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Décès d’Ibrahim Boubacar Keita : Le «Kankélentigui» a tiré sa révérence dans la discrétion

Acteur du mouvement démocratique, il a marqué son époque et surtout l’histoire politique du Mali. Même s’il n’a pas combler la forte attente suscitée par son élection à la présidence de la République en septembre 2013, Ibrahim Boubacar Kéita laisse l’image d’un «homme d’Etat», «un patriote incompris» et surtout un homme généreux et très sensible au sort des autres. C’est en tout cas l’image peinte par les témoignages qui se sont multipliés sur les réseaux sociaux dès l’annonce de son décès (à son domicile privé de Bamako) par sa famille le dimanche matin.

Dans un communiqué officiel publié ce dimanche, le gouvernement a annoncé son décès avec «une profonde douleur». «Le Mali vient de perdre un homme d’Etat dont l’engagement patriotique est inégalable… Il était sincère et toujours dévoué au service de la nation», a twitté Moussa Timbiné, président de l’Assemblée nationale dissoute par le défunt le 18 août 2020 avant de présenter la sienne sous la pression de la junte militaire.

«Vas en paix cher aîné et fidèle compagnon. Je n’ai pas de mots pour exprimer ma douleur cher président. Mais tout ce que Dieu fait est bon», aussi réagi Dr Bocary Tréta, président du RPM. «Le président Ibrahim Boubacar Kéita était une figure centrale de la concorde entre les Maliens… Je salue la mémoire de cet éminent partisan de la fraternité malienne. Sa disparition est une immense perte pour notre pays qu’il a servi durant de longues années le Mali», a reconnu Dr Boubou Cissé, le Premier ministre avec qui il a été arrêté par les militaires le 18 août 2020.

«Lecteur des pages de notre passé, témoin des époques et acteur de la vie politique du pays, il a sans relâche œuvré à défendre contre les assauts de l’histoire l’unité nationale. On se souviendra de lui comme d’un infatigable artisan de la réconciliation, celui qui réconcilia les fils et les filles du Mali à travers le monde, les horizons et le temps. Il a su mettre des traits d’union par delà les adversités pour construire la paix», a-t-il rappelé. «Pendant sa riche carrière politique, le président IBK s’est d’abord illustré par son humanité», a aussi reconnu Moussa Mara, Premier ministre du défunt du 9 avril 2014 au 9 janvier 2015. «Très attristé d’apprendre la disparition de l’ancien président Ibrahim Boubacar Kéita avec qui j’ai eu l’honneur de servir le Mali comme ministre des Affaires étrangères», a également twitté M. Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

 

Un leader qui avait la passion de son pays

«J’ai pu apprécier sa passion pour le Mali qu’il avait chevillé au corps, sa vision de la fonction, sa générosité, son ouverture vers les autres et sa recherche permanente de solutions pérennes aux problèmes des Maliens. Il était un grand patriote et un grand Africain», a témoigné Mahamadou Nimaga, ancien conseiller diplomatique de l’illustre défunt et ancien ambassadeur du Mali aux Etats-Unis.

«Un homme de paix est mort ! IBK est parti incompris. Il fut un musulman pieux, un homme au dos large, un vrai patriote qui vient de tirer sa révérence. IBK était un homme sobre, tolérant, fidèle dans ses amitiés et ses relations et surtout plein d’humour», a témoigné Mamadou Camara «Madou’s», ex-attaché de presse à la présidence malienne. «Je suis peiné d’apprendre le décès de M. Ibrahim Boubacar Kéita, ancien président de la République du Mali», a aussi twitté le président Macky Sall du Sénégal.

«C’est avec une immense tristesse que je viens d’apprendre la disparition du Président Ibrahim Boubacar Keita. Ma première rencontre avec lui remonte au mois de Décembre 1991. Il était alors venu à Niamey représenter son parti, l’ADEMA, au premier congrès du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-TARRAYA). Il y avait présidé la séance de mise en place du premier bureau politique de notre parti. Par la suite j’ai travaillé avec lui au sein de l’Internationale socialiste et en tant que chef d’Etat», a pour sa part rappelé Mahamadou Issoufou, ancien président du Niger. Et il retient de l’ex-président «le souvenir d’un homme cultivé, d’un grand patriote et d’un panafricaniste engagé. Je perds en lui un ami et un camarade».

 

Un brillant parcours politique

«J’ai appris avec une vive émotion le décès ce jour 16 janvier de S.E. Ibrahim Boubacar Kéita, ancien président de la République du Mali», a aussi déclaré sur twitter Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine (UA). «C’est avec tristesse que j’ai appris le décès de S.E. Ibrahim Boubacar Kéita… C’était un homme bon qui aimait sa patrie et a consacré sa vie à la servir», a reconnu sur les réseaux sociaux Dr J. Peter Pham, envoyé spécial des Etats-Unis au Sahel…

Selon ses proches, l’ex-président Ibrahim Boubacar Kéita est décédé le dimanche 16 janvier 2022 aux environs de 9h (TU) à 76 ans (il aurait eu 77 ans le 29 janvier prochain) des suites de maladie. Arrivé au pouvoir en septembre 2013 et réélu en 2018, il a été renversé le 18 août 2020 par le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) après de longs mois de manifestations dans la rue pour contester son régime. Et depuis sa chute, il a séjourné à plusieurs reprises à Dubaï (Emirats arabes unis) pour raison de santé. Les obsèques auront lieu vendredi prochain (21 janvier 2022) sur la Place d’armes du Génie militaire à Bamako.

Fondateur du Rassemblement pour le Mali (RPM), après sa démission de l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA-PASJ du premier président démocratiquement élu du pays, Alpha Oumar Konaré), Ibrahim Boubacar Kéita (né le 29 janvier 1945 à Koutiala, dans le sud du pays), a également occupé les fonctions, entre autres, de Conseiller spécial à la présidence, d’ambassadeur en Côte d’Ivoire, de ministre des Affaires étrangères, de Premier ministre de 1994 à 2000 et de président de l’Assemblée nationale  du Mali de 2002 à 2007.

Peu de temps après le coup d’Etat qui l’a renversé, la junte lui a accordé tous les avantages liés au statut d’ancien président de la République du Mali. Il est le 3e ancien chef de l’Etat malien décédé depuis le début de la transition en cours. En effet, son décès intervient après ceux des généraux Moussa Traoré «GMT» (15 septembre 2020) et Amadou Toumani Touré dit «ATT» (10 novembre 2020).

Quoique l’on dise, le «Kankelentigui» (homme de parole) a marqué l’histoire récente du Mali comme ses prédécesseurs !

Moussa Bolly

Source : Le Matin

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