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Front social: le pacte de stabilité en panne

Le front social est en ébullition, marqué par des préavis de grève et des grèves de syndicats déterminés à faire entendre leurs revendications, et ce, malgré le pacte de stabilité sociale et de croissance signé en août 2023. Ce pacte, censé instaurer une période de stabilité, est mis à mal par les arrêts de travail observés par de nombreuses corporations syndicales.

La tension monte, notamment chez les médecins du plus grand établissement du pays, l’hôpital Gabriel Touré, qui ont cessé le travail le 28 mars dernier pour protester contre le placement en détention provisoire du Pr Broulaye Samaké, suite à un litige foncier l’opposant à un officier de l’armée. Le syndicat des travailleurs de l’hôpital dénonce « une arrestation arbitraire et une instrumentalisation de la justice » dans une affaire qui, selon eux, ne devrait pas conduire à l’emprisonnement. Selon le syndicat, la levée du mot d’ordre de grève est conditionnée à la libération sans condition du Pr Samaké.
En plus du personnel soignant, les enseignants de la faculté de médecine ont rejoint le mouvement, suspendant toutes leurs activités pédagogiques pour exiger, à leur tour, la libération immédiate du Pr Samaké.
Le Conseil national de l’ordre des médecins du Mali (CNOM) appelle également « à la proactivité » et affirme sa disponibilité à soutenir « toute action légale pour obtenir sa relaxe ». Une menace à peine voilée du CNOM d’accompagner d’autres initiatives de protestation, malgré leurs impacts négatifs dans le domaine de la santé.
« Nous demandons à nos collègues de rester en alerte pour de futures actions légales », insiste-t-il, tout en rappelant aux autorités judiciaires que « la liberté est la règle et la détention est l’exception ».
Cette affaire entre deux citoyens est devenue la principale revendication du syndicat de l’hôpital Gabriel Touré, avec des conséquences perceptibles sur le fonctionnement de l’établissement, malgré les assurances du directeur général. Presque tous les services fonctionnent au ralenti et les nouvelles évacuations sont référées vers d’autres structures de santé, a-t-on constaté.
L’hôpital du Mali n’a pas tardé, à son tour, de réagir en affirmant qu’il n’accepterait pas aussi de nouvelles admissions jusqu’à la libération du Pr Samaké. Si celle-ci n’est pas actée d’ici le vendredi, les travailleurs de l’hôpital du Mali pourraient aussi s’associer à la grève. “Les médecins de tous les centres de santé, tous les hôpitaux vont observer une cessation de travail à partir du vendredi’’, a annoncé le secrétaire général par intérim du syndicat des médecins. A ce jour, plusieurs structures sanitaires ont décidé aussi de mener une grève partielle. ‘‘Nous n’allons plus accepter de nouvelles admissions. Par ailleurs, nous allons veiller sur ceux qui sont déjà admis dans nos structures’’, ont affirmé des responsables syndicaux.
Ce différend, qui perturbe le bon fonctionnement de l’hôpital Gabriel Touré, suscite une vague d’indignation auprès de l’opinion nationale et de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH).
Celle-ci « invite le gouvernement et le syndicat du CHU Gabriel Touré à trouver dans les plus brefs délais une issue favorable à cette situation, dans le strict respect des droits à la grève et à la liberté syndicale, ainsi que du droit à la santé, qui sont consacrés par la Constitution du 22 juillet 2023 ».
Cette grève, lancée sans préavis, porte un coup au pacte de stabilité sociale et de croissance conclu entre le gouvernement, le patronat et les différentes centrales syndicales, dont la signature était censée apaiser le front social en réduisant le nombre de grèves.
À ce jour, comme au CHU Gabriel Touré, de nombreuses organisations syndicales observent des arrêts de travail pour revendiquer, contrairement à l’esprit et à la lettre dudit pacte, qui avait pourtant permis d’éviter des mouvements de protestation pendant un certain temps. Tel n’est plus le cas.
En effet, depuis des mois, les enseignants des écoles catholiques, épuisés par des mois d’attente de salaires impayés, avaient déjà exprimé leur mécontentement en cessant le travail.
Des milliers d’élèves, dont l’avenir est compromis, sont les victimes de cette situation due au non-respect des engagements de l’État, qui avait accordé en 2024 un sursis d’un an à l’application de la fin de ses subventions aux écoles catholiques.
Comme pour les écoles catholiques, dans les universités publiques, le Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (SNESUP) observe également une grève illimitée, exigeant le paiement des heures supplémentaires et des tâches liées à l’organisation et à la correction des examens, entre autres.
Ici, le gouvernement, qui appelle à privilégier le dialogue, est accusé par le secrétaire général du syndicat, le Dr Alou Diarra, de faire la sourde oreille, conduisant à une impasse.
« Malgré nos tentatives de dialogue, aucune solution concrète n’a été mise sur la table pour résoudre ce problème crucial », a-t-il déclaré, ajoutant que l’arrêt de travail était devenu le seul moyen, pour eux, d’obtenir le paiement intégral des sommes dues.
Alors que le gouvernement peine à résoudre la situation des écoles catholiques et celle des enseignants-chercheurs, le Syndicat national de l’éducation et de la culture (SNEC) brandit également un préavis de grève, dénonçant la mauvaise gestion administrative du personnel, les nominations arbitraires et le manque de transparence, le retard dans la mise en œuvre des engagements pris par les autorités, les inquiétudes croissantes quant à l’organisation des examens de fin d’année et l’intégration toujours en suspens des enseignants communautaires dans le budget 2024.
Par ailleurs, il y a le spectre de paralysie du secteur bancaire et établissements financiers avec le préavis du Syndicat National des Banques et Établissements Financiers (SYNABEF) qui envisage une grève de grève de 120 heures reconductible à partir du 7 avril prochain. Si le SYNABEF ne cesse d’égrener sa longue liste de revendication, la grève en vue est motivée par l’incarcération de deux agents d’Ecobank, depuis le 7 mars, sur fond d’émission présumée de «faux Swift», messages interbancaires internationaux en rapport avec le projet Mini-centrale hydro-électrique du Mali (PDM-Hydro) de l’EDM SA.
Avec tous ces mouvements, on est en droit de se poser la question si le pacte de stabilité sociale et de croissance signé en août 2023 ou la trêve aux revendications sociales est toujours d’actualité. Si son objectif n’est pas de mettre fin aux grèves, il vise à renforcer la concertation en vue de les réduire considérablement. Or, la plupart de ces grèves et préavis n’ont pas bénéficié de ce temps de dialogue, d’écoute mutuelle.

PAR SIKOU BAH

Source : Info Matin
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