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SAMBA DIALLO RECTEUR DE L’UNIVERSITÉ DES SCIENCES SOCIALES ET DE GESTION DE BAMAKO « Les étudiants de l’IUG n’ont rien à voir avec cette situation »

Dans l’interview ci-après, le professeur Samba Diallo recteur de l’Université des sciences sociales et de gestion de Bamako (USSGB) explique les raisons de la grève illimitée à l’IUG.

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Les Echos : Expliquez nous dans les faits quel est le problème de l’Institut universitaire de gestion (IUG)?

Samba Diallo: l’IUG il se trouve qu’il y a trois mois que les enseignants ont arrêté les cours. D’abord c’était des arrêts perlés : 48 h, 72 h et enfin la grève illimitée. Dès que nous avons reçu le préavis de grève, nous sommes rentré en contact avec les responsables syndicaux de l’IUG. La commission de conciliation a été créée par le ministère de la Fonction publique. L’IUG avait 7 points de revendications qui se résument en trois points essentiels. Le premier point est relatif aux questions financières, le deuxième point a trait au statut de l’UFP et le troisième point concerne les contrats qui ont été octroyés aux six agents vacataires de l’IUG.

Les Echos: Que disent ces trois points?

Samba Diallo: Je rappelle que sur l’année scolaire écoulée le rectorat et le département ont payé plus de 800 millions d’arriérés d’heures supplémentaires aux enseignants de l’IUG. A cela s’ajoutent les heures effectuées aux cours du soir. Nous sommes à plus de 800 millions de frais payés aux enseignants, au titre de diverses prestations à ce jour. Il nous reste 62 millions de F CFA d’impayés. Sur ce montant, 42 millions de F CFA sont au titre de l’année académique écoulée qui avait enregistré une grève similaire. Ce qui ne leur a pas permis d’effectuer les semestres 2 et 4 à temps opportun. Nous avons demandé au ministère du budget de mettre en dépôt ce montant. Nous n’avons pas été suivi dans notre requête. Les 20 millions de F CFA restants concernent les frais des tâches liées aux examens. Parmi ces 20 millions, la commission peut témoigner, que lorsque les enseignants déposaient le préavis de grève, le dossier n’était pas parvenu pour payement au rectorat. Il était encore à l’IUG pour vérification.

Par ailleurs le ministre leur avait demandé également, concernant les 62 millions de F CFA, de patienter afin qu’il puisse prendre attache avec ses collègues pour trouver une issue heureuse. Dans cette perspective, le ministre instruit au rectorat de faire des efforts sur ressources propres ; efforts que nous avons consentis.

Les Echos: Quel est le fond de la grève ?

S.D: A première vue, le fond de la grève ne transparaît pas. Il porte sur le statut de l’UFP. Je suis à l’aise dans la mesure où j’ai des textes de mon côté. Ces textes émanent d’abord de l’Université du Mali qui fait de l’UFP une structure rattachée à l’IUG, service public. Nous avons un texte signé par le professeur Mamadou Lamine Traoré, qui rattache l’UFP à l’IUG. Enfin nous avons un décret qui date des années 1996 qui fait de l’UFP un élément rattaché à l’IUG. Le statut de l’UFP ne souffre d’aucun doute. C’est un service public et comme tel, les règles de la comptabilité publique doivent s’appliquer à l’IUG et l’UFP. Mais là encore, on nous a fait un procès d’intention en disant que nous voulons ramener tout à notre niveau.

Les Echos: Le comité syndical dit que le rectorat veut prendre la gestion financière de l’UFP au nom d’une lettre officielle qui n’existe pas. Cela est-il fondé ?

S.D: J’ai un document sur la vérification de la gestion de l’IUG. Le service de contrôle des services publics y est allé sur dénonciation des agents de l’IUG eux mêmes. A la suite de ce document, le Premier ministre de l’époque a adressé une correspondance au département de tutelle dans laquelle il demandait le redressement de l’IUG à la suite de constat d’irrégularités. 17 points de recommandations y ont été énumérés que nous devrions mettre en œuvre. Au nombre de ces recommandations, il est demandé « au rectorat de l’Université de Bamako la comptabilisation au niveau de l’Agence centrale du rectorat de toutes les ressources de l’IUG y compris celles de l’UFP« .

