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Transition: le plan de refondation

La salle de conférence de la Primature a accueilli, conformément à la tradition, ce dimanche 13 juin 2021, la rentrée solennelle du gouvernement de Choguel Maïga qui a été marquée par la tenue du Premier Conseil de Cabinet de la nouvelle équipe gouvernementale. Une fois n’est pas coutume, l’ensemble des 25 ministres pleins et des trois ministres délégués étaient tous présents à la lecture du décret de nomination qui a introduit cette séance.

S’inscrivant dans la logique de la rupture, cette rentrée s’est voulue des plus solennelle avec l’unique intervention du chef du gouvernement, le Dr Choguel Kokalla Maïga qui, dans sa rigueur habituelle, a décliné les grands axes du programme de travail de son gouvernement pour les huit (8) mois restants de la transition.
Au-delà du rituel protocolaire, il s’agissait pour le nouveau du gouvernement de fixer le cap et de donner l’exemple : mettre « fin à des pratiques qui ont fini par justifier la défiance des populations vis-à-vis de l’État pour fonder notre action sur la pratique de la vertu, tout en attaquant de front les nombreux problèmes qui assaillent la Nation ». Cette nation, Choguel la veut proche, avec laquelle les serviteurs de l’État doivent être en parfaite phase dans les actes et dans le discours. Aussi a-t-il tenu à reprendre en langue nationale (Bamanan) les principaux points du discours pour marquer cette rupture.
Au-delà du casting, le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga a proposé et décliné son plan de refondation du Mali en 5 grands axes : « l’amélioration de la sécurité, les réformes politiques et institutionnelles, l’organisation d’élections crédibles, la réduction du train de vie de l’Etat, la moralisation de la vie publique, la fin de l’impunité et la satisfaction d’une part importante de la demande sociale ».
Réalisme et pragmatisme, prône le nouveau locataire de la Primature pour la gouvernance de rupture promise et la refondation de l’État attendue. Le Dr Choguel Kokalla Maïga préconise une exigence soutenue de redevabilité pour annoncer les chantiers prioritaires qui seront ceux de son gouvernement.

1. Redevabilité au
sommet de l’Etat
Après avoir remercié le Président de la Transition pour sa nomination et félicité les ministres pour le choix porté sur eux en une période des plus critiques de notre histoire contemporaine, le Premier ministre a tenu à caresser le République dans le sens du poil et à rappeler aux membres de son gouvernement l’esprit et sens du service public mais aussi de la redevabilité à ce niveau de responsabilité.
Lors de sa prise de parole, il leur dira que «être ministre, c’est être un serviteur de l’Etat, en tous lieux, en tous instants. La confiance placée en lui n’est pas un blanc-seing, parce que la confiance se mérite chaque jour et à chaque instant ». Aussi, il a rappelé ô combien le peuple attend de ce gouvernement pour un nouveau départ. A cet effet, ils n’ont pas droit à l’erreur, estime-t-il.
« Nos compatriotes meurtris par des souffrances de toute nature attendent beaucoup de nous. Les circonstances que nous vivons font que l’attente des populations est grande. Beaucoup d’espoirs sont fondés sur nous. Nous ne devons pas les décevoir », a déclaré le nouveau Premier ministre.

2. Gouvernance de
rupture
Depuis des années, il ne cesse de décrier la gestion du pays marquée par des scandales de corruption, de népotisme, de favoritisme. Ces pratiques qui ont permis d’affaiblir le pays et de créer un cercle vertueux pour un clan. En décriant ce système mafieux, le Dr Choguel Kokalla Maiga n’a pas d’autre choix que de s’opposer à ces pratiques. Et dans son premier conseil de cabinet, il a instruit à ses ministres d’exemplarité tout en rompant avec des pratiques peu orthodoxes. Ce combat de rupture aura sans doute l’avantage de lutter contre la corruption qui fait perdre à l’Etat malien des centaines de milliards de FCFA par an, selon plusieurs rapports d’enquête et de vérification.

Selon Choguel, la gouvernance de rupture, qui est synonyme de probité et d’exemplarité, telle que prônée, engage les responsables de la Transition à appréhender et comprendre les aspirations légitimes des populations, leurs attentes, les craintes, les scepticismes, afin de les apporter des solutions idoines. « Elle oblige surtout les cadres et agents engagés au service de l’État à rompre des pratiques mafieuses et peu vertueuses qui ont discrédité l’action et les politiques mises en œuvres jusqu’ici », a-t-il indiqué.

Et dans ce contexte où les Maliens sont partagés entre l’optimisme et le doute, le Premier ministre a appelé son équipe au travail et à l’exemplarité pour rassurer le peuple dans sa grande majorité. Puisque, pour Chogeul, il leur appartient « de dissiper leurs réserves, leurs interrogations, de conforter l’espoir et d’obtenir l’adhésion de la grande majorité des Maliens».

