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Politique- Sécurité – Economie : La crise s’installe !

Le Mali est actuellement écartée entre trois crises majeures. A la situation sécuritaire s’est greffée la crise  politique (contestations post électorales) et une crise économique sans précédente.

Après la  réélection contestée d’Ibrahim Boubacar Kéïta, le Mali va de mal en pire. Plus inquiétant encore, c’est que la crise politique  est en train de refaire surface à son tour. Ce, avec le retour  des manifestations  contre  les résultats définitifs des législatives de mars-avril derniers proclamés par la Cour Constitutionnelle. Dans le pays profond également, le phénomène d’insécurité a atteint son paroxysme : Les 2 tiers (Nord et Centre) du territoire national sont laissés à la solde des ex-forces rebelles et/ou alliés implicites des mouvements terroristes-djihadistes, des groupuscules et des milices armés… , et l’économie déjà  fortement ébranlée  touche le fond avec les conséquences du Covid 19

 Contestations post-électorales

Le 30 avril dernier, la Cour Constitutionnelle a publié les résultats définitifs des élections législatives. Plusieurs partis politiques qui avaient été donnés pour gagnants par les résultats provisoires, proclamés, il y a quelques jours, par le Ministère de l’Administration Territoriale se sont vus retirer leur victoire par la Cour Constitutionnelle au profit des proches du pouvoir. «Fait qui a attisé la colère de leurs partisans qui sont aussitôt sortis contester ces résultats», rapporte le site Studio Tamani.

Ainsi, aussitôt après l’annonce des résultats définitifs par la Cour Constitutionnelle, des mouvements de contestations ont éclaté dans plusieurs endroits du pays.

Le plus grand rassemblement s’est déroulé à Sikasso. «On nous a volé ici à Sikasso la victoire au profit du parti au pouvoir. C’est pourquoi nous avons brûlé des pneus et bloqué la circulation. Nous étions plus d’un millier dans la rue», a affirmé Oumar Coulibaly, un Etudiant originaire de la Région. Des centaines de personnes ont également manifesté à Kati, à une quinzaine de kilomètres, au Nord de Bamako, où un candidat initialement donné pour vainqueur, l’ancien Député Bourama Traoré allias  Banazolé Bourama, a été interpellé, selon une association locale, Faso Kanu.

A Bamako aussi,  des centaines de jeunes ont manifesté leur mécontentement dans les Communes 1, II, V et VI   pour contester le verdict de la Cour Constitutionnelle.

Selon ces résultats définitifs, le Rassemblement pour le Mali (RPM) s’est retrouvé avec 53 des 147 sièges de l’Assemblée Nationale, et non 43 comme annoncé une semaine plus tôt par le Ministère de l’Administration Territoriale.

Ces législatives avaient été maintenues malgré le contexte marqué par les violences jihadistes et la nouvelle pandémie virale, le coronavirus dont notre pays  enregistre, selon les chiffres en vigueur jusqu’au moment où nous mettions sous presse, 580 cas confirmés et 29 décès.

L’enjeu du scrutin électoral en question était de renouveler un Parlement élu en 2013 dont le mandat devait s’achever  depuis 2018, et de faire avancer l’application du fameux Accord de paix d’Alger.

 Faillite sécuritaire

 En matière de sécurité ? Le président Ibrahim Boubacar Keïta a brillé par son incapacité à faire revenir la paix au Mali. Son règne est, à n’en pas douter, l’un des plus meurtriers de l’histoire du Mali.

La situation sécuritaire dans le Nord et le Centre reste préoccupante. En effet  l’insécurité s’est accrue dans une grande partie du pays, et n’a pas reculé d’un iota.  Et au-delà des régions du Nord qui sont sous le contrôle ou la menace constante des groupes armés dont la CMA (signataire de l’accord de paix), terroristes et djihadistes. Ceux-ci ont étendu leur terreur jusqu’au Centre et au Sud du pays en instaurant une insécurité chronique dans les régions de Ségou, Mopti, Koulikoro.

