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Gestion des déchets biomédicaux : Des risques sanitaires élevés

Leur présence dans les décharges publiques décuple les facteurs de contamination de l’environnement et des personnes qui viennent chercher de quoi vendre pour subvenir à leurs besoins

Les déchets biomédicaux constituent un énorme danger pour la société. Ils représentent non seulement un risque pour la santé humaine, en termes de maladies infectieuses, mais également pour l’environnement. Ils doivent être manipulés et éliminés avec beaucoup de soins. Malheureusement, on constate que des tricycles transportent les déchets biomédicaux des centres de soins qui ne disposent pas d’incinérateurs vers des établissements où ils seront incinérés. Ils sont emballés dans des sachets plastiques, sans aucune précaution rigoureuse, et transportés à ciel ouvert. Donc, la gestion des déchets biomédicaux dans les centres de santé et milieux hospitaliers, demeure une réelle préoccupation.
Nous sommes mercredi 9 octobre 17 heures, à la grande décharge de Badalabougou. Un groupe de femmes et d’enfants errent sur la montagne d’ordures à la recherche de vieux objets pouvant être revendus. Ces « récupérateurs », selon l’expression consacrée par les services d’assainissement exercent une activité, dont la pratique les expose à des risques de contamination par des germes qu’on pourrait retrouver sur des tas d’immondices.

Qu’est-ce qu’un déchet biomédical ? L’ingénieur sanitaire et chef de division hygiène à la direction générale de la santé, Moussa Ag Hamma explique : « les déchets biomédicaux sont une partie des déchets hospitaliers pouvant constituer un danger, produits par des établissements de soins. Il s’agit de déchets anatomiques humains constitués de tissus, de restes d’organes ou de déchets piquants ou tranchants pouvant perforer ou couper la peau comme les aiguilles, seringues, lames, ou encore des déchets infectieux contenant des micro organismes.
Pour le spécialiste, les risques liés aux déchets biomédicaux sont énormes. Leur manipulation entraîne des risques de transmission de certaines maladies, comme le VIH, l’hépatite et d’autres infections bactériennes ou virales. Selon lui, les risques des déchets biomédicaux sont classés en trois catégories, à savoir les risques physiques, biologiques et les risques environnementaux. En ce qui concerne les risques physiques, il estime que dans les centres de santé, on peut trouver des déchets biomédicaux tranchants ou coupants. Le manipulateur court le risque de se faire couper ou piquer par ces déchets, s’il ne prend pas les précautions requises. Quant aux risques biologiques, ils sont associés aux soins, des risques d’infection dite nosocomiale. C’est-à-dire des infections qu’on acquiert dans les centres de santé, par exemple le coton ou la compresse en contact avec une blessure souillée, pouvant véhiculer des micros organismes d’une personne à une autre.
Enfin l’aspect environnemental. Le spécialiste précisera que si les déchets biomédicaux sont jetés dans l’environnement, il y a des risques d’infiltration de ces déchets par la pluie et le vent. « Il s’agit de déchets spéciaux, quand on les brûle comme les ordures ménagères, ça peut produire de nouveaux éléments toxiques dans l’environnement qu’on appelle des dioxines et des furannes qui sont de nature à porter atteinte à la santé des populations. Raison pour laquelle, ces déchets doivent faire l’objet d’un traitement spécifique avec un matériel spécifique », avertit Moussa Ag Hamma.
Pourtant, ces dangers ne dissuadent point les récupérateurs. Ceux-ci ne mesurent pas la gravité de la situation et s’exposent naivement. Sur la montagne d’ordures de Badalabougou, Djénèba Samaké une sexagénaire, nous confie que depuis plus de 8 ans, elle pratique la « récupération » des ordures dans le but de les revendre pour subvenir à ses besoins. Elle rencontre toutes sortes de déchets tranchants et piquants, notamment des déchets hospitaliers. « J’ai été plusieurs fois blessée par des aiguilles provenant des centres de santé », raconte-elle, en nous montrant, une blessure sur la cheville. Malgré ces blessures à répétition liées à la manipulation des déchets biomédicaux, Djénéba Samaké affirme n’être jamais allée en consultation. « Je me soigne avec des médicaments traditionnels en appliquant sur la blessure des tranches de citron, car je n’ai pas les moyens pour aller à l’hôpital », explique-t-elle.

TRI MAL FAIT- Comment ces déchets se retrouvent-ils dans les décharges ordinaires ? Moussa Ag Hamma explique que « si l’on retrouve les déchets biomédicaux dans les dépôts ordinaires, cela veut dire que le tri est mal effectué au niveau des centres de santé », indique le spécialiste. Le tri des déchets est le préalable. Il y a ensuite des poubelles de différentes couleurs, destinées à les recevoir. Il existe trois types de poubelles dans les centres de santé (la poubelle noire, la rouge et la jaune). La poubelle noire est destinée à recevoir des déchets assimilables aux ordures ménagères comme les papiers, les emballages de seringues, les sachets d’eau plastique, les cartons, le flacon vide d’eau de javel, les débris alimentaires. La poubelle jaune reçoit les objets coupants, tels que les verreries, les tubulures de perfusion, les flacons de sérum et les déchets issus de la vaccination etc. Et les objets piquants dans la boîte de sécurité à côté de la poubelle jaune. Pendant que la poubelle rouge est destinée pour recevoir les déchets anatomiques (les organes amputés, les placentas), les déchets infectieux (emballage imprégné de sang, compresse, bande, les pansements, etc.) et les déchets radioactifs périmés.
Abdoulaye Maïga est hygiéniste au Centre hospitalo-universitaire Gabriel Touré. Il explique que la contamination des personnes est le premier risque lié aux déchets biomédicaux. Il souligne lui aussi les lacunes par rapport à la bonne gestion des déchets biomédicaux. Des faiblesses qui sont à l’origine de la présence de déchets hospitaliers dans la nature. Il confesse que sa structure a des difficultés à acquérir des matériels de tri. « Nous manquons de moyens pour avoir les conteneurs des déchets, les poubelles à code couleurs pour bien faire le tri des déchets », soutient Abdoulaye Maïga.

Makan SISSOKO

Source: L’Essor-Mali

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