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TRANSCRIPTION DE LA CONFÉRENCE DE PRESSE ANIMÉE PAR JEAN-PIERRE LACROIX, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ADJOINT AUX OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX DES NATIONS UNIES EN VISITE AU MALI DU 31 AOÛT AU 5 SEPTEMBRE 2018

Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint aux Opérations de Maintien de la Paix des Nations Unies

Nous sommes au terme d’une Mission de cinq jours et demi au Mali, qui nous a conduit, M. Annadif, mes collègues et moi-même, en différents endroits du Mali, à Tessalit, Aguelhok, Kidal, Gao, Sévaré et bien sûr à Bamako et qui a donné lieu à de très nombreux échanges. Bien sûr avec nos collègues de la MINUSMA, à qui je voudrais rendre un hommage très très chaleureux et amical, avec les autorités maliennes, bien évidemment, avec les autres interlocuteurs maliens, les parties signataires à l’Accord de paix mais aussi les représentants de la société civile, les autorités locales et bien d’autres encore…

Cette mission intervenait à un moment où il y a eu plusieurs tournants importants pour le Mali. D’abord l’élection présidentielle qui s’est déroulée récemment et nous avons participé à la cérémonie de prestation de serment du Président de la République, SEM Ibrahim Boubacar Keita. Donc, premier tournant important et deuxième tournant important, la reconduction du Mandat de l’Opération des Nations Unies, la MINUSMA, par le Conseil de sécurité, dans une résolution adoptée il y a quelques semaines. Résolution importante parce que, tout en renouvelant le Mandat de la MINUSMA, le Conseil de sécurité a exprimé, a lancé un message d’urgence. Urgence exprimée quant à la nécessité dans les six prochains mois de réaliser des progrès substantiels et concrets dans la mise en œuvre de l’Accord de paix. Le Conseil de sécurité a exprimé ce message d’urgence en disant : « dans six mois, sur la base d’un rapport que fera le Secrétaire général, concernant les progrès réalisés, nous évaluerons nous, membres du Conseil de sécurité, ces progrès et en fonction de notre évaluation, nous déciderons de l’avenir de la MINUSMA ». Autrement dit, c’est aussi un message qui exprime clairement qu’une Opération de Maintien de la Paix, et en l’occurrence la MINUSMA, n’a de sens et de raison d’être que si elle s’appuie : sur un processus politique qui avance, qui progresse ; sur la volonté active des parties de le mettre en œuvre mais, ce message d’urgence, ce n’est pas seulement un message d’urgence exprimé par le Conseil de sécurité, c’est aussi et c’est avant tout, un message d’urgence que nous entendons de la part de tous nos interlocuteurs maliens. Le Président de la République, lors de son intervention, juste après sa prestation de serment, a clairement indiqué que sa priorité numéro 1 allait à la mise en œuvre de l’Accord de paix et c’est aussi un message que nous entendons de la part des parties signataires et c’est aussi un message que nous entendons de la part de toutes les Maliennes et tous les Maliens que nous avons rencontré.

Autrement dit, ce message, ce sentiment d’urgence, ce sentiment qu’il y a un impératif à avancer très vite et de manière très concrète dans la mise en œuvre de cet accord, c’est une préoccupation que nous entendons de toute part.

Par ailleurs, le Conseil de sécurité l’a aussi indiqué, mais c’est aussi, une préoccupation très forte au Mali bien entendu, la situation dans le Centre doit également faire l’objet de tous les efforts et sur tous ces sujets, la détermination des Nations Unies à aider les Maliens à avancer, à progresser sur le chemin de la paix : elle est totale. Et donc, le message fondamental, que nous avons voulu exprimer auprès de nos interlocuteurs maliens c’est : « oui il y a cette urgence exprimée et ressentie par tous et les Maliens au premier chef mais il y a aussi de notre côté une détermination à vous aider, vous les Maliens, pour retrouver la paix, la concorde, la stabilité ».

Voilà le sens, Mesdames et Messieurs, de ces échanges, de cette Mission au Mali, depuis maintenant cinq jours.

Abdoul Karim Sanogo, journal le “26 mars”

On a constaté qu’après l’Accord et jusqu’à présent, les parties signataires sont impliquées dans des attaques face à notre armée. Donc j’aimerai savoir quels sont les sentiments de M. Lacroix face à cette confusion.

