« Si vieillesse pouvait…si jeunesse savait ! ». La nomination de cadres retraités dans les structures administratives, se justifie-t-elle ? « Des gens qui ont tout eu, après avoir assumé de multiples hautes fonctions de l’Etat sont nommés aujourd’hui à de hautes fonctions de l’Etat, au détriment des jeunes » répond un jeune habitant de Bamako, résumant ainsi tout le malaise actuel.

Au nombre des « retraités » qui ont refait surface, l’actuel premier ministre, Modibo Keita, Ahmed Mohamed Ag Hamani, attendu à la BDM-SA, l’ancien aide de camp de l’ancien président de la République, le colonel d’aviation à la retraite, Bah N’Daou, nommé ministre de la défense et remercié après. Ceci est-il contraire à la politique de l’emploi des jeunes telle que prônée par le président de la République ? Et qu’est ce qui justifierait cet appel à la rescousse des « retraités » ! Les jeunes ont-ils déjà déçu ? N’inspirent-ils pas confiance dans le contexte actuel ? Seul le président Ibrahim Boubacar Kéita a la réponse à ces questionnements.
Tout le monde est unanime à penser et à dire haut et fort que l’avenir de la nation est entre les mains de la jeunesse. Une jeunesse qu’on n’hésite pas à mettre à la touche s’il s’agit de promotion ; une jeunesse qu’on oublie au moment des grandes décisions ; une jeunesse forcée de jouer les petits rôles. La nomination au poste de premier Ministre, du « jeune » Moussa Mara, avait été saluée par la jeunesse et les grands défenseurs de la cause des jeunes. Mais la « vieille » classe politique a vite fait de convaincre le président Ibrahim Boubacar Kéita de son « mauvais choix ». Moussa Mara est parti, un « vieux » est tiré de sa retraite pour conduire l’action gouvernementale. Même si pendant ce temps un « jeune » remplace un autre « retraité » à la Défense. A la BDM SA, c’est un «vieux retraité » qui entre dans le conseil d’administration de la Banque au moment où des jeunes cadres rongent leur frein à la porte. Ils vont devoir attendre encore, car, la retraite au Mali n’est pas synonyme de « garage ». Et c’est tant mieux !
Mais, si on veut résoudre le problème de chômage au Mali, il faut apprendre à faire confiance aux jeunes « l’avenir de notre nation ». Il faut apprendre à donner la chance aux jeunes d’occuper les hautes fonctions de l’Etat. Il faut bâtir le présent en ce projetant dans l’avenir. Il ne sert à rien de vouloir être nostalgique, en se replongeant dans un passé lointain. A la limite, cette pratique dévoile, quoi qu’on dise, une injustice sociale. Il est nécessaire aujourd’hui, plus que jamais, de prendre conscience de cette réalité et d’assumer pleinement sa responsabilité face à l’histoire et ces pratiques en cours. Elles n’honorent ni les décideurs, ni la population jeune qui représente la majorité écrasante de la population.
Le Mali a la chance d’avoir une jeunesse dévouée, ambitieuse ne demandant que le respect de son droit au travail. Ce ne sont pas des jeunes compétents qui manquent, ils sont très nombreux, disposés à faire leurs preuves. Qu’on leur donne cette chance. L’histoire retiendra les noms de ceux qui leur refuseront ce droit fondamental. Le Mali est à une étape de son évolution où il est nécessaire de jouer franc jeu. Si ce n’est le cas, les efforts de développement et de réorganisation du pays seront vains. Il faut du sang neuf pour faire face aux multiples défis de l’heure.
Tiémoko Traoré