Ainsi,  les régions  du Nord, ainsi que le Centre sont prises en tenaille par ces nébuleuses qui s’en prennent soit à tout ce qui est représentation de l’Etat, soit aux forces opérant sur le terrain, notamment les FAMAs et la MINUSMA. Toutes ces forces,  n’arrivent pas pour autant à empêcher la propagation des foyers de violences et, plus largement, dans ces régions. Mines, embuscades, attaques kamikazes, tire de mortiers, l’amplitude de ces attaques ne faiblit pas et ceux-là s’ajoutent des conflits intercommunautaires et des assassinats ciblés contre des populations civiles. La contagion d’insécurité se propage du Nord au Sud du pays dans un mouvement qui semble irrésistible. Ce phénomène a commencé, il y a plus de trois ans par l’effondrement de la sécurité dans la région de Mopti. La loi, l’ordre et ce qui restait de l’appareil de l’Etat malien dans cette région fortement peuplée se sont retirés. En outre,  ces groupes règnent en maître absolu au plus grand désarroi des populations.

La situation explosive dans la région de Mopti n’a pas reçu l’attention nécessaire et le traitement adéquat d’un pouvoir qui a montré ses limites. À Bamako les autorités semblent dépasser à la fois par l’ampleur des dégâts et la tournure dramatique des évènements.

Ainsi, au fil des années (2015-2019), la violence est montée crescendo pour atteindre les pires proportions. Aujourd’hui, plusieurs localités de Mopti sont totalement ou partiellement occupées par une meute en armes, des hommes de Hamadun Kouffa, des bandits armés et milices armées qui appliquent leur loi en occupant systématiquement le terrain. Les administrateurs civils, les enseignants, les agents de santé et autres représentants de l’administration publique ont déserté une grande partie du Centre. L’Etat n’y est quasiment plus représenté qu’à travers quelques postes militaires, si éparpillés et limités sur le plan opérationnel qu’ils ne gênent pratiquement en rien les terroristes-djihadistes dans leurs actions. Les populations sont prises en otage, elles n’ont plus le droit de franchir des limites fixées par les occupants. Toute personne, soupçonnée ou accusée de collaboration avec l’administration, est sévèrement punie. Face à la situation et l’incapacité de l’Etat, les populations ont décidé de prendre leur destin en main, autrement dit se défendre par tous les moyens. Ainsi, des groupes et milices d’auto-défense, de groupuscules de règlements de comptes se créent à travers la 5èrégion. De même, s’est développée une haine accrue à l’égard de la communauté peuhle. Un Etat qui ne peut protéger les populations. Celles-ci se meurent, particulièrement les populations implantées dans les cercles de Ténenkou, Youwarou, Douentza, Bankass et Mopti. En longueur de journée, elles font l’objet d’exactions de toutes sortes : meurtres, assassinats, coups et blessures, enlèvements de bétails, vols d’engins et d’objets de valeurs de la part des rebelles, des djihadistes et autres bandits de grand chemin.

Même Bamako n’est pas épargné. La capitale, elle aussi, est en proie à une insécurité galopante. Crimes crapuleux, attaques et braquages deviennent le lot quotidien des populations de la capitale.

 Marasme économique

 La crise sécuritaire a eu des répercussions graves sur notre environnement économique. Les recettes de l’Etat étant principalement basées sur la fiscalité intérieure, les entreprises locales fléchissent sous le poids des impôts, des emprunts des banques, de la crise énergétique…

Il n’était plus un secret pour la majorité des Maliens que les entreprises souffrent. Même le citoyen lambda, qui n’a rien à voir avec ce secteur, chacun se plaint à son niveau à cause de l’argent qui se raréfie, le boutiquier du coin ou la vendeuse de condiments au marché se plaignent de la mévente par manque d’une clientèle introuvable.