Alou Diawara, BBC Afrique  

Je voudrais savoir quelle doit être la suite du rapport d’experts de l’ONU qui a pointé la duplicité de certains acteurs signataires de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation. Concrètement, je voudrais savoir, avec le renouvellement du régime de sanctions, à quand les premières sanctions. Si oui, ces sanctions pourraient-elles s’adresser à qui ?

Le deuxième volet de ma question c’est la situation politique avec une certaine opposition qui rejette les résultats, même si cela ne relève pas directement de vous, je voudrai savoir est-ce que pour vous il est temps d’engager peut-être une mission de bons offices, à votre niveau de l’ONU pour éventuellement résoudre ce problème ? Merci beaucoup. 

Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint aux Opérations de Maintien de la Paix des Nations Unies

Il est clair que nos collègues, nos soldats, nos policiers, nos civils font l’objet d’attaques et malheureusement ça a résulté en un nombre important de victimes et important dans l’histoire de la MINUSMA est c’est la raison pour laquelle nous avons entrepris des actions très ambitieuses depuis le début de l’année pour diminuer le nombre de victimes dans la MINUSMA et plus généralement dans nos opérations de maintien de la paix. Et il s’agit d’une action de long terme, mais nous avons le sentiment qu’il y a des premiers résultats encourageants mais j’ajoute que ces actions visent avant tout à cet objectif fondamental de diminuer le nombre de victimes dans le maintien de la paix mais aussi plus généralement à faire tout ce qui est nécessaire à améliorer la performance de nos Missions et se faisant nous mettre mieux en mesure de remplir nos Mandats de nos missions politiques, nos missions de protection des populations.

Maintenant nous, nous avons rencontré les représentants des groupes signataires et qui nous ont fait part clairement de leur volonté de voir émerger des progrès concrets dans les prochains mois quant à la mise en œuvre de l’Accord. Ils ont fait part d’un certain nombre de leurs objectifs, de leurs visions, mais le message clair c’était cette détermination à ce que ce processus avance. Et, nous prenons acte de ce que nous entendons et nous entendons le même message de la part des autorités maliennes. Nous, nous ne sommes pas là pour faire des hypothèses et des sous-hypothèses sur les éventuelles pensées ou arrières- pensées de nos interlocuteurs. Nous sommes là pour dialoguer, écouter et ensuite pour faire le maximum pour soutenir la réalisation de progrès. Et encore une fois il y a les Maliens, les populations que nous avons rencontré à Aguelhok et ailleurs qui expriment une attente très très forte.

Le message du Conseil de Sécurité, le message des Nations Unies, le message des partenaires du Mali, est très clair et se traduit par ce régime de sanctions adopté par le Conseil de Sécurité et qui consiste à dire à tous ceux qui n’auraient pas comme objectif le retour de la paix mais au contraire celui d’entretenir l’instabilité, le désordre et d’entraver les efforts de paix : « Vos actions ne passeront pas inaperçues. Elles auront des conséquences et vous serez redevables de ces actions. » Maintenant, qui, comment et quand et de quelle manière pourrait-on sanctionner ? Cela est la responsabilité du Conseil de Sécurité. C’est lui-même qui décide d’inscrire sur une liste les individus, éventuellement les entités, à sanctionner. Le message est très clair et je crois qu’il est entendu. Nous verrons pour la suite ce qu’il en est.

Au Mali, il y a une opposition. C’est la norme dans tout système démocratique. Elle exprime des préoccupations. Nous avons rencontré M. Soumaïla Cissé. Il est clair que pour l’avenir, pour relever les défis du Mali liés au retour de la paix, le rôle de l’opposition démocratique, sa responsabilité est celle d’une opposition dans tout système démocratique. Ce rôle est important, évidemment. C’est sur ce thème que nous avons eu une discussion avec M. Soumaïla Cissé en écoutant ses vues, les principaux défis de la société malienne aujourd’hui et sa vision sur la manière d’y répondre.

Faty Yattara, journaliste au Studio Tamani.

Hier, le Président de la République a été investi. Quel est le programme de la MINUSMA ? Comment compte-t-elle aider le Mali afin de mener cette Mission à bien et de retrouver la paix, ce qui est ce que la MINUSMA désire ?

Sorry Ibrahim Maïga, Mikado FM, la radio des Nations Unies.