Il a expliqué que ceci n’est possible que lorsqu’ils réussiront à mettre en œuvre une gouvernance de rupture et d’exemplarité. Celle-ci, espère-t-il, mettra fin à des pratiques qui ont fini par justifier la défiance des populations vis-à-vis de l’État pour fonder notre action sur la pratique de la vertu, tout en attaquant de front les nombreux problèmes qui assaillent la Nation.

3. Option du réalisme et de la pratique
Face à la dictature de l’agenda qui s’impose au regard des engagements de délais à honorer par les autorités de la Transition vis-à-vis de la Nation et par notre pays envers la communauté internationale, il importe, prône le Chef du gouvernement, de sérier les urgences et les priorités afin de prioriser le faisable sur le souhaitable. Les moyens de l’État et le temps imparti ne permettant pas de faire tout, le gouvernement de transition se consacrera exclusivement à ce qui est faisable dans un cadre concerté. Pour ce faire, le Premier ministre Choguel a défini cinq (5) grandes axes qui seront les charpentes du programme de travail de son gouvernement : l’amélioration de la sécurité, les réformes politiques et institutionnelles, l’organisation d’élections crédibles, la réduction du train de vie de l’Etat, la moralisation de la vie publique, la fin de l’impunité et la satisfaction d’une part importante de la demande sociale.

3-1. Maillage sécurité-administration
Notre pays est depuis 2012 confronté à une crise sécurité multidimensionnelle avec ses conséquences humanitaires, sur le développement économique du pays, malgré la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale. Et le dernier rapport du Secrétaire général des nations unies sur le Mali fait état de centaines d’attaques ayant fait de nombreuses morts, des blessés et des déplacés.
Face à l’urgence et à la gravité de cette situation, le Premier ministre propose : « Pour l’amélioration optimale de la sécurité, nous allierons désormais plus efficacement les opérations purement militaires qui donnent des résultats de plus en plus probants, avec la création des conditions sécuritaires pour le retour de l’Administration, notamment dans les zones les plus affectées par la crise en cours ».

3-2.Tenue des Assises Nationales de la Refondation (ANR)
Sur le deuxième chantier, le gouvernement, sur instructions du Président de la Transition, placera au cœur de la Refondation du Mali les réformes politiques et institutionnelles. Aujourd’hui, il y a une unanimité sur la refondation de l’Etat. Et dans ce nouveau gouvernement, un ministère est chargé de mener ce travail très attendu dont la finalité est de fixer un nouveau cap au pays.
A cet effet, le Premier ministre a annoncé que très prochainement se tiendront les Assises Nationales de la Refondation (ANR) en précisant qu’une équipe de haut niveau composée de personnalités consensuelles et crédibles, prendra en charge le processus de concertation des ANR qui devrait assurer une participation catégorielle, sectorielle, sociale et largement inclusive.
Il est attendu de ces assises, a souligné Dr Choguel Maiga, d’établir un diagnostic partagé de la gravité et de la profondeur de la crise, des enjeux, défis et périls, et de nos vulnérabilités structurelles, une revue de toutes les précédentes rencontres thématiques, sectorielles et nationales (Concertations, Etats généraux, Forums, Assises, Dialogue national).

3-3-Indispensable trêve sociale
Le gouvernement s’attachera aussi à obtenir une trêve globale (politique, syndicale, sociale) afin de créer un climat d’apaisement, de sérénité et de confiance mutuelle. Parce que depuis des années, le front social et politique est très attendu dans le pays. Cette trêve globale balisera ainsi la voie pour les réformes nécessaires à la Refondation du Mali.

Il s’agira essentiellement, pour le Premier ministre, de créer les conditions d’une refonte consensuelle des textes. A cet effet, Dr Choguel Kokalla Maïga annonce des réformes permettant de garantir l’érection d’une administration professionnelle et moderne, de réadapter la politique de décentralisation pour une gouvernance locale plus efficiente, de réviser la charte des partis politiques et la loi électorale afin de mettre un terme aux conflits postélectoraux récurrents.
Contrairement à Moctar Ouane, il encourage la création d’organe unique indépendant de gestion des élections réclamé unanimement par la classe politique et la société civile. Cette structure est attendue pour minimiser les contestations post-électorales et de garantir la transparence des élections.
« Nous procéderons à la réforme du cadre juridique des élections avec la mise en place d’un nouveau système d’établissement et de contrôle du fichier électoral ainsi que la sécurisation des opérations de vote », a-t-il affirmé.

3-4. Reformulation intelligente des textes et de l’Accord
Le sujet alimente beaucoup de polémiques : la relecture de l’Accord et la révision de la constitution de février 1992 dont l’application connait de nombreuses lacunes. Le chef du gouvernement s’attèlera à la révision consensuelle et inclusive de la Constitution, dans le respect de son article 118. Lequel stipule que : « L’initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au Président de la République et aux députés. Le projet ou la proposition de révision doit être voté par l’Assemblée Nationale à la majorité des deux tiers de ses membres. La révision n’est définitive qu’après avoir été approuvée par référendum. Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire. La forme républicaine et la laïcité de l’Etat ainsi que le multipartisme ne peuvent faire l’objet de révision ».

