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Le Mali et le sexisme d’État

Si vous les hommes vous avez peur, cela vous regarde, quant à nous femmes sonraïs, armas, arabes et touareg, nos pagnes sont solidement serrés autour de nos reins. S’il le faut nous achèterons des bandes de coton pour les ceindre davantage, nous le ferons avec empressement, car nous en avons assez. Nous ne pouvons plus continuer à subir toutes les vexations de ces brigands, qui nous ont arraché notre pays.

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 Les femmes et “la lutte anticolonialiste du RDA à Gao”, dans Aoua Keita, Femme d’Afrique.

Passé le 8 mars, ces cœurs d’un moment attendris et féminisés reviennent dans leurs corps ternes. De même que ces êtres, insoumis d’un jour, retombent dans leur langueur destructive. Des célébrations aux anti-célébrations qui, malgré tout, célèbrent ; ces âmes sensibilisées -tel est l’espoir- démontrent tout de même qu’elles sont capables de célébrer publiquement ce qu’elles font peu ou prou intimement et quotidiennement. Le poids de la pudeur devant le désir d’extraversion.

D’abord, intéressons-nous à comment un État post-colonial comme le Mali construit et diffuse l’image d’une femme autonome alors qu’en réalité, elle ne l’est pas. Aussi, en quoi les politiques et lois de promotion du genre défavorisent plus la femme qu’elles ne la servent ? Autrement dit, comment la société traditionnelle ante-coloniale apparaît moins sexiste envers les femmes dans l’esprit et dans la pratique que l’État post-colonial malien ?
L’État malien et ses pratiques machistes

Des énoncés, surtout les 14 et 16 de la Charte de Kurukan Fuga (13e siècle) confortent une réalité sociale patriarcale, hiérarchisée, discutée et discutable, cependant, ils légitiment et garantissent des acquis sociaux considérables en son temps quant à la place d’une femme dans une société. N’offensez jamais les femmes, elles sont nos mères. (14) Les femmes, en plus de leurs occupations quotidiennes, doivent être associées à tous nos gouvernements. (16)

Des préjugés sur la société traditionnelle africaine, il en existe. Mais pas que… Cela est évident. Pourtant, la participation des femmes aux discussions publiques -l’arbre à palabres- était un droit bien observé. Veiller à respecter ce principe n’apportait pas seulement une caution machiste mais reconnaissait et validait la place qu’était celle de la femme dans notre société. D’où la grande différence entre la Charte et les lois modernes importées pour la promotion du genre -féminin en général-. La Charte tenait sa source des réalités locales et les traduisait en codes pour structurer la collectivité et harmoniser les relations interindividuelles. Pour Joseph Ki-Zerbo, la liberté des hommes et des femmes est soumise à un certain nombre de limites ou d’autolimites sans lesquelles elle conduit tout droit vers des risques et de nouveaux esclavages.

De la rupture coloniale et ses bouleversements socio-culturels, la femme malienne a énormément perdu en autonomie. Malgré tout, elle a gardé ses droits civiques. De fait, le droit de vote de la femme n’a pas été une question au Mali comme ce fut le cas ailleurs où le suffrage était masculin.

Par contre, les lois modernes importées et conçues ailleurs par rapport à d’autres réalités donnent une image stéréotypée de la femme africaine en général. Car l’objectif est de l’inscrire dans une histoire-monde qui n’est pas la sienne en ce sens que ces politiques et lois de promotion du genre créent et décrètent des codes et pratiques exogènes. Au Mali, le débat avec son lot d’instrumentalisation sur le code du mariage et de la famille est un exemple assez édifiant.

Loin de conforter cette place qui était la sienne dans la société ante-coloniale, ces lois rétrécissent  son champ d’action avec des logiques de nombre et de quota. Désormais, il est question de satisfaire plus des statistiques que de reconnaître des mérites. Et il s’agit plus de se conformer aux exigences d’organismes internationaux qui ont l’art de transformer les souffrances et malheurs en fonds de commerce. Ainsi, réduisant toute forme d’autonomie de la femme et pervertissant toute idée de méritocratie en elle, d’où la nécessité de déconstruire le nouveau récit sur la femme malienne.

 

La femme malienne, une histoire de méritocratie
Explicitement, pourquoi un minimum de 30 % et non 60 % au minimum pour une réelle représentation du genre féminin dans la mesure où, dans nos sociétés, les femmes sont une majorité minorisée et invisibilisée ? Le Rwanda étant l’exception en Afrique, ce pays s’est engagé à traduire la donnée sociale en réalité politique.

Cependant, au Mali, au lieu de transformer leur visibilité sociale en présence effective dans les fonctions électives et nominatives, ces lois de promotion réduit les femmes légalement en minorité. Ce faisant, il ne serait plus question d’une réelle représentation mais d’avoir le minimum syndical.
Amartya Sen note que l’idée d’égalité se heurte à deux diversités distinctes : l’hétérogénéité fondamentale des êtres humains, et la multiplicité des variables en fonction desquelles on peut évaluer l’égalité. Ce qui nous pousse à poser la question de la correction des inégalités ou encore de l’égalité des chances avec rigueur et méthode, et non avec cette légèreté politicienne. La question de l’égalité des chances mérite d’être traitée à l’aune de la citoyenneté et non en termes de promotion et de quota. Car même en faisant des quotas, on creuse des inégalités cette fois-ci entre les femmes elles-mêmes. S’il faut des quotas pour des fonctions électives et nominatives, quid des femmes qui ne se trouveraient pas dans ces catégories ou qui se trouveraient là où cette loi de promotion ne s’applique pas comme nous pouvons le lire dans son article 2 ?
Au-delà des clichés ou des slogans mais en s’arrêtant sur le machisme structurel, il s’agit de mesurer l’évolution post-coloniale du statut de la femme en termes d’autonomie effective et de capabilités   pour réaliser comment  et pourquoi notre société moderne a perdu cet esprit égalitaire.  Et que ces politiques et lois de promotion, loin d’accorder toutes les libertés effectives aux femmes, les soumettent au désir du mâle dominant majoritaire au gouvernement, à l’Assemblée et dans les lieux de pouvoir.

Encore un homme qui, inconscient de son machisme et politisant son sexisme, pense rendre service à la femme en parlant d’une réalité qui n’est pas la sienne. Et moi de répondre qu’il n’est pas aisé pour une femme imbue de son féminisme occidentalisé de comprendre que dans la tradition africaine, parler de la femme -et non au nom de la femme- n’est pas réservé qu’à la femme tout comme l’homme n’a et ne peut avoir le monopole de s’exprimer sur l’homme. Surtout qu’il s’agit plus de prendre conscience et laisser une grande femme se réaliser devant un grand homme et non cachée derrière celui-ci.

Mahamadou Cissé

Citoyen sans mérite

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