Les Echos: Ce qui veut dire?

S.D: Qu’il faut que la gestion patrimoniale qui prévalait à l’IUG et qui avait entraîné des irrégularités cesse et que les règles de la comptabilité publique s’appliquent dans sa globalité à l’IUG y compris à l’UFP.

Les Echos: Cette lettre est- elle en application?

S.D: Naturellement. Lorsque nous avons reçu cette correspondance par le département de tutelle, nous avons procédé à une relecture des textes de l’UFP. Là aussi, on nous fait un procès d’intention alors que nous n’avons fait qu’exécuter des instructions émanant de la hiérarchie.

Face à cela, des intérêts colossaux ont été remis en cause. Comment pouvons-nous comprendre que des agents de l’État fassent par an plus de 20 millions de F CFA d’heures supplémentaires ? C’est donc à nous représentants de l’État de nous battre pour que les règles de la comptabilité publique soient appliquées à toutes les structures. Du reste, cette recommandation concernant l’IUG a été appliquée à toutes les structures. En plus de l’IUG, il y a l’IUDT, la faculté des sciences économiques et de gestion, la faculté d’histoire et de géographie. Pour harmoniser les textes des différentes formations continues de toutes nos structures, une commission mise en place à cet effet dans laquelle ont siégé les deux syndicats de l’enseignement supérieur, mais pas le comité de L’IUG, a procédé à la relecture des textes. Ils sont soumis pour avis au ministre. Après quoi, nous les signerons et ils seront appliqués.

Les Echos : Il n y a pas que la relecture des textes qui pose problème à l’UFP. La question de contrats est encore plus cruciale pour les enseignants. Qu’en est-il?

S.D: C’est le deuxième problème de L’UFP. Il est relatif aux contrats que nous avons signé avec six contractuels. Il n y a pas un seul agent que moi ou mon équipe connaissions. J’ajoute que les six agents qui ont été recrutés étaient déjà des vacataires à l’IUG. Que s’est-il passé ? C’est le directeur qui m’a proposé de confirmer et de sécuriser des pères et des mères de famille qui travaillaient dans la précarité et qui avaient bien sûr la compétence. Le directeur ne l’a pas fait au hasard. Il se fondait sur les avis du comité de gestion de l’UFP et de l’Assemblée de l’Institut ; organes dans lesquels siège le syndicat. Donc, il est amplement informé. Et ce sont eux qui m’ont présenté le contrat. Je l’ai signé après être rassuré qu’il avait respecté toutes les procédures. Le contrat stipule dans son article 2 que les six vacataires vont effectuer des cours à l’UFP. C’est d’ailleurs le premier point de la revendication du comité syndical.

L’UFP est une structure où on effectue des cours du soir. C’est là-bas où les enseignants font à satiété des heures supplémentaires.

Dans le souci d’économiser, de rationaliser les ressources, le directeur a décidé de remettre les six vacataires à l’UFP où ils vont dispenser chacun 12 h de cours. En faisant 12h à l’UFP des intérêts ont été lésés. Il y a des enseignants qui ont vu dans la décision une menace sur le volume des heures supplémentaires qu’ils y effectuent. Et ce fut le tolé. Le syndicat a mobilisé l’ensemble des enseignants en leur disant que s’ils ne prenaient garde, nous allons leur enlever du pain de la bouche.

Le syndicat est venu nous voir. Je leur ai dit de respecter les règles de fonctionnement de l’administration. Et d’aller donc s’entendre avec la direction de l’IUG qui est à la base des contrats. Par la suite, le directeur m’a dit que dans un souci d’apaisement, il peut leur accorder à chacun des contractuels 8 h à l’UFP et 4 h en cours de jour (IUG). Mais le syndicat a dit non et a exigé que les contractuels fassent les 12 heures à l’IUG ; car l’UFP est réservée uniquement aux heures supplémentaires des enseignants de l’IUG.

Les Echos: C’est un peut compliqué non ?

S.D: Cela pose deux problèmes: Le premier est relatif au respect des missions confiées à chacun des partenaires de l’école. Celle de l’administration est d’organiser les études au sein de l’établissement. Elle est dans ses droits en attribuant les cours dans les différentes composante de l’Institut.