Quant à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger (APR), selon le Premier ministre, il lui faut une relecture intelligente dans le respect des principes fondamentaux énoncés qui seront poursuivies et approfondies. L’APR constitue l’une de nos grandes priorités.

3-4. Moralisation de la vie publique…
L’exemplarité affirmée et affichée qui sont les socles de la gouvernance de rupture commande une lutte implacable contre l’impunité, le vol, la corruption et le gaspillage. Pour le Dr Choguel Maïga, il ne s’agira pas de feindre, mais de prendre le taureau par les cornes et en finir avec la gangrène. Tout sera dans ce cadre engagé et entrepris pour traquer les corrompus. La nomination du Procureur anti-corruption comme Garde des sceaux procède de cette volonté inébranlable d’assainir la gouvernance publique et de stopper les dérives qui avaient cours hélas dans notre pays.

Aussi, le Premier ministre a-t-il promis que «l’action gouvernementale portera sur la fin de l’impunité dans notre pays et la mise en pratique d’une gouvernance de rupture, qui sont aujourd’hui des conditions de survie de l’Etat. De véritables poursuites judiciaires consécutives aux tueries et exactions contre les victimes des journées de juillet 2020, seront également engagées».
Pour le chef du gouvernement, les responsables doivent servir l’Etat et non se servir. Si pendant longtemps, c’est le contraire qui s’est produit au vu et su de tous sans conséquence, Choguel K. Maïga annonce une lutte contre cette pratique en vue de permettre au pays de préserver une partie de ses maigres ressources financières. « A leur encontre, le gouvernement insufflera une politique de lutte implacable contre la corruption en appuyant de façon systématique les actions judiciaires dans tous les dossiers de détournement de deniers publics », a-t-il promis.
Dans la même veine, il envisage des audits qui seront commandités dans les institutions, les grandes administrations, les grands projets nationaux et locaux et dans les collectivités, ainsi que sur le patrimoine immobilier et minier de l’Etat.
3-5. Réduction du train de vie de l’Etat
L’entretien de l’Etat est très budgétivore, concèdent de nombreux experts. Et pour une gestion vertueuse, il a été recommandé de revoir la charge de l’Etat. Face à la situation, le Président de la transition a donné le ton en renonçant aux 2/3 de ses fonds de souveraineté. Après cette décision, le Premier ministre a aussi affirmé que lui et tous les responsables donneront l’exemple.
En plus de ces gestes, il a indiqué que d’autres initiatives de plus grandes envergures seront prises en vue de réaliser des économies substantielles qui seront utilisées pour soutenir des secteurs sociaux prioritaires à déterminer suivant les orientations du Chef de l’État.
La création d’un ministère délégué en charge de l’Action humanitaire, de la Solidarité, des Réfugiés et des déplacés est une indication claire de la volonté du gouvernement de satisfaire dans toute la mesure du possible la demande sociale, notamment en ce qui concerne les couches les plus vulnérables de la population.

4. La politique du résultat
Choguel Kokalla Maiga, dans la gestion des affaires de l’Etat, attend des résultats. Ainsi, il encourage ainsi une politique de gestion axée sur le résultat. Il faut que les initiatives de l’Etat apportent des solutions idoines aux problèmes de la population. En intégrant ou en actualisant ces points dans le Programme d’Action Actualisé du Gouvernement de Transition, ils donnent ainsi une boussole, un cap, un référentiel pour apporter honorablement notre modeste contribution à la construction nationale.
Ce nouveau gouvernement de 28 ministres dont 3 délégués est mis en place dans un contexte très particulier avec des missions de haute portée pour l’avenir du pays. Or, le temps qui reste pour les réaliser est jugé assez insuffisant. Malgré tout, ils doivent atteindre les objectifs assignés pour la réussite de la transition, a déclaré Choguel Kokalla Maiga. « Nous sommes engagés dans une véritable course contre la montre. Les Maliens nous observent et comptent sur la réussite de cette Transition qui, pour beaucoup d’entre eux, semble être celle de la dernière chance pour sauver la Nation », a-t-il insisté tout en annonçant l’organisation d’un séminaire d’appropriation accélérée des méthodes et organisations du travail gouvernemental.
5. Solidarité gouvernementale
Le Premier ministre a profité de sa première réunion avec les membres de son gouvernement pour appeler à la solidarité entre les ministres en soulignant que cette phase de la période de Transition est tout sauf une sinécure. « Pour relever les défis et embûches auxquels il faudra faire face, les membres du gouvernement se tiendront la main et feront bloc en renforçant la cohésion au tour du Président de la Transition pour tenir bon ensemble, contre les vents et marées qui se profilent déjà à l’horizon », a-t-il indiqué.

Par Sikou BAH

Source : INFO-MATIN

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