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Fatima Al-Ansar décline sa vision tout en lançant un « appel pressant » à toutes les organisations maliennes travaillant dans le domaine de la résolution des conflits, de la médiation et de la prévention de l’extrémisme violent «unir leurs efforts»

En marge de la conférence-débat sur « religions, laïcité et citoyenneté : quels enjeux pour le Mali ? », la nouvelle directrice de Timbuktu Institute-Mali, nous a accordé la première interview depuis sa prise de fonction, la semaine dernière. A la tête de cette structure de recherche-action, prônant la prise en compte des ressources endogènes et l’expérimentation des approches agiles en contexte de crise, Fatima al-Ansar décline sa vision tout en lançant un « appel pressant » à toutes les organisations maliennes travaillant dans le domaine de la résolution des conflits, de la médiation et de la prévention de l’extrémisme violent à « unir leurs efforts dans le cadre d’une coalition inclusive d’acteurs ».

 

L’Indépendant : Vous venez d’être nommée à la tête du Think Tank, Timbuktu Institute, qui est un Centre africain d’études sur la paix. Quelle est la portée de la mise en place de cette structure au Mali, d’autant qu’il y a bon nombre d’organisations qui interviennent sur cette question ?

Fatima Al-Ansar : Cette démarche est en droite ligne avec la conférence-débat que nous avons organisée, le samedi 25 septembre dernier. Avant la création de Timbuktu Institute, les différents acteurs, nationaux, régionaux ou internationaux rencontrés et consultés, ont tous déploré soit l’insuffisance de capacités endogènes ou leur non-valorisation dans la recherche de solution aux conflits ou la prévention des crises en Afrique. Saisissant ce retard accusé dans ces efforts de production d’une pensée critique et constructive à la fois pour traiter des grandes problématiques liées à la paix et à la stabilité mais aussi la rareté déplorable de cadres de réflexion prospective valorisant les solutions endogènes et inclusives, Timbuktu Institute s’est voulu un instrument régional pouvant pallier ce manque.

L’Indép : Dans ce cas, quelle sera votre recette magique pour y parvenir lorsqu’on sait que d’autres l’ont tenté avant vous ?

F.A : Il faut savoir que l’autre vocation de Timbuktu Institute est la formation des nouvelles générations sur les méthodes et approches innovantes en matière de promotion de la culture de la paix mais aussi le renforcement des capacités des acteurs devant élaborer les politiques publiques. Bien que tenant beaucoup de la dimension endogène des solutions, cela ne nous empêche pas de travailler avec les partenaires internationaux sur les questions liées à la consolidation de la paix et à la prévention des conflits ainsi que des violences qu’elles soient d’ordre politique, identitaire, voire religieux, etc. Mais tout cela en assumant pleinement notre passé riche de ses métissages et brassages. Ces ressources sont parfaitement mobilisables, aujourd’hui, pour accélérer notre processus de réconciliation.

L’Indép : Depuis l’éclatement de la crise multidimensionnelle au Mali en 2012, on a tellement entendu de déclarations de bonnes intentions et des vœux pieux. Quels sont vos atouts pour atteindre les objectifs fixés à savoir le retour de la paix?

F.A : La différence est que l’installation de l’Institut dans notre pays coïncide avec un moment critique, un tournant où nous n’avons plus le choix que d’avancer ou exposer le pays à une inextricable crise en plus des difficultés actuelles. Justement, dans ma vision à la tête de Timbuktu Institute-Mali, je milite avec des partenaires internationaux du Mali à la co-construction des solutions par une approche qui prenne en compte nos préoccupations.

Dans cet esprit d’une approche holistique et inclusive, notre premier programme qui sera bientôt lancé est intitulée « la Parole aux Maliens : pour la réconciliation » s’inscrivant pleinement dans le cadre des documents stratégiques comme la Stratégie nationale de réconciliation et celle sur la prévention de l’extrémisme violent récemment validée. L’échec des stratégies basées sur le « nation building » en Afghanistan nous rappelle qu’il faut écouter le terrain et non pas lui imposer des paradigmes conçus ailleurs.

L’Indép : Dans vos propos, vous avez émis l’idée de lancer une large coalition des acteurs de la recherche-action pour des solutions endogènes. En quoi consiste-t-elle ?

F.A : Vous savez, il y a tellement de dispersion de précieux efforts dans le cadre des actions menées par les structures de recherche-action comme par les organisations de la société civile malienne. Mais, de plus en plus, on peut noter une réelle volonté de synergie surtout que les urgences nationales sont bien là au point de rapprocher les visions. Timbuktu Institute cherche, dans l’urgence à donner corps à cet esprit unitaire qui se dessine malgré la gravité de la situation. Après la prise de contact avec nombre de ces acteurs dans toutes les régions du Mali, j’entame avec mon équipe, dès la semaine prochaine, une série de rencontres avec les organisations partageant cette vision. Je pense que c’est le moment ou jamais d’agir. Il faut bâtir ces synergies pour booster les initiatives endogènes inclusives, les promouvoir et les appuyer par une réflexion stratégique.

Pour moi, ce n’est pas antinomique avec la coopération internationale ; c’est une simple valorisation des solutions que les Maliens eux-mêmes peuvent proposer. Je crois beaucoup plus à cette autonomisation de la réflexion sur nos problèmes qu’à la volonté de jouer des rivalités internationales ou d’importer des conflits. Les Maliens et leur volonté de paix et de réconciliation font aussi partie de la solution. Si nous ne sommes pas autour de la table des solutions nous serons forcément dans le menu des convoitises. Il suffit de créer un déclic et d’avancer vers la réconciliation. Nous en avons les ressources si nous parvenons à faire face aux crises politiques. Reste maintenant la volonté.

SourceL’Indépendant

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