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Débats de la Maison de la Presse sur les trente ans de la démocratie malienne : Un bilan aigre-doux dressé par les intervenants

A l’occasion du trentenaire de l’avènement de la démocratie au Mali, la Maison de la Presse et ses médias partenaires ont organisé des panels de débats le vendredi 26 mars 2021 à la maison de la presse, sous le thème « regards croisés des acteurs et témoins sur les acquis, défis et perspectives », ces panels étaient organisés en deux phases : le première opposait certaines personnalités de la société civile et la seconde opposait certains hommes politiques.

Ce vendredi 26 mars 2021 le Mali fêtait les 30 ans de sa démocratie difficilement arrachée au prix du sang des martyrs. Après 30 ans il est du devoir pour  tous de tirer un bilan global de la gouvernance de l’Etat de 1991 à nos jours.  C’est dans ce cadre que les initiateurs de ces panels ont invité certaines personnalités importantes pour faire le diagnostic des trente ans de la pratique démocratique dans notre pays.

Le premier panel animé par Alexis Kalambiri entre certaines personnalités de la société civile avait pour thème central le questionnement suivant : «  après 30 ans de démocratie existe-t-il une vraie société civile au Mali et quel doit être son rôle ? »

Pour répondre à ces questions les organisateurs ont invité entre autres,   Mohamed Cherif Haidara président du Conseil supérieur de la diaspora malienne (CSDM), Bandjougou Danté président de la Maison de la presse, Ouleymatou Sow présidente de la Coordination des Associations et Organisations des Femmes (CAFO) et Adam Dicko présidente de l’Alliance des Jeunes pour la Citoyenneté et des Actions de Développement (AJCAD).

Une démocratie qui a dénaturé la société civile

Il ressort de leurs interventions respectives que les organisations de la société civile ont été les principales forces du mouvement démocratique à faire chuter le régime de Moussa Traoré.

Pour le président du CSDM, aucun pays qui se dit démocratique ne peut exercer la démocratie sans une société civile de veille et responsable. Pour lui la société civile a joué un rôle prépondérant dans la chute du régime de Moussa Traoré. Mais que cette société civile a failli à sa mission et s’est dénaturée en faisant l’erreur de laisser le pouvoir aux mains des politiques affamés. Occasion pour lui d’indiquer que  le rôle de la société civile est de veiller sur la bonne gestion du pouvoir, dénoncer ses dérives et revendiquer les droits des populations. Ceci dit, pour lui la société civile existe toujours après 30 ans de l’avènement de la démocratie même si elle est politisée et multiforme. En ce qui concerne les acquis du mouvement démocratique, il a évoqué la participation effective de certaines couches dans la gestion de l’Etat et leur représentativité au sein de certaines institutions de la République.

Pour Adam Dicko de l’AJCAD le 26 mars 1991 c’est l’avènement de la démocratie, la liberté sous toutes ses formes. Cependant pour elle, le bilan des trente ans de la démocratie malienne est mitigé au regard des problèmes causés par ce mouvement. Notamment la corruption et le népotisme.

Pour elle les jeunes doivent être au centre des préoccupations. Pour que notre démocratie règne, elle estime qu’il faut une société civile responsable démarquée des politiques. Elle a caricaturé la situation de manière suivante : « chaque homme politique crée sa propre société civile pour accéder au pouvoir, par ailleurs si la société civile arrive à faire tout ce qu’on attend d’elle il y aura plus de coup d’Etat au Mali ».

Le président de la Maison de la presse, Bandjougou Danté, a pour sa part déploré, l’instrumentalisation de la société civile malienne par les hommes politiques. Pour lui il y a une différence de fonction entre les deux : les politiques cherchent le pouvoir et la société civile doit veiller sur le pouvoir. En allant au fond de ses idées il a dit que «  les gens dans une société civile doivent s’unir autour d’un idéal qu’est la bonne gouvernance ». Pour lui cette société civile existe même si elle est différente de celle de 1991.

Pour la présidente du CAFO, Ouleymatou Sow, les femmes ont été au cœur de toutes les luttes pour le Mali.  Mais, regrette-t-elle, le fait que les femmes ne soient pas écoutées. Selon elle, pour que la démocratie règne  il faut une société civile digne de ce nom. De ce fait, elle dira que « notre démocratie n’est que de façade puisse que les revendications légitimes du peuple, notamment celles des femmes ne sont pas prises en compte. La société civile se doit être indépendante et non alimentaire ».

Au regard des témoignages de ces personnalités, il reste évident que la société civile doit jouer le rôle de sauveur pour défendre l’intégrité territoriale en assurant son rôle de défenseur des principes de l’Etat.