Il a été beaucoup question de la présence accrue de la Mission au niveau du centre du pays. Mais concrètement, comment cela va-t-il se traduire sur le terrain ?

Yacouba Traoré, journal le Zénith-balé.

Si j’ai bien compris, vous avez dit que dans six mois, s’il n’y a pas de progrès dans la réalisation de l’Accord, l’ONU va décider de l’avenir de la MINUSMA. Cela revient-t-il à dire que s’il n’y a pas de progrès passés six mois, l’ONU et la MINUSMA vont quitter le Mali ? Merci.

La MINUSMA a bien sûr un mandat. Si nous devions le résumer, ce serait d’aider les Maliens à retrouver la paix et la concorde, et notamment aider à la mise en œuvre de l’Accord de paix. Il est vrai que le Conseil de Sécurité nous a donné aussi, depuis la dernière résolution, un mandat pour apporter notre concours au traitement des défis importants dans le Centre. Nous allons continuer de nous mobiliser autour de ces objectifs. Mais c’est une mission d’appui. La stratégie est malienne. Les priorités sont définies par les Maliens. Et c’est très bien ainsi. C’est comme cela que cela doit être. Nous sommes en dialogue constant. M. Annadif et tous ses collègues de la MINUSMA sont en dialogue constant avec énormément d’interlocuteurs. A la fois pour conseiller, aider, là où nous devons être. C’est comme cela que nous allons poursuivre notre action, tout en ayant à l’esprit ce message d’urgence qui s’exprime au Mali et qui a été aussi exprimé par le Conseil de Sécurité. Car oui, vous l’avez rappelé, le Conseil de Sécurité a demandé que, six mois après l’investiture du Président nouvellement élu, un rapport lui soit fait sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’Accord de paix. Sur cette base, il évaluera ou peut-être réévaluera la présence de la MINUSMA, les modalités de cette présence, ses moyens et ses contours. Le Conseil de Sécurité n’a pas dit que si dans six mois il n’y avait pas de progrès du tout, il n’y aurait plus de MINUSMA, bien sûr. Mais c’est un message très fort qui s’inscrit dans une approche générale que les Etats membres des Nations Unies adoptent d’une manière plus marquée ces derniers temps et qui ne concerne pas seulement la MINUSMA. Une opération de maintien de la paix est au service d’un processus politique, des efforts faits pour faire aboutir une solution politique. Et s’il n’y a pas de progrès dans ces procédés politiques, alors la question de la pertinence d’une opération de maintien de la paix peut être posée. C’est l’approche générale que beaucoup de nos Etats membres, parmi les plus influents adoptent. Et elle est appliquée pas seulement à la MINUSMA mais aussi à d’autres opérations de maintien de la paix. Cela peut constituer aussi une opportunité, parce que finalement, il est bon de viser et de travailler à l’aboutissement d’une solution, d’une situation où ce serait les Maliens eux-mêmes qui prendraient totalement en main leur destinée, bien sûr avec l’aide de la Communauté internationale. Mais viser à une situation où la stabilité, la concorde, le retour de l’Etat, auraient atteint un tel stade que finalement, on n’aurait plus besoin de la MINUSMA. Pour le Centre, ce sont des défis particuliers. Là encore, nous serons à l’appui évidemment d’une stratégie malienne. C’est une question que nous avons abordé dans les entretiens que nous avions eu avec le Premier Ministre. Nous avons bien perçu qu’il y a une volonté de renforcer cette stratégie, de l’adapter à l’évolution des défis. Et nous serons prêts à travailler à l’appui de cette stratégie sur les différents domaines sur lesquels, elle doit s’appliquer puisqu’il y a le défi sécuritaire mais il y a aussi les raisons profondes qui ont amené à cette situation, les défis de nature socioéconomique, de gouvernance et autres. Je crois que tous ces aspects d’une manière générale, qu’il s’agisse de l’approche de l’Accord de Paix, qu’il s’agisse de la situation dans le Centre, pour tous ces aspects, nous avons entendu de la part des autorités maliennes, de la part du Premier Ministre, une vision très globale sur la base de tous ces principes dont je viens d’énoncer quelques-uns. C’est sur cette base que nous allons poursuivre nos efforts.