Le véritable cri d’alerte est venu du Conseil national du patronat du Mali (CNPM), en septembre 2019. C’était au cours d’une visite du ministre de l’Investissement privé, des Petites et moyennes entreprises et de l’Entreprenariat national, Mme Safia Bolly, au siège des créateurs d’emplois et de richesses du pays. Ces derniers ont entretenu l’hôte du jour  sur le marasme économique et les multiples difficultés que frappent de plein fouet les entreprises nationales. Conséquences : beaucoup sont en train de fermer boutique ou migrent tout simplement vers les pays limitrophes.

En cause, l’insécurité mais aussi d’autres facteurs conjoncturels comme le taux exorbitants des emprunts bancaires jugés comme l’un des plus élevés dans la sous-région, la crise de l’énergie et son coût prohibitif, le non-paiement de la dette intérieure ajoutée à la pression fiscale, aux agios des banques, l’insécurité judiciaire, la corruption, entre autres.

Beaucoup d’opérateurs économiques maliens disent tirer le diable par la queue, à ses jours. Plusieurs entreprises, des PME-PMI ont mis la clé sous le paillasson. Parmi elles, il y a  des  alimentations, boulangeries ou sociétés de négoce, de distribution.

Les conséquences de cette situation paupérisation générale sont notoires : conflits sociaux, déstabilisation des foyers, banditisme, déperdition des enfants ». Sans commentaire ! Au même moment, beaucoup d’entreprises ont été obligées de mettre leurs agents au chômage technique, ainsi des populations sont privées de leurs revenus. Pour tous, les difficultés s’accumulent. Et pourtant, le gouvernement a toujours vanté les performances de notre économie, qui est la 3ème de la zone UEMOA, avec son corollaire  de 5 % de croissance. Donc la crise de trésorerie, qui est une réalité indéniable, ne pourrait résulter que de la mal gouvernance et non d’un manque de ressources financières.

Il y a aussi le coup social de cette calamité économique. En plus du manque à gagner pour l’Etat, les énormes pertes d’emplois vont déboucher sur d’autres crises sociales difficilement gérables.

 Et  l’impact du COVID 19 …

Et l’apparition du  coronavirus  est venue  multiplier les difficultés économiques. En effet  selon une étude du Fonds Monétaire International (FMI) publiée en juillet 2017 sur la zone UEMOA, l’économie informelle au Mali représente entre 40 et 50% du PIB. C’est une économie de subsistance et de pauvreté́, intégrant toutes les dimensions culturelles et familiales. C’est aussi une économie trapue à quantifier par nature.

Lors d’une une  récente interview sur un site  (Malijet), Amadou Sy, Consultant en Diagnostic Economique / Contrôleur financier  soulignait  :«  Il existe deux catégories de population dans l’économie informelle au Mali : celle qui en tire des revenus de subsistance et celle qui mène simultanément une ou plusieurs activités génératrices de revenus (AGR). La première catégorie vit exclusivement de l’économie informelle tandis que la seconde effectue sporadiquement des activités informelles en s’affranchissant de l’impôt et une frange de cette dernière est dans une phase de transition entre l’informel et le formel.

Le Covid-19 frappe de plein fouet ces deux catégories de populations évoquées tantôt dans la sphère informelle. Les acteurs ont enregistré une baisse significative de leurs activités. Cela s’explique en partie par certaines mesures de restriction de marchés. En effet, l’Etat a ordonné la levée des marchés à partir de 16h00 tous les jours et cela jusqu’à nouvel ordre. Cette mesure est un coup de massue pour ces commerçants dont l’activité est florissante à partir de 16h00. De nombreux commerçants dans le grand marché de Bamako vivent le jour au jour avec moins de deux dollars par jour. Si certains de ces agents économiques arrondissent les fins de mois de leurs conjoints, d’autres assurent l’intégralité des dépenses familiales. Très généralement, ils n’ont aucune garantie à présenter aux institutions bancaires dans l’optique de contracter un emprunt bancaire pour développer leurs activités. Cette pandémie vient exalter toutes ces problématiques qu’ils vivent au quotidien. » estime Amadou Sy

Mémé Sanogo

Source: Journal l’Aube- Mali

 

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