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Libération d ’Amadou Haya Sanogo : La seconde mort des bérets rouges

La Cour d’appel a mis fin (sans verdict ?) lundi 15 mars dernier au procès pour enlèvements, assassinats et complicité d’assassinat d’Amadou Haya Sanogo, meneur d’un putsch en 2012, et d’une quinzaine de co-accusés, confirmant les craintes des défenseurs des droits humains après des années d’atermoiements. C’est dire que ce dossier de crime de sang est définitivement enterré sans la tenue d’un procès. Des voix s’élèvent au Mali et à l’étranger pour dénoncer l’impunité orchestrée autour de cette affaire qui a vu l’assassinat de 21 militaires (bérets rouges). Ceux-ci viennent d’être assassinés pour la seconde fois. 

La liberté accordée au chef de l’ex-junte et à ses compagnons continue de susciter des réactions au niveau des organisations de défense des droits humains et des victimes.

Aussi Aminata Soumaré, une femme qui se dit victime de viol lors des évènements de mars-avril 2012, dénonce une parodie de procès.

« C’est un procès arrangé à l’avance », regrette Aminata Soumaré. Elle menace de porter plainte auprès des juridictions internationales. « Ce n’est plus la peine de continuer avec la justice malienne. Je vais saisir la justice internationale. Là-bas le droit sera dit », a-t-elle fulminé.

“Le verdict de ce jour est une honte pour la justice malienne et pour les juges maliens qui ont libéré Amadou Haya Sanogo (auteur du coup d’Etat de 2012 au Mali, ndlr) qui a massacré des gens, qui a enlevé des femmes pour ensuite les violer”, dénonce dame Soumaré.

Aminata regrette que “le président de transition Bah Ndaw n’a raconté que ce qu’il veut lors de son investiture. Ce procès était l’occasion pour lui et son vice-président Assimi Goïta de redonner un nouveau souffle à la justice malienne en vue de la réconciliation nationale”.

Après la libération d’Amadou Haya Sanogo, au nom de la loi d’entente nationale, des observateurs s’interrogent sur le sort d’éventuels autres auteurs de crimes dans la crise malienne.

Dans un communiqué rendu public vendredi 12 mars dernier, la Commission nationale des droits de l’Homme(CNDH) a dit sa préoccupation par rapport à la lutte contre l’impunité. La CNDH a exhorté les autorités à faire en sorte que l’application de la loi d’entente nationale ne fasse la promotion de l’impunité. Elle rappelle que la loi d’entente nationale, en son article 4, soustrait expressément de son champ d’application : « … les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les viols, les conventions internationales et africaines relatives aux droits de l’Homme et au droit international humanitaire et tout autre crime réputé imprescriptible ».

Par ailleurs, les défenseurs des droits humains n’ont cessé d’exprimer leur préoccupation que la justice aboutisse à la décision finalement rendue lundi 15 mars 2021 et ne crée un précédent, dans un pays en pleine tourmente où sont constamment dénoncées des exactions de toutes parts.

Bien que les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité soient exclus du champ d’application de la loi de 2019, Amnesty International et de nombreuses organisations ont dit leur crainte que la décision ne serve à des fins politiques pour exonérer de graves violations des droits humains.

« Le Mali souffre depuis longtemps d’une culture d’impunité face aux abus en tous genres. L’acquittement de Sanogo, rendu par une singulière ironie au nom de la réconciliation, adresse le mauvais message à tous ceux qui commettraient de tels abus, et représente un inquiétant pas en arrière dans la lutte pour l’Etat de droit au Mali », a déclaré Corinne Dufka, directrice pour le Sahel de l’ONG Human Rights Watch.

 Pour sa part, la Commission d’enquête internationale pour le Mali de l’ONU avait dénoncé l’impunité, la lenteur des procédures. Ainsi dans un rapport publié, le 29 janvier dernier, cette Commission avait indiqué ceci : « Une autre instruction, ouverte contre Sanogo et d’autres militaires pour des exactions en marge de la mutinerie du camp de Kati fin septembre 2013, est au point mort ».

Selon certains interlocuteurs, écrit la commission onusienne, l’absence d’avancées serait liée à l’influence discrète mais toujours avérée du général […] et à un manque de véritable volonté́ politique de voir ce dossier avancer.

Cette décision de mise en liberté d’Amadou Haya Sanogo et de ses co-accusés est donc perçue par une majeure partie de la population comme une sorte de prime à l’impunité au détriment des familles des victimes  On passe ainsi en pertes et profits les nombreux cadavres qui ont jonché le bref règne du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE) de Sanogo, capitaine à l’époque des faits.

Mémé Sanogo 

Source: Journal L’Aube- Mali

 

 

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