Mahamadou Kane, Deutsche Welle  

Ma question, c’est par rapport au dossier de deux acteurs clés de la crise malienne, je fais allusion à Iyad Aghali d’AQMI, Amadou Koufa, le prédicateur. C’est vrai qu’ils ne sont pas signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, mais jouent un grand rôle dans la détérioration du climat sécuritaire au Mali. Au sein de l’opinion publique malienne, certains n’hésitent pas à accuser les Nations Unies de passivité ou même de complicité. Que répondez-vous par rapport à cette accusation sur ces deux acteurs de la crise malienne ?

Yacouba Traoré, journal le Zénith-balé

Après la signature de l’Accord, les attaques se multiplient, quelle appréciation donnez-vous à cet Accord ?

Youssouf Coulibaly, l’Indicateur du Renouveau

Après cinq jours et demi de mission au Mali, et de visite de terrain, quel constat faites-vous M. Lacroix par rapport à la situation du Mali ?

Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint aux Opérations de Maintien de la Paix des Nations Unies

La première question porte sur les attaques, les violences et ce que je voudrais d’abord dire, c’est la population qui paye le prix de ces attaques et de ces violences et qui souhaite qu’elles s’arrêtent. Il y a plusieurs types de réponses mais qui sont complémentaires. Il y a la réponse sécuritaire, il y a les réponses visant à traiter les causes plus profondes. Et toutes ces réponses doivent aller de paire. Il y a souvent une compréhension inexacte du rôle de la MINUSMA. Je crois qu’il faut le dire et le répéter, la MINUSMA n’est pas là pour faire du contre-terrorisme, de l’action directe de lutte contre le terrorisme, il y a d’autres forces qui ont ce mandat, notamment la Force du G5, aussi la Force Barkhane, mais les Forces armées maliennes pour ce qui concerne le Mali, ont cette responsabilité bien entendu. Mais nous, en tant que MINUSMA, nous contribuons à créer des espaces de sécurité. Et nous ferons de notre mieux pour faire en sorte que cette mission puisse non seulement se poursuivre mais se conduire dans les meilleures conditions possibles pour mieux atteindre les populations vulnérables. Et ce faisant, en élargissant notre présence à partir de nos bases, à créer des conditions pour que graduellement, une présence de sécurité malienne acceptée, efficace, crédible, puisse se redéployer et que sur cette base, l’Etat puisse revenir et aussi les services de base puissent à nouveau être fournis aux populations. Il y a une complémentarité des rôles entre tous les différents acteurs, ceux qui luttent directement contre les groupes terroristes, la MINUSMA qui a le rôle que je viens de dire, en plus du rôle essentiel de bons offices du Représentant spécial qui est très important pour contribuer aux progrès dans les efforts politiques. Et c’est en assurant à la fois l’efficacité et la complémentarité de tous ces efforts que nous réussirons, évidemment en nous appuyant sur la volonté politique et la détermination des parties maliennes à avancer.

S’agissant de la question sur les attaques, je crois que cela signifie plusieurs choses. Ça signifie qu’il y a beaucoup à faire, que l’action contre les groupes terroristes, se poursuive et se renforce. Dans ce contexte, nous avions eu plusieurs réunions avec nos partenaires du G5 Sahel ; nous sommes allés à Sévaré au quartier général de la Force qui a été détruit à l’occasion d’un attentat. Le message c’était : oui, il y a eu des revers mais ne baissons pas les bras, au contraire. Nous les Nations Unies, nous sommes plus déterminés que jamais à soutenir le G5 Sahel pour qu’il puisse être efficace, que sa Force puisse effectivement faire la différence dans la lutte contre les groupes terroristes. Mais je n’oublie pas aussi les autres dimensions de l’action du G5 Sahel que sont les initiatives en matière d’état de droit, de retour de l’Etat et aussi des initiatives en matière de développement. Je crois que c’est dans ce contexte que s’inscrit notre approche. Encore une fois, l’action de la MINUSMA, des Nations Unies, est une action de partenariat. L’action qui est conduite par les partenaires du Mali, c’est une action plurielle où il y a les Nations Unies, la MINUSMA, les Agences qui travaillent la main dans la main. Nous voulons renforcer d’ailleurs le caractère intégré de cette présence, de ces actions des Nations Unies, des partenaires que sont le G5 Sahel, la Force Barkhane, les pays voisins, l’Union Européenne, l’Union Africaine, la CEDEAO ; tous ont un rôle, chacun dans leur domaine pour contribuer à ces efforts conduits par les Maliens.

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