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Suspendre internet, l’arme fatale

La République démocratique du Congo, qui a suspendu internet dans l’attente des résultats de l’élection présidentielle, est loin d’être le seul pays du continent à imposer le silence au web en période de crise

«Trop, c’est trop.» La colère éclate dans la voix de Nnenna Nwakanma, directrice de politique à la Fondation du World Wide Web, créée il y a dix ans par l’inventeur du web, Tim Berners-Lee, dans le but de favoriser l’accès universel à internet. «Ce gouvernement veut museler sa population, il ne respecte pas ses citoyens, il leur coupe la parole, c’est le contraire d’un Etat de droit. Je rêve du jour où en Afrique on pourra voter le matin, avoir les résultats le soir et, le lendemain, continuer sa vie tranquillement.»

Ce jour n’est pas près d’arriver en République démocratique du Congo (RDC), qui n’a encore jamais vécu une passation de pouvoirs pacifique depuis son indépendance, en 1960. Dimanche, le pays a voté pour élire ses députés, ses autorités provinciales et surtout son président, qui devra succéder à Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001 et dont le départ est attendu depuis deux ans. Mardi, les émetteurs FM de la populaire voix de Radio France internationale ont été l’un après l’autre éteints. La correspondante principale de la radio française s’est vu retirer son accréditation.

Un silence social intentionnel

Et le gouvernement a fini par confirmer que les coupures d’internet constatées depuis lundi midi étaient bien intentionnelles. «Il y a des gens qui intoxiquaient la population avec de faux chiffres concernant les élections. Et cela préparait la population à un soulèvement populaire», a justifié auprès de l’AFP le conseiller diplomatique du président Kabila, Barnabé Kikaya bin Karubi. Plus de WhatsApp, de Facebook ou même de SMS pour échanger et communiquer, plus de sites de journaux pour s’informer.

Un silence social assourdissant, touchant les 81 millions d’habitants de ce pays de 4 milliards de kilomètres carrés, qui pourrait rester en vigueur jusqu’à dimanche, jour prévu pour la publication des résultats compilés par la Commission électorale nationale indépendante, la CENI. Qui elle-même a reconnu avoir plus de mal à travailler sans internet. «Nous ne dormons pas. Nous faisons de notre mieux pour qu’on publie les résultats le 6 janvier. Mais si on n’y arrive pas, à l’impossible nul n’est tenu», a déclaré son président, Corneille Nangaa.

La liberté de la presse menacée

Ce jeudi, RFI a finalement obtenu le soutien du gouvernement français, qui appelle au «respect de la liberté de la presse, un élément clé pour garantir la transparence et la crédibilité du processus électoral». L’Union européenne et les Etats-Unis ont aussi dénoncé les coupures d’internet.

En Mauritanie, en Sierra Leone, au Cameroun, et même en Ethiopie, où le régime a récemment changé, des suspensions ont aussi été ordonnées lors de manifestations sociales, lors de tensions politiques. En RDC, c’est la troisième fois depuis début 2018, selon Arnaud Froger, le responsable Afrique de Reporters sans frontières. «C’est une tendance extrêmement inquiétante qu’on a déjà pointée, se désole l’activiste, de plus en plus de pays censurent internet, et ils le font de plus en plus souvent. Les opérateurs obéissent aux injonctions des autorités. RSF leur demande de résister.»

«C’est une atteinte aux libertés individuelles, accuse aussi Alex Corenthin, le président de l’association africaine des noms de domaine. Et ça jette un doute légitime sur la transparence du processus électoral.» Il pointe que les pays qui recourent le moins à la censure sont aussi ceux où il y a le plus de concurrence entre les fournisseurs d’accès, et que les pays les plus à risque sont ceux où un opérateur historique bénéficie d’une concession de service public, qui relève de la souveraineté nationale. «Les opérateurs n’ont pas le pouvoir de résister. Or les outils d’internet peuvent aider à une bonne gouvernance; au Sénégal les réseaux sociaux ont permis l’alternance démocratique. La société civile doit insister sur l’impact d’internet.» Comme l’impact économique: un jour sans internet coûte 0,4% de son PIB à la RDC, signale la Fondation du World Wide Web.

La taxe sur les réseaux sociaux : une autre stratégie législative

Un autre moyen auquel ont eu recours plusieurs pays africains en 2018 pour maîtriser la conversation sociale a été d’augmenter les taxes sur les réseaux sociaux. Des stratégies législatives qu’ont tentées l’Ouganda, la Zambie ou le Bénin – qui a dû reculer. La situation est encore plus extrême au Tchad, sans réseaux sociaux depuis neuf mois, souligne Arnaud Froger, de RSF. «On ne va pas sur les réseaux sociaux par frivolité pour mettre des selfies ou pour bavarder, accuse Nnenna Nwakanma, la taxation fait partie de la vie des Etats mais celle-ci est comme une dictature, une suppression des droits. Aujourd’hui l’économie numérique est l’avenir de l’Afrique, c’est un pourvoyeur d’emplois, c’est une école en ligne!»

Faible consolation: les pays africains sont loin d’être les seuls à recourir à la censure d’internet. Le Brésil, l’Inde, la Turquie, l’Arabie saoudite entre autres y ont aussi eu recours en 2018.

 

Source: letemps

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