Une démocratie mi-figue, mi-raisin sous l’angle politique

Toujours pour aborder le thème  « regards croisés des acteurs et témoins sur des acquis, défis et perspectives », le second panel était animé par Chahana Takiou. Il était composé de Tiébilé Dramé (président du PARENA), Moustapha Dicko (vice-president de l’ADEMA) et Choguel Kokala Maiga (président du MPR).

Après 30 ans de l’aboutissement de la lutte démocratique, il est judicieux de tirer un bilan de cette lutte et de voir les perspectives et les combats à mener durant les prochaines années.

Pour Tiébilé Dramé le 26 mars est la victoire du peuple malien et c’est l’aboutissement d’une longue quête de la liberté. « Le 26 mars a permis la création de beaucoup d’associations et organisations, l’ouverture au multipartisme intégral et surtout la liberté d’expression. Le mouvement démocratique était composé de ces femmes, hommes et enfants qui aspiraient au changement. Ce peuple voulait passer à une nouvelle étape et par fini la lutte a été aboutie grâce aux sacrifices de certains martyrs » a – t – il synthétisé.

Pour parler du bilan du mouvement démocratique, le président du PARENA reconnait certaines dérives mais soutient que ce bilan sur plusieurs plans, notamment la liberté d’expression, est positif. « Beaucoup d’entre nous savaient que créer une association sous l’ère de Moussa Traoré conduisait à l’emprisonnement. Grâce au mouvement démocratique beaucoup d’associations ont été créées » dira-t-il. Selon lui, le mouvement démocratique avait un idéal qui était d’assainir la gestion de l’Etat. Mais, affirme le ministre Dramé, malheureusement la corruption n’a pas pu être combattue et c’est là l’échec du mouvement démocratique.

Tiebilé propose l’union sacrée de tous les Maliens après les concertations nationales ou participeront toutes les couches sociales du Mali.

Moustapha Dicko (ancien ministre et l’un des membres fondateurs de l’ADEMA) soutient pleinement le bilan positif du mouvement démocratique sur tous les plans. Au nombre desquels, il a cité entre autres, l’amélioration des conditions des fonctionnaires, les relances économiques, le combat contre les effectifs pléthoriques dans les écoles et la création de beaucoup d’établissements scolaires.

Il a dénoncé le régime de Moussa Traoré, en affirmant que cela a fait vivre l’enfer aux Maliens pendant 23 ans. Comme Tiébilé Dramé, Moustapha Dicko considère le 26 mars comme la victoire du peuple contre la mauvaise gouvernance.

À ses dires, le mouvement démocratique a pu favoriser l’ouverture et la jouissance des Maliens. Cependant, il reconnait certains échecs de ce mouvement. Surtout lorsqu’il dit que : « personne n’a dit qu’avant c’était l’enfer et aujourd’hui le paradis. Certes la bataille n’est pas totalement gagnée mais on continue à nous battre ». Il appelle à faire table rase du passé et se tourner vers l’avenir. En organisant des assises nationales, estime le ministre Dicko, on pourra sortir notre pays de ce problème.

Choguel Kokala Maiga ne partage pas les points de vue de ses deux Co débatteurs. Pour argumenter sa position, il a fait un petit cours de l’histoire du Mali  de 1960 à nos jours. Une histoire toujours dominée, selon lui : « par la quête de la liberté, une quête permanente. A chaque étape de notre histoire, les Maliens ont eu à exprimer leur besoin principalement de liberté ». Donc pour Dr Maïga, le besoin de la liberté n’est pas exprimé contre le seul régime de Moussa Traoré et d’ailleurs que cela était le mot  d’ordre des citoyens qui demandaient le départ de Modibo Keita en 1968.

Pour le président du MPR cette lutte n’a pas aboutie pleinement. Cela pour la simple raison que les acteurs de 1991 pensaient qu’après Moussa Traoré c’était le paradis, ce qui n’a pas été le cas. Pour lui on doit faire une lecture objective des choses pour avoir une solution à nos problèmes. Par la suite, Choguel a  décrié certaines pratiques des acteurs de 1991, relatives à la manipulation de certaines composantes de la société civile. Il a aussi dénoncé la corruption galopante depuis l’avènement de la démocratie.  « Les lois ont été prises pour encourager la corruption » schématise-t-il.

C’est pourquoi, il recommande de faire un diagnostic global et objectif des 60 ans de l’indépendance du Mali pour dégager des pistes de solutions aux maux qui minent le pays.

Adama Tounkara (stagiaire)

Source: Journal le Sursaut- Mali

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