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Biennale spéciale : retour aux sources ?

Prévue du 24 au 31 décembre 2017, l’édition spéciale de la Biennale artistique et culturelle du Mali se tient 7 ans après celle de Sikasso, en 2010. Reportée à plusieurs reprises en raison de la crise politico-sécuritaire qui a secoué le pays depuis 2012, cette édition spéciale marquera non seulement la volonté de « continuer à vivre », mais contribuera également à la paix et à la réconciliation, à travers rencontres entre tous les jeunes et expressions des valeurs culturelles, socle du vivre ensemble.

« Le retour de la Biennale est une exigence de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale et constitue l’un des engagements de son annexe 3 », explique Yacouba Kébé, chargé de communication au ministère de la Culture. Pour organiser le renouveau de ces retrouvailles entre jeunes du Mali, les autorités misent sur une mobilisation générale, même si les conditions font de cette édition une « Spéciale ». D’abord, parce qu’en principe, après l’édition de Sikasso en 2010, la Biennale devait se tenir à Mopti en 2012. Une année marquée par le début d’une crise dont le Mali subit toujours les conséquences. Pour la première fois depuis sa création, cette « manifestation majeure, expression de toutes les facettes de la culture malienne », va regrouper, en plus de toutes les régions du Mali, y compris celles nouvellement créées, une troupe venue de la diaspora et une autre représentant les personnes vivant avec un handicap, pour marquer le caractère inclusif de la Biennale, car il faut que « les Maliens retiennent qu’ils peuvent vivre ensemble », ajoute M. Kébé. Les jeunes doivent retrouver des repères, « se rencontrer, échanger sur leurs difficultés peut dissiper les malentendus », soutient Makan Doucouré, Directeur général par intérim de l’Institut National des Arts (INA).

La culture comme repère

L’une des causes de cette crise qui perdure serait l’absence de brassage continu entre les différentes couches de la société, selon cet acteur. L’objectif initial de la Biennale, appelée Semaine nationale de la jeunesse par les autorités de la Première République, était en effet de rassembler la jeunesse, « de lui donner une orientation, une vision et de lui permettre de revisiter sa culture », selon M. Doucouré. Si elle n’existait pas, il aurait fallu inventer la Biennale en cette période. Le Mali vit une situation délicate et il « n’y a pas un moment plus propice pour organiser la Biennale. Nous cherchons à recoudre le tissu social. Ceci est un moyen idéal pour y parvenir », note Mahamane Assalia Maïga, Directeur régional de la culture de Ménaka. En préparation avec sa troupe dans cette localité, il précise «ceux qui vont jouer ont été choisis parmi les enfants de chaque ethnie. La Biennale est la bienvenue et va contribuer à la cohésion entre les jeunes », avant d’ajouter que certains jeunes vont découvrir pour la première fois le sud et « se rendre compte que le Mali est un grand pays et qu’il n’y a pas d’exclusion ». M. Maïga espère en tout cas que cette manifestation contribuera à la paix, tant recherchée par tous. « Dès que vous parlez du Nord, pour certains c’est la mort. Il y a des bandits, mais ce n’est pas tout ».

Enthousiastes et prêts à braver les difficultés liées à la situation sécuritaire, ce sont les sentiments qui prévalent au sein de la délégation de Tombouctou, coachée par Boubacar Diallo, Directeur régional de la culture dans la Cité des 333 saints. « Les conditions de sécurité sont difficiles, mais nous tenons à les braver. Tombouctou a toujours été sur le podium et tient à y figurer encore en 2017 ». Cet esprit de compétition s’ajoute à celui que doit incarner la Biennale, aux yeux de M. Diallo. « C’est une Biennale qui doit contribuer à la réconciliation entre tous les Maliens. Cela crée un brassage et constitue un cadre idéal.  Elle permettra aussi de découvrir de nouveaux talents, qui vont rehausser l’image du Mali ».

