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Que sont-ils devenus… Ibrahima Traoré dit Francky : Le journalisme debout

L’écrivain, philosophe et musicien genevois a écrit ceci : “La reconnaissance est un bien, un devoir qu’il faut rendre, mais non un droit qu’on puisse exiger”. Dans l’animation de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”, il nous a été donné d’être reconnaissant vis-à-vis de notre éminent maître du second cycle, Mamadou Diarra de L’Essor, et de Papa Oumar Diop de l’ORTM, à la base de notre présence dans l’équipe d’animation du Musée sportif. Aujourd’hui, nous parlons de la reconnaissance à l’endroit d’un troisième héros : Ibrahima Traoré dit Francky, l’homme qui a conduit nos premiers pas dans le métier du journalisme. Notre première rencontre date du mois de mai 1998. C’était pour déposer la demande d’un collègue enseignant, suite à un avis de recrutement de journalistes lancé par “Le Républicain”. Sa gentillesse et l’accueil chaleureux nous convainquent de lui proposer notre propre candidature, tout en précisant que nous détenons un diplôme de brevet de technicien en comptabilité. Or, dans  l’avis de recrutement, l’administration du journal exigeait un diplôme supérieur.

Ibrahima Traoré accepte. Le stage commence. D’abord par des va-et-vient d’observation pendant des semaines. Puis, un jour, il nous demande de faire le résumé du match Italie-Nigeria, joué la veille, à l’occasion de la Coupe du monde de France-98. Le papier est publié dans la parution du lendemain. Tout est parti de là. Ibrahima Traoré forge notre plume pour l’adapter au style journalistique, en plus de l’encadrement du reporter sportif maison, Sékou Tamboura. Aujourd’hui, la logique nous impose de lui rendre hommage dans votre rubrique préférée. Faut-il noter qu’Ibrahima Traoré, qui dirigeait “Le Républicain” de Tiébilé Dramé, a fini par créer son propre journal, “Le Continent”, avant d’entamer une longue carrière à l’Union africaine. Qui est cet homme ? Comment s’est-il retrouvé à l’UA ? Ancien collaborateur du président Alpha Oumar Konaré, que retient-il de lui ? Que pense-t-il de son silence ? Quel rôle Alpha peut-il encore jouer dans la vie de la nation ? Francky nous a reçus à son domicile, pour une interview entre le maître et l’élève.

Du “Républicain”, le directeur de publication Ibrahima Traoré fut un leader, avec un sens élevé du management. Il avait la bonne manière pour diriger une rédaction composée de jeunes journalistes impulsifs, qui avaient une autre vision de la gestion politique du pays et la plume leur semblait le régulateur.

Bref les journalistes revendiquaient une certaine indépendance. Cela était-il possible dans un journal privé appartenant à un homme politique, qui a des objectifs, des ambitions ? Comment démolir Tiébilé Dramé dans son propre organe ? Comment s’attaquer au Cnid alors que le promoteur du journal est membre influent de ce parti ? Idem pour le Parena plus tard ?

Le directeur de publication estimait que, cela n’était pas loyal. Donc, il lui a fallu beaucoup de tact pour calmer les ardeurs, orienter la ligne éditoriale dans un sens, qui ne puisse heurter la sensibilité de Tiébilé Dramé et ses alliés politiques. Autant Ibrahima devait canaliser la rédaction, autant il devait gérer l’ingérence de la politique dans le journal. C’était en quelque sorte le revers de la médaille.

Malgré tout, en bon leader, il a su imposer sa méthode de travail, ses principes dans une rigueur teintée de convivialité. Autre goulot d’étranglement ? Le passage du journal d’hebdo à quotidien. Cette transition fut difficile parce que le personnel n’était pas étoffé, les moyens réclamés par Ibrahima ne tombaient pas. Il nous arrivait de quitter la rédaction tard la nuit, pour ensuite être au rendez-vous des reportages le lendemain. Les distributeurs étaient mécontents de la parution tardive du journal.

L’imprimerie se plaignait également. Mais, dans tous les cas, Francky trouvait les mots justes pour régler tous ces détails, et maintenait la rédaction dans le dynamisme, l’efficacité. C’est à la lumière de toutes ces péripéties, qu’il soutient que son poste de directeur de publication du journal “Le Républicain” a été une grande école pour lui, avec beaucoup d’enseignements. Que retient-il de lui ?

