peul par, disent plusieurs témoins, les chasseurs de Dan Na Ambassagou. Tout a commencé, selon nos sources, la veille dans l’après-midi. Les populations peules présentes dans le village ont constaté un renforcement progressif des effectifs des militaires maliens au cours de la journée jusqu’au soir, de la même veille, de lundi. Plus tard, dans la même nuit, un mouvement suspect de jeunes dogons autochtones, jusqu’ici, nous dit-on, paisibles, a été constaté par les Peuls.

À l’heure de la prière de l’aube, les jeunes du village appuyés par des chasseurs venus des environs ont enclenché une attaque sanglante contre les Peuls (nous taisons le bilan pour l’instant). Devant la fureur des assaillants, les Peuls se sont d’abord dirigés vers le poste de l’armée pour trouver refuge et devant le mauvais accueil constaté, ils se sont dispersés dans la brousse environnante pour s’y réfugier. À ce jour, dit-on, tous les survivants (femmes, hommes et enfants) sont dans les broussailles sans secours.

En plus des autochtones peuls de Somadougou, les Peuls originaires des cercles de Koro, Bankass et Bandiagara, fuyant les exactions dans leurs cercles respectifs, se sont établis dans le village de Somadougou et ses environs à partir de janvier 2019, suite aux violences meurtrières dans le cercle de Bankass. La plupart des nouveaux venus étaient dans l’expectative de trouver un itinéraire favorable. Somadougou est à 35 km de Sévaré.

À suivre

Makan Koné

Source : Nouvelle Libération

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