Même si l’ambiance paraît moins enthousiaste, elle n’en est pas moins sereine du côté de la troupe de Kidal, basée à Gao. « Nous sommes sereins. Les artistes sont heureux de participer, ils sont en famille », affirme Alimane Ag Al Kamadass, Directeur régional de la jeunesse de Kidal. Si la situation l’oblige à se préparer avec sa troupe loin de leur base, cet ancien acteur de la Semaine locale, qui garde un bon souvenir de la Biennale, espère qu’elle servira à remettre tous les Maliens ensemble. « Nous sommes en période de crise. Le fait pour les gens d’être ensemble est très important. Les jeunes de Kidal, de Mopti, à Bamako, c’est une bonne chose. Cela fait un certain temps qu’ils ne se sont pas retrouvés », affirme-t-il, ajoutant qu’il faut que les gens se rappellent que la culture demeure malgré tout.

À l’internat, pour régler les détails techniques, la troupe de Sikasso est « en train de mettre les bouchées doubles, puisqu’il s’agit d’une édition spéciale », note Adama Niang, Directeur régional de la culture. Même s’ils n’ont pas obtenu tous les moyens sollicités, M. Niang et ses acteurs se réjouissent de l’accompagnement des autorités et estiment que cette Biennale, qui vient « à son heure », peut contribuer à apaiser les tensions. « Les régions ont l’occasion d’exprimer leurs attentes par rapport à la crise que nous vivons », affirme le Directeur, assurant que sa région apportera « sa contribution à l’édifice national. » 

Relever le défi de l’organisation

Spéciale, cette Biennale l’est à maints égards. Habituellement constituées d’une centaine de personnes, les délégations attendues compteront cette fois 70 participants au maximum. En outre, les conditions d’hébergement des troupes, qui seront pour la plupart dans des écoles, ne sont pas « forcément idoines », reconnaissent les responsables du ministère de la Culture. Même si le budget alloué est moins conséquent que lors des éditions précédentes, le département se réjouit de l’engouement suscité.  « Les écoles, les élus locaux, le Gouvernorat du District de Bamako, le ministère de l’Administration territoriale, se sont investis pour que les lieux d’hébergement qui ne sont pas encore au point le soient au moment voulu », souligne Yacouba Kébé. Loin d’occulter la question, les organisateurs disent avoir « pris en compte à un niveau élevé la question de la sécurité », afin de garantir les déplacements des troupes et le bon déroulement de la manifestation. Le budget a aussi amené les organisateurs à faires des « arbitrages dont ont souffert certaines disciplines », comme la danse, qui a été enlevée de la compétition. Une décision que regrette le Directeur de l’INA, car « nos pas et danses traditionnels nous apprennent des choses sur nous et que la Biennale est une éducation de masse. » Acteur majeur de la Biennale depuis ses premières heures, au cœur de l’organisation des cérémonies d’ouverture et de clôture entre 1980 et 1990, Kardigué Laïco Traoré juge cependant inopportun le moment de la tenue de cette édition. Se définissant lui-même comme un enfant de la Biennale et dirigeant actuellement les répétitions de la troupe de Bamako (en chœur), il pense que la Biennale devrait plutôt célébrer l’unité à laquelle nous aspirons aujourd’hui. La tenir maintenant, c’est comme faire fi de la situation que nous vivons. « Si le processus de réconciliation est en marche, faisons en sorte qu’il aboutisse », dit-il, invitant tous nos concitoyens à avoir un « élan de solidarité envers nos compatriotes qui souffrent ».  Mais, pour les organisateurs, ce serait plutôt donner raison à ceux qui nous combattent. « Le Mali a fait le pari de sortir de la crise et de reprendre tous les aspects de la vie que nous avions avant. La culture en fait partie », soutient M. Kébé.

Regrettant que les autorités ne « réfléchissent pas assez la Culture », M. Doucouré estime pour sa part que « la culture est comme un terreau. Il faut l’entretenir, la faire vivre ». Si nous pouvons prendre des choses chez les autres, il nous faut les adapter, car nous « avons des valeurs qui nous déterminent et un développement qui ne repose pas sur des substrats culturels est voué à l’échec ».

Journal du mali

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