Clin d’œil à Alpha

Arrivé chez Ibrahima Traoré le samedi dernier aux environs de 10 h, sa femme joviale et d’une gentillesse exquise nous conduit à l’étage. Le maître des lieux nous y attendait. D’emblée l’émotion nous a envahis, en réalisant que c’est le même directeur de publication, agréable, serviable et prompt qui est toujours devant nous. La joie était partagée, parce que Francky aussi a retrouvé un élève, perdu de vue depuis plus de deux décennies. L’émotion était à son paroxysme.

Au terme de chaudes formules d’accueil, Ibrahima nous a installés confortablement à une table, déjà garnie de boissons par les soins de Mme Traoré. Sans être extravagant, l’élève n’avait-il pas l’occasion de démontrer sa maturité, et que les directives déontologiques ont servi. Du coup, nous engageons l’interview par son ancien collaborateur, l’ancien président Alpha Oumar Konaré.

En tant qu’analyste qui a suivi Alpha Oumar Konaré dans l’exercice de ses fonctions, Ibrahima Traoré retient de l’ancien président un homme d’Etat, qui a ouvert la voie à la démocratie, un visionnaire qui a fait face à des adversités implacables. Mais il s’en est toujours sorti indemne. Il lui rend aussi un hommage, avec une grande reconnaissance pour avoir parrainé sa candidature à l’Union africaine (UA), comme chargé de communication. Un parcours en République démocratique du Congo qui lui a ouvert la voie de la diplomatie.

Cependant, Francky ne comprend pas le silence de l’ancien président Alpha Oumar Konaré. Parce qu’après avoir dirigé le Mali durant deux mandats, il aurait dû être aujourd’hui un conseiller pour la gestion de la nation. Sa réserve ne profite pas à la République.

“Pourtant quand il était au pouvoir, Alpha m’a promis une interview pour parler de sa vie politique, sa gestion du Mali et son regard sur l’évolution démocratique de notre pays. Malheureusement, cet entretien n’a pas eu lieu. Ce silence de l’ancien président pourrait se comprendre, en analysant ses propos selon lesquels il ne veut pas gêner son successeur ou ses successeurs. Peut-être qu’il est conscient que sa seule phrase pourrait compromettre la gestion du pays”, a-t-il soutenu.

9e promotion du Cesti

Les compagnons d’infortune d’Ibrahima Traoré au Cesti sont Tiona Mathieu Koné, Alassane Niakaté, Oumar Touré, Bamba Kiabou, Molobaly Diakité, Fousseyni Sissoko. Ils sont de la 9e promotion sortie en 1981. En son temps l’alternative consistait à travailler au quotidien national “L’Essor” et se complaire dans les activités gouvernementales. Francky a donc décidé de rester à Dakar pour acquérir de l’expérience et profiter du foisonnement des titres sénégalais. Il est recruté par le magazine mensuel “Africa International”. Une période qui a coïncidé avec la prolifération d’autres journaux : “Afrique Nouvelle”, “Agence panafricaine d’informations”, Francky devient pigiste dans ces organes, avec des reportages sur les questions de développement, du monde rural. Au terme de cette péripétie, notre compatriote, Modibo Kéita créé le journal “Santé et vie meilleure” et lui fait appel pour des missions dans la Vallée du fleuve Sénégal entre 1984 et 1985.

Ibrahima Traoré a également exercé au sein des journaux “Le Politicien”, un hebdo satirique, “Alter Vision”, un organe multi médias de grands dossiers sur les questions de développement, les grands chantiers d’industrialisation, le “Cafard Libéré”. C’est dans ce journal que Francky s’est beaucoup illustré avec le statut de “grand reporter”, de mars 1987 à mars 1994. C’est à cette date qu’il choisit de rentrer au Mali à la demande des amis qui ambitionnaient de lancer un journal “La Tribune”. Dommage que celui-ci n’a pas  fait long feu, n’ayant pas survécu au départ d’Ibrahima Traoré.

Le 1er juin 1995 par décision n°18/95, il est recruté et nommé directeur de publication et de la rédaction du journal “Le Républicai”. Comme évoqué plus haut, Francky contribuera à la vitesse de croisière du journal avec les moyens de bord. A l’époque, il a pu asseoir sa crédibilité par la qualité des informations, des titres accrocheurs, et des sujets d’enquête pertinents. Nous avons intégré la grande famille en juin 1998, et le directeur de publication  nous confiera deux dossiers d’enquêtes : “Les femmes vendeuses de poisson”, et le désordre dans le district sous le titre “Bamako, une pétaudière”.

