Sans surprise après le Général Assimi Goita, qui s’est attribué le titre de général d’armée, Président de la Transition, chef de l’Etat de la République du Mali, sans le moindre suffrage du peuple, ce fut le tour du Capitaine Ibrahim Traoré, tout en gardant son grade de capitaine, s’est également autoproclamé Président du Faso avec un mandat de cinq ans renouvelable.
Ainsi par effet de contagion et surtout par souci d’harmonisation, le Général Tiani du Niger a imité ses deux prédécesseurs en s’autoproclamant Général d’armée, Président de la République du Niger avec un mandat de cinq ans renouvelable. Comme si cela ne suffisait pas il a pris un décret pour dissoudre tous les partis politiques au Niger. Tous ces actes sont posés en dehors de toute base légale, démocratique et légitime. Par ces gestes les Chefs d’Etat de ces trois pays viennent de donner un coup de massue à la démocratie. Pour rappel les trois pays de l’AES battent incontestablement un seul record en Afrique, celui du nombre de coups d’Etat perpétrés par leurs armées. En seulement 60 ans d’indépendance les trois pays totalisent au moins 18 coups d’Etat réussis sans compter les nombreuses tentatives avortées. Le Burkina Faso est en tête de peloton avec 8 coups d’Etat, suivi du Mali et du Niger avec chacun 5 Coups d’Etat. Cette instabilité chronique est incontestablement la cause fondamentale du retard de développement dans ces trois pays. Elle est la source de tous les maux dont souffre les Etats du sahel, car sans stabilité il n’y aura ni investissements encore moins de progrès économique et social. En effet, les trois pays de l’AES figurent parmi les pays les plus pauvres de la sous-région ouest africaine et du monde, pourtant ils regorgent d’énormes potentialités économiques ainsi que de ressources humaines compétentes, mais les coups d’Etat à répétition sont non seulement à la base de leur retard, mais ils y ont freiné la marche démocratique vers le développement et un mieux-être social. Comment ne pas attribuer aux coups d’Etat à répétition la cause fondamentale du sous-développement de ces trois pays que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger ? Il est indéniable que ce sous-développement ne peut s’expliquer que par l’instabilité politique chronique, le manque de culture démocratique et surtout par un faible niveau d’alphabétisation des populations.
Et pourtant dans les années 90, après le sommet de la Baule considéré comme le début de la difficile marche vers la démocratie, la plupart des Etats se sont engagés dans cette voie considérée comme celle du salut pour le peuple. Pour rappel le vent de la démocratisation a balayé beaucoup de régimes, surtout ceux qui sont issus des coups d’Etat. En effet, pour l’instauration de la démocratie, les trois pays n’ont pas fait exception à la règle ils s’y sont engouffrés en organisant des conférences nationales souveraines pour adopter la démocratie comme mode de gouvernance, avec son corollaire de multipartisme intégral. En effet, cette démocratie, bien que malmenée et vouée aux gémonies par la soldatesque a pourtant fait rêver les peuples, car elle a permis de jeter les bases d’un développement harmonieux et a garanti les libertés et les Droits de l’homme. Malgré les déviances avérées, la mal gouvernance chronique, la corruption à ciel ouvert, le népotisme qui engendre la culture de la médiocrité, la gabegie financière et surtout l’affairisme à outrance ; la démocratie semble être de loin la plus préférable, car elle est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Elle demeure jusqu’à preuve de contraire, l’alternative la plus crédible au pouvoir Kaki qui a pignon sur rue sous nos tropiques. Qu’il soit dit et répété à satiété, il n y a pas d’alternative à la démocratie et les pays de l’AES ne trouveront leur salut que dans sa sauvegarde et son ancrage, car leur stabilité et leur progrès sont à ce prix.
Quand les pays Anglophones de la sous-région deviennent des modèles de progrès grâce à la démocratie
En effet, les pays anglophones à l’instar du Ghana, du Libéria et du Nigéria, ne cessent de donner des leçons de démocratie aux autres pays de l’Afrique de l’ouest surtout ceux francophones, en organisant des élections sans coups férir et en réalisant une alternance pacifique au pouvoir. Ils ont, certes connu des périodes d’instabilité institutionnelle et politique, mais il a fallu faire le choix de la démocratie et de l’alternance pour que ces pays décollent tant sur le plan économique que sur celui du développement. Ils sont considérés comme des pays stables, gages d’une émergence et du progrès. Ces pays ne cessent d’attirer beaucoup d’investisseurs nationaux comme étrangers.
Pour rappel, le peu de progrès que le Mali a connu est l’œuvre des deux régimes démocratiquement élus, à savoir celui d’Alpha Oumar Konaré et le régime d’Amadou Toumani Touré. Comme pour dire que le salut des peuples de l’AES réside dans l’ancrage de la démocratie. Que l’on soit convaincu d’une chose la démocratie passe de loin comme étant le meilleur modèle de gouvernance sous nos tropiques et pour que le vaste espace qu’est celui des trois pays sahéliens soit sécurisé et développé il faut de la stabilité et cette stabilité ne pourra venir qu’à travers la démocratie, qui est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple.
Youssouf Sissoko