Le second à trait aux volumes horaires des enseignants qui pourraient être affectés par cette requête du syndicat. Que faire si l’un d’entre eux n’atteignait pas le volume d’heures requis par les textes ?

Dans un premier temps, le syndicat est venu me voir pour me demander de résilier les contrats signés. J’ai la lettre avec moi. Cette attitude m’a étonné de la part du syndicat. Il est revenu pour demander qu’ils soient tous versés en cours du jour. Mais la seule condition a été que cela ne soit pas à la charge de l’État. Que les 12h se fassent là-bas et qu’après cela, tous ceux qui vont avoir leur volume horaire affecté prendront le complément en cours du soir.

Les Echos: Le syndicat affirme que l’UFP appartient à l’IUG et que de ce fait la gestion des fonds de l’unité doit être faite par eux. Qu’est-ce que vous en dites?

S.D: Le statut de l’UFP ne souffre d’aucun doute. J’ai d’ailleurs demandé aux enseignants qu’ils m’en fassent la preuve. Qu’ils me produisent un texte, même un procès verbal de l’assemblée constitutive qui fait de l’UFP leur propriété. Dès lors, je la leur céderais. Mais ils n’ont pas le moindre document pour conforter leur assertion. L’UFP a été créée par Mme Ginette Bellegarde qui a été ministre de l’Enseignement supérieur.

Les Echos: A vous entendre tout le problème tourne autour de L’UFP. Et L’IUG dans tout cela, cela fait quand même plus de trois mois que ces étudiants ne rentrent pas en classe?

S.D: C’est ce qui m’étonne! C’est un problème de l’UFP, de cours du soir, que les enseignants mettent en cause la scolarité des enfants de l’IUG dans le cycle formel de l’enseignement. Il n y a pas de problème à L’IUG. Les enseignants n’ont aucun problème. Ils ont leurs salaires régulièrement. Ils ont leurs heures supplémentaires normalement. Et ce sont les étudiants de l’IUG qui sont pénalisés, puisqu’ils voulaient continuer à dispenser les cours à l’UFP. C’est nous qui nous sommes opposé à cette injustice. Vous savez certains enseignants ont 20h de cours le matin, presqu’autant le soir. Quand est ce qu’ils auront le temps de travailler? Et encore, on a assisté à une pratique, des assistants qui recrutent des assistants pour venir donner des cours. C’est incompréhensible au plan pédagogique et éthique. Nous nous élevons contre toutes ces pratiques malsaines. Là dessus, nous sommes sereins parce que nous sommes convaincus que le droit est de notre côté.

Les Echos: Vous êtes accusé personnellement par le comité syndical de l’IUG d’être le seul responsable du blocage. Que dites vous pour votre défense?

S.D: Je ne vais pas chercher à me défendre parce que je ne fais qu’appliquer les textes. Dans la pratique, s’il y a une violation des textes que le syndicat me le dise, je me corrige. Ou alors, s’ils font confiance en la justice de notre pays, le syndicat peut attaquer nos décisions. En tant que sujet de droit et représentant de l’autorité, je me plierai à toute décision de justice.

Mais comment peuvent-ils prendre notre enseignement en otage, parce qu’ils ont une capacité de nuisance au mépris du droit.

Les Echos: Le bureau national du Synesup s’est saisi du dossier de L’IUG et demande votre démission. Quelle appréciation vous en faite?

S.D: Je reste serein. Si j’ai violé les textes, j’ai une hiérarchie qui saura apprécier. Et le moment venu, je me soumettrai au verdict de ma hiérarchie. Je considère toutes autres considérations me concernant comme nulles et de nul effet.

Les Echos : Avez- vous essayé de gérer la crise pour qu’elle n’arrive pas au point où elle est?