Ibrahima Traoré ne nous a pas abandonnés “en plein vol”, mais des pressions politiques constantes s’intensifiaient, selon lui.

Un 19 novembre 2000, il rendra sa démission par une lettre en ces termes : “Après cinq ans de bons et loyaux services à la tête du Républicain, je suis au regret de vous annoncer de prendre du recul vis-à-vis du journal. Au cours des cinq dernières années que j’ai passées à la tête du journal, je me suis investi de toutes mes forces corps et âme pour maintenir le cap de la performance. Dans notre marche commune pour la recherche d’un journal différent de qualité, les difficultés n’ont pas manqué. Mais nous avons pu préserver l’essentiel : notre outil de travail. Cependant, je reste en poste jusqu’à ce que mon successeur soit nommé”.

Son départ du Républicain consacre la création de son journal “Le Continent” avec l’ambition de l’intégration africaine. Ce nouvel organe devait aussi se frotter aux réalités du moment : le combat de la régularité, la concurrence, la performance. Il tiendra le coup malgré les obstacles. Seulement sa disparition prématurée est liée au départ de son promoteur pour l’Union africaine.

Globe-trotter

Ibrahima Traoré est recruté pour servir en République démocratique du Congo, un laboratoire de la gestion des conflits en Afrique. Il occupe le poste de chargé de communication, de conseiller politique chargé de la rédaction des rapports politiques sur la base desquels les décisions de l’UA sont prises. Il suivait également les questions de réforme de la sécurité, les questions des droits de l’Homme, et a régulièrement participé aux réunions internationales de la Monusco.

Sa mission prend fin en avril 2017. Une fois à Bamako, Francky reprend service comme chargé de mission au ministère des Droits de l’Homme et de la Réforme de l’Etat, dirigé par Me Kassoum Tapo. Ce département n’a pas dépassé les six mois. Depuis lors Ibrahima Traoré est devenu consultant des organisations internationales : le Pnud, la Fondation Friedrich Ebert, Konrad (une ONG allemande).

Son parcours aussi flatteur est lié aux bons souvenirs : son invitation à la Coalition mondiale pour l’Afrique aux Pays-Bas en 1997, où il a interviewé de grandes personnalités comme le Monsieur Afrique Néerlandais, Ian Pronk, à l’époque ministre de la Coopération et du Développement, son passage à l’UA, qui fut un tremplin du point de vue de sa formation diplomatique.

Avec Ibrahima Traoré on ne finit jamais de poser des questions, pour en savoir plus. Au moment de nous accompagner, nous profitons du bas de l’escalier pour continuer dans la dynamique de l’interview avec deux questions : Qu’est-ce qu’il regrette dans sa carrière journalistique ? Quelle anecdote l’a marqué ?

“J’ai le regret de n’avoir pu interviewer le Premier ministre Ibrahim Boubacar Kéita, malgré toutes mes sollicitations. L’anecdote que je retiens s’est passée au sommet de la Coalition mondiale où le président Amadou Toumani Touré était également invité. Il était tout joyeux en me rencontrant dans le hall. Il me dit petit frère, tu coordonneras mes audiences et mes rendez-vous diplomatiques jusqu’à notre retour. Effectivement, je me suis mis à sa disposition, et tout s’est bien passé. A la fin du sommet, ATT m’a pris dans ses bras avec des propos chaleureux et tout s’est arrêté là. J’étais comblé d’avoir servi un grand frère sans arrière-pensée”.

Dans la vie, Ibrahima Traoré dit Francky est passionné de lecture. Il aime la franchise et déteste le mensonge, la malhonnêteté et l’hypocrisie.

Comment quitter son maître sans lui poser la question de savoir ce qu’il pense de son élève ? Ainsi nous lui demandions de faire une évaluation chiffrée. Autre moment d’émotion !

Les mots de notre mentor sont tellement forts que nous préférons attendre autre occasion pour les rappeler. Cependant, Ibrahima est formel que l’homme réussira dans tout métier qu’il a décidé d’aimer. Pour lui, la presse nous est chevillée au corps.

O. Roger

Tél : (00223) 63 88 24 23

Source: Aujourd’hui-Mali

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