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Transition, phase II : Dissonance au sommet

Pendant que le reste du monde avance à la vitesse de la lumière, le Mali   avance, lui, à pas de caméléon. Depuis 1991, rien  n’est stable dans ce beau pays qu’ont légué les pères de l’indépendance à leurs fils. On fait, on refait eton défait. Voilà schématiquement comment évolue la situation politique dans le pays depuis près de trois décennies.

Si les hommes politiques se plaisent dans cette cacophonie politique, le peuple, lui, saigne, agonise et végète dans une misère sans précédent. Malheureusement, le réveil tarde à venir. A Bamako particulièrement, les gens pensent que c’est le changement perpétuel d’hommes à la tête de l’Etat qui apportera la solution. Ils (les Bamakois) ignorent que c’est le système qui est en cause et non les hommes. C’est pourquoi ils sont toujours dans les rues pour réclamer le départ de X ou de Y, quand ils ne veulent plus de sa tête sans assurer les arrières. C’est  ce qui est arrivé en 2020 avec les sorties incontrôlées de certains leaders religieux  musulmans et le M5-RFP.

Ils ont profité du profond malaise à la tête de l’Etat  pour drainer des centaines de loubards dans les rues pendant plusieurs semaines, réclamant la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta, démocratiquement élu cependant. Dans leur lutte, ils n’ont pas pu donner l’assurance aux Maliens quant à l’avenir du pays après IBK.C’est dans cette incertitude déconcertante que des jeunes officiers de Kati sont entrés dans la danse le 18 août 2020.Une entrée militaire sur la scène politique qui va susciter colère et frustration chez les responsables du M-RFP qui vont balayer d’un revers de main toutes les offres faites à leur endroit par la junte militaire qui venait de créer le Conseil national pour le salut du peuple (Cnsp). Selon eux, le pouvoir leur revenait de droit.

Décidément, le ridicule ne tue pas au Mali, mais il fait rire quand-même. Des « démocrates qui veulent prendre le pouvoir dans la rue ». Inexpérimentés, les jeunes militaires n’ont pu prendre leurs responsabilités  face au peuple qui a soif de mieux vivre. Comme à l’accoutumée, les discours creux font légion, le peuple espère et applaudit. Peine perdue !

Après la formation d’un gouvernement au forceps, les choses tardent à démarrer. Le Conseil  national de transition (CNT) est mis en place dans les mêmes conditions, notamment à cause de la trop grande segmentation de la société malienne qui rend pratiquement difficile le consensus et l’inclusivité tant réclamés par ci, par là. L’incertitude et le manque de confiance s’installent à la tête de l’Etat. La branche civile de la transition et l’aile militaire ne regardent plus dans la même direction. Le corollaire est le coup de force du 24 mai 2021. Retour à la case départ. Le président de transition M’Bah  N’Daw et son premier ministre Moctar  Ouane sont mis hors- jeu par le vice-président à neuf mois de la fin de la transition, brisant ainsi l’espoir du peuple. Les brèches sont précipitamment colmatées pour redonner espoir. Le chef de la junte militaire décide de prendre personnellement les choses en main. Pour ce faire, les contacts se multiplient avec toutes les composantes de la société malienne. Pour ce nouveau départ, la part  belle est faite au M5-RFP qui désigne le président de son comité stratégique pour occuper le poste de Premier ministre.