S.D: Par étape, j’ai essayé. Le ministre a essayé et le directeur de l’IUG également. Lorsque la crise a éclaté, j’ai reçu aussitôt le syndicat pour les amener au compromis avec la direction. Ils ont refusé. Ils sont allés à la grève. Nous avons eu deux jours de conciliation au rectorat avec l’implication du cabinet. Cela a été une impasse avec toujours le point 2 comme point de discorde, parce que des intérêts sont lésés. A ma demande, le directeur de l’IUG a mis les femmes de l’IUG en mission auprès du syndicat pour trouver un terrain d’entente. Sans aucun résultat. Le directeur de CAP de Torokorobougou a été mis en mission par le directeur de l’IUG. Une fin de non recevoir de la part du syndicat a été réservée à cette initiative. J’ai soumis la question au conseil de l’Université qui s’est saisi du dossier en mettant en place une commission de conciliation. Lui aussi s’est heurté à l’intransigeance du syndicat.

Enfin, nous avons commis Mme Siby Ginette Bellegarde, afin qu’elle intercède auprès du syndicat pour que nous trouvions une solution à cette crise qui hypothèque l’année académique. Ils ont refusé de recevoir Mme Siby qui est créditée d’une bonne connaissance de la structure, elle qui a créé l’UFP et fut directrice de l’IUG.

Les Echos: Pour ce qui est de sauver l’année, êtes vous au courant que le Syndicat propose une solution?

S.D: J’ai vu une proposition du syndicat faite au ministre de l’Emploi pour sortir de l’impasse. Entre autres propositions, les syndicalistes disent vouloir sacrifier leur vacance pour rattraper l’année.

Les Echos: Quelle appréciation vous en faites?

S.D: J’ai une seule objection à faire sur ce point. Eux ils font le sacrifice ; mais ils l’imposent aux autres partenaires. Les étudiants ont-ils demandé à travailler pendant la saison des pluies au moment où ils doivent être aux côtés de leurs parents dans les champs ou les ateliers. Ont-ils pensé à toute la pénibilité qu’ils vont avoir à venir en cours. Les syndicalistes ne pensent qu’à leur intérêt. Sinon ils auraient dû se dire, oui, nous ne sommes pas d’accord avec la mesure, mais nous l’attaquons devant la justice pour préserver l’intérêt des enfants, nous allons faire les cours. C’est cela le sacrifice. C’est eux qui doivent imposer leur bon vouloir à tous les partenaires. L’école est un partenariat où chacun doit respecter l’autre. S’ils sont prêts à rattraper l’année, nous attendons de voir.

Deuxième proposition faite, le syndicat veut faire deux quittances. Une pour les inscriptions et une pour les frais pédagogique de l’UFP. Je rappelle ici que les gens doivent trouver les solutions qui sont conformes aux textes en vigueur. Qu’ils aillent voir les textes de la comptabilité publique, l’Université possède un compte unique et nous avons fonctionné ainsi jusqu’ici. Toutes les sommes qui rentrent à l’Université suivant les règles de la comptabilité publique. Et suivant une grille de répartition adoptée par le conseil de l’Université, nous affectons à chaque structure les montants dus. Pourquoi faire une exception pour l’IUG alors que toutes les universités fonctionnent ainsi.

Les Echos: Du 29 au 30 juin, le bureau national du Snesup va observer une grève de 48h pour commencer et aller en illimitée si vous ne démissionnez pas. Qu’est-ce que vous en pensez ?

S.D: Je préfère ne pas me prononcer sur les actions du Snesup. Mais, j’ai pour principe de ne soutenir que les positions justes et conformes aux textes. Or, de mon point de vue, les positions défendues par les enseignants de l’IUG ne sont ni justes ni légales.

Je lance un appel aux collègues de l’IUG afin qu’ils procèdent à une analyse juste et objective de la situation afin qu’ensemble nous envisageons une sortie de crise.

Les Echos: Quel message lancer vous à cet effet ?

S.D: Il faudrait que l’on place tout cela sur le plan moral et éthique. En effet, ceux qui animent cette grève ont un salaire et un emploi décents. Ils se battent pour des surplus que d’autres jeunes Maliens, aussi diplômés qu’eux, parfois plus, ne demandent qu’à bénéficier de notre solidarité pour s’offrir un premier emploi, même à durée déterminée, synonyme de dignité retrouvée.

Nous avons appris que l’humanisme est malien et que l’égoïsme lui est étranger. Mais le spectacle auquel nous assistons nous amène à douter.

Propos recueillis par

Aminata Traoré.

 

Source: lesechos

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