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SECOND TOUR DES LEGISLATIVES : La boutade présidentielle aux Maliens !

Un nouveau défi ! Le second tour des élections législatives du 19 avril a bel et bien eu lieu. Quid du taux de participation dans un contexte de crise sanitaire ? La question effleure les lèvres. Sans oublier le risque d’une propagation du virus du Covid-19.

 

Elle a été aussi une préoccupation pour le ministère en charge de l’administration territoriale et des organisations de la société civile en charge de la supervision du processus électoral. Au cours d’une rencontre entre le département de l’administration territoriale et les partis politiques, elle était à l’ordre du jour.
Le ministre Boubacar Alpha Bah a voulu recueillir leurs contributions quant aux actions à mener pour rassurer les électeurs non seulement de ce que les dispositions sont prises pour leur protection mais aussi sur la nécessité d’accomplir ce devoir citoyen. Des échanges, il est suggéré entre autres, la diffusion de spot de simulation du déroulé du scrutin, avec le port de masque, le lavage des mains avec le gel hydroalcoolique et le respect de la distanciation sociale au niveau des postes de vote.

Les formations politiques quant à elles poursuivront la campagne de sensibilisation sur la tenue effective du scrutin pour ne pas mettre en veilleuse la vie démocratique.
C’est dire que face au maintien des élections législatives en une période où sévit le Covid-19, le plus gros défi reste le fort taux de participation au scrutin. La question a d’ailleurs fait grand bruit lors du premier tour, tenu dans un contexte tout aussi particulier. Elle refait surface avec un autre contexte qui n’est pas moins particulier, celui de la menace du Coronavirus qui avait fait déjà plus de 100 cas de contamination dans notre pays.

Il est un fait incontestable que dans une démocratie libérale, l’élection est un mantra que les gouvernants répètent et dont ils ne peuvent pas se passer en temps normal. Mais que peuvent décider ces gouvernants lorsqu’un virus inconnu vient se mêler des affaires de calendrier électoral dans un Etat ?

Encore aujourd’hui, les français durement touchés par la pandémie attendent impatiemment d’interroger le gouvernement de M. Edouard Philippe pour savoir s’il était opportun d’organiser le premier tour des élections communales le 15 mars dernier. On sait à ce jour, que de nombreux assesseurs dans les bureaux de vote ainsi que des électeurs ont été contaminés au COVID-19 le jour du scrutin. Mais au Mali, à l’heure où la crise bat son plein, à quoi doivent s’attendre les populations appelées à aller aux urnes le 19 avril ? L’on sait que depuis 1992, les élections sont entrées dans nos mœurs politiques mais à aucun moment, nous n’avons jamais eu à gérer à la fois une crise sanitaire et politique.

Dès l’apparition des premiers cas de contamination et l’afflux continu de voyageurs venant de pays aux forts taux de contamination, la psychose qui s’en est suivie a poussé les autorités à décider de la fermeture des établissements scolaires, dans un pays qui craignait à bonne raison une propagation rapide du virus.

Les japonais, les italiens, les espagnols, les français pour ne citer que ceux-là n’ont pas hésité à tout fermer y compris ‘’oublier’’ pour un temps les débats politiciens pour donner le temps à une sorte d’unité nationale afin de lutter efficacement contre un virus au visage inconnu. Le Président IBK n’a pas eu tort d’avouer dans son intervention télévisée du 10 avril 2020 que les mesures de confinement généralisé ne sont pas encore d’actualité au Mali, mais avec le temps Bamako pourra être confiné du reste du pays. En effet, ce constat est d’autant plus vrai que le Taximan, l’artisan, la bonne dame au marché Dibidani et ailleurs dans le pays ne vivent que des ressources quotidiennes que génèrent leurs activités.

Mais qu’est ce qui a bien pu se passer pour que le même gouvernement qui conseille aux populations de limiter au strict minimum leurs déplacements les invite à aller voter le 19 avril prochain ?

A ce sujet, le président de la République de souligner que c’est une recommandation du dialogue national inclusif. Cette posture gouvernementale tiendrait enfin au fait que le Mali a « un impératif constitutionnel d’organisation d’élections à bonne date » et que le « péril n’est pas jugé irrémédiable pour qu’on envisage de reporter ». Au-delà du caractère absolument inconstitutionnel de ce conglomérat des recommandations du dialogue national inclusif, il y a lieu de se préoccuper des motivations qui se cachent derrière le maintien des élections législatives.

Au rang des mesures envisagées pour limiter les contaminations le jour du scrutin figureraient la mise en place de matériels de prévention tels que le gel hydroalcoolique et le port de masques. Aussi, l’Etat envisage-t-il d’imposer une campagne médiatique qui serait à sa charge. En réalité, dans cette crise, il est absolument nécessaire de ne pas répéter les erreurs que bien d’autres Etats ont commises. La France offre un exemple parfait en matière d’organisation d’élection en pleine pandémie du COVID-19. Malgré les précautions matérielles prises le jour du scrutin (gel hydroalcoolique et exigence des règles de distanciation sociale), le virus a pu circuler et s’est propagé comme une trainée de poudre à bon nombre d’électeurs et d’assesseurs.

A ce jour, les statistiques officielles font état d’une centaine de cas de contamination et l’on ne peut savoir avec exactitude le nombre de personnes susceptible d’être concerné après le 19 avril. Les mobiles de ce qui se joue au palais de Koulouba sont ailleurs. Il ne faut pas être naïf en de pareilles circonstances. Dans un Mali encore meurtri par la crise politique des élections législatives, l’on n’arrange pas la situation en rajoutant à la crise sanitaire actuelle un probable risque de contamination des électeurs.

En temps de ‘’guerre sanitaire’’ aucun impératif constitutionnel de respect d’un prétendu calendrier électoral ne saurait avoir plus d’importance que la protection de la vie des citoyens déjà démunis face aux problèmes quotidiens.
Notre gouvernement doit comprendre qu’un calendrier électoral ne saurait trouver son utilité sans une décision rationnelle et dépouillée de toute arrière-pensée politique.

Avant toute chose, un jour d’élection devrait être un jour de fête et de joie et non comme un jour de crainte pour l’électeur d’aller contracter un virus contre lequel les scientifiques du monde entier se battent. Face au coronavirus, il ne saurait y avoir de place pour la fameuse et désormais populaire boutade présidentielle « vous allez en souffrir mais vous ne pouvez rien faire ». Il est encore temps de comprendre que les réformes politiques qui engendrent des injustices sociales ne sont pas seulement une faute morale mais un handicap pour la société.

A.D

LE POINT DU MALI

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