Cette démarche logique pour les animateurs de ce mouvement qui crient déjà victoire suscite des interrogations importantes pour bon nombre d’observateurs avertis. Jadis allergique à la chose militaire, Choguel Maïga va-t-il faire  tout simplement profil-bas pour défendre des intérêts personnels ou se positionner pour défendre son idéal politique ?Choguel Premier ministre, c’est de bonne guerre pour le Mouvement patriotique du renouveau,  MPR. Depuis 1991, ce parti cherche à se frayer en vain un chemin sur l’échiquier politique. En acceptant Choguel comme Premier ministre, le Colonel Assimi Goïta a-t-il oublié que l’éruption militaire sur la scène politique est consécutive à la carence notoire des hommes politiques dont Choguel fait partie depuis trente ans ? Sans préjugé, le prochain gouvernement sera à majorité composé des cadres du M5. A Choguel, nous disons que la gestion d’un petit parti ou d’un mouvement hétéroclite est totalement différente de celle de l’Etat car les réalités et les enjeux ne sont pas les mêmes. Ceux qui se hâtent de dire que Choguel est l’homme de la situation doivent prendre du recul. L’homme est jugé à la tâche et non au discours. Le président du comité stratégique du M5-RFP s’est battu pour la primature, on comprend aisément que ce n’est pas  pour servir le Mali, mais plutôt transformer son rêve en réalité. Choguel va être confronté à tout ce qu’il prétendait combattre pendant les sorties du M5-RFP et il est très difficile pour l’homme d’avaler ce qu’il déteste. Les nombreux soutiens exprimés par-ci, par-là ne sont pas de nature à faciliter la tâche aux nouvelles autorités de transition car, on soutient quelqu’un par des actes posés et non par des slogans griffonnés sur une pancarte ou par des marches. La majorité des Maliens ne mangent pas trois fois par jour ; le panier de la ménagère se vide de jour en jour ; les hôpitaux sont bondés de malades désespérés ; les rues encombrées de mendiants de tous calibres ; l’ensemble du pays est sous contrôle des groupes armés et le banditisme fait rage à Bamako. Les Maliens ne dorment que d’un seul œil.

L’heure n’est donc plus aux discours creux ou aux ambitions politiques erronées. Comme l’a dit le nouveau président de transition, le seul ennemi en face est le temps. Alors pour prouver aux  20 millions de Maliens qu’il est capable de créer un Mali nouveau, Choguel doit d’abord dégager les boulevards occupés illicitement par les vendeurs, diminuer le nombre de mendiants dans nos rues, sécuriser les campus et enfin jeter les bases d’une lutte implacable contre la corruption, le népotisme, l’absentéisme et la délinquance financière.

Politique ou gouvernance de rupture et d’exemplarité, promet-il aux Maliens. Qui  doit rompre avec qui ou avec quoi ?  Si rupture et exemple il doit y avoir, Choguel sait mieux que qui conque que ce n’est pas  lui qui doit être à la manœuvre. Il fait partie de ceux avec lesquels il faut rompre et son exemple n’est point le meilleur quand on lit dans les lignes derrière lui.

Cacophonie monstre

Déjà, une cacophonie monstre apparaît à la tête de l’Etat quant à la conduite de la transition. Le colonel Assimi Goïta, lors de sa prestation de serment, a, dans son discours, laissé entendre qu’il s’appuiera sur les recommandations du Dialogue national inclusif pour la conduite de la transition pendant les neuf mois qui restent. De son côté, son Premier ministre met en avant l’organisation de nouvelles assises nationales avant toute mesure pour conduire sa transition.

A  voir de plus près, Choguel glisse vers une prolongation qui ne dit pas son nom. Les  agissements du nouveau Premier ministre corroborent cette hypothèse. Au lieu de s’atteler à l’essentiel qui est l’élaboration des réformes institutionnelles pour aboutir à l’organisation d’élections libres et transparentes, il passe inutilement le temps à des visites qui ne sont pas de nature à favoriser une meilleure prise de décision. Ces visites et consultations, on en a déjà vues dans ce pays. Prônant la rupture, Choguel est cependant en porte-à -faux avec la charte de la transition, avec son gouvernement de vingt-huit  (28) membres.

Quant à l’inclusivité  chantée dans tous les discours du nouveau locataire de l’immeuble du bord de fleuve, elle est loin d’être acquise. Le nouveau gouvernement est composé essentiellement de membres émanant du M5, de militaires, des groupes armés et de personnalités imposées par certains leaders religieux. Une frange importante de la classe politique et de la société civile se trouve ainsi écartée. Cet état de fait n’est point de nature à favoriser la tenue des assises nationales qui tiennent à cœur le Premier ministre. Autant de faits qui suscitent des interrogations chez  quant à l’avenir du pays sous cette gouvernance marquée déjà par un tâtonnement.

Donan   Lebedem

Source: Le Démocrate

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