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Présidentielle 2022 : quelle place pour l’Afrique dans les programmes des candidats ?

En France, alors que la campagne présidentielle officielle a commencé le 28 mars, TV5MONDE vous propose une série d’articles sur les programmes des douze candidats. Nous avons choisi d’explorer dix grands thèmes, très présents dans l’actualité et dans le débat public. Dix thèmes, dix articles pour vous aider à faire votre choix. Le continent africain a largement occupé le mandat du président sortant Emmanuel Macron. Les relations de la France et de l’Afrique seront, à n’en pas douter, au coeur du prochain quinquennat. Sous quel angle les candidats les abordent-ils ? Quelles sont leurs propositions ?  Épisode 1 de notre série “Présidentielle 2022”.

Nathalie Arthaud, l’anti-impérialisme

La candidate de Lutte Ouvrière n’aborde l’Afrique que sous un seul aspect : l’impérialisme, “stade suprême” du capitalisme, selon les termes de Lénine.
Illustré d’une photo que nous avons identifiée comme prise en République centrafricaine et montrant une patrouille de l’armée française, ce volet du programme de Nathalie Arthaud déplore la “domination des pays riches sur les économies des pays” autrefois colonisés par la France. La candidate considère que “la colonisation a mis à disposition de la grande bourgeoisie des sources de matières premières, une main-d’œuvre corvéable à merci et des territoires où investir leurs capitaux.
En conséquence, la candidate Lutte Ouvrière, se considérant “solidaire des combats menés par ces peuples contre cette oppression” des pays riches, suggère de “briser la source de cette domination c’est-à-dire la propriété privée des moyens de production qui a conduit à la formation des grandes multinationales“.

Extrait du programme de la candidate de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud.
© Capture d’écran

Nicolas Dupont-Aignan, un “grand partenariat

L’Afrique revient à plusieurs reprises dans le programme du candidat souverainiste, qui fut soutien de Marine Le Pen lors du second tour de la présidentielle de 2017.
De manière très prévisible tout d’abord, sous les angles habituels d’une partie de la classe politique française, à droite comme à gauche. L’aspect migratoire, par exemple, avec la volonté de “renforcer notre coopération avec les pays africains (…) afin de favoriser le développement de la région et d’éviter l’explosion des flux migratoires dans les prochaines décennies“. Nicolas Dupont-Aignan évoque aussi la sécurité au Sahel, considérant que “notre propre sécurité est liée à la sécurité, au développement, et à l’État de droit dans ces pays.
Marqueur de droite, la question de la colonisation. Celui qui se présente toujours comme gaulliste considère qu’il faut “sortir de l’impasse de la repentance et de la culpabilisation postcoloniale par un dialogue franc permettant de régler les questions passées pour aller de l’avant et défendre nos intérêts communs“.

Plus inattendu, notamment par l’ampleur de ce volet dans son programme, Nicolas Dupont-Aignan propose un “grand partenariat entre la France et l’Afrique” préconisant notamment le développement de l’agriculture sur le continent et l’électrification. Il ne s’agit pas d’une démarche philantropique pour le candidat. “Faire cela, estime-t-il, ce n’est pas seulement apporter une aide au développement, c’est nous aider nous-mêmes à la mise en place d’une solution durable aux crises migratoires.

Extrait du programme de Nicolas Dupont-Aignan, candidat à la présidentielle française.
© Site de campagne / Montage TV5MONDE

Anne Hidalgo fait l’impasse

Le sujet africain est totalement absent du programme publié par la candidate socialiste et son équipe. La seule mention du terme “Afrique” dans le document de 44 pages se réfère à ses réseaux d’élus locaux à travers la planète, en tant que maire de Paris. Nous avons sollicité son équipe pour avoir davantage de détails, mais sans succès.
Pour obtenir un point de vue d’Anne Hidalgo sur le sujet, il faut donc aller chercher ailleurs. Ainsi, dans un entretien accordé en février 2022 à RFI/France 24, elle évoque l’avenir de l’opération Barkhane et de la présence militaire française au Sahel. “Il faut tout faire pour maintenir Barkhane, estime Anne Hidalgo. Il faut compléter cette opération militaire qui assure la sécurité des populations au Sahel mais aussi notre sécurité en Europe par une politique qui doit être de développement et d’accompagnement du développement“. L’opération Barkhane, dans un premier temps opération Serval, avait été lancée en janvier 2013 par un président socialiste, François Hollande, à un moment où le Mali risquait de tomber entièrement aux mains des groupes djihadistes. Elargi et complété, le dispositif n’a pas permis de rétablir la sécurité dans le pays. En février 2022, Emmanuel Macron a annoncé la fin de cette opération Barkhane sous sa forme actuelle.

  • (Re)lire – Présidentielle 2022 en France : qui sont les candidats ?

Yannick Jadot, l’enjeu environnemental

Dans le programme du candidat écologiste, l’Afrique est abordée sous les angles “solidaire” et “environnemental“.
Nous transformerons l’aide au développement pour favoriser les partenariats solidaires“, peut-on lire. Yannick Jadot promet ainsi, s’il est élu, de “privilégier les dons aux prêts“.
A propos des relations entre la France et le continent africain, le candidat écologiste souhaite faire évoluer les relations sur un grand nombre de points, allant de la gestion de l’eau à la lutte contre le terrorisme en passant par l’éducation et l’émancipation des femmes. Concernant le sujet ultra-sensible de la crise sécuritaire au Sahel, Yannick Jadot estime que l’approche actuelle est “trop centrée sur le militaire” et qu’il convient donc de la faire évoluer “pour aider à mieux répondre aux besoins immédiats des populations“.
Très concrètement, enfin, le candidat des écologistes propose de soutenir la suppression de la dette liée à la pandémie de Covid-19.

Test Covid en février 2022 à Harare, au Zimbabwe. L’endettement moyen des pays d’Afrique subsaharienne était de 50 % du PIB en 2019. Il est monté à 58 % en raison de la pandémie de Covid-19, selon la Banque mondiale.
© AP Photo/Tsvangirayi Mukwazhi

Jean Lassalle, la question du franc CFA

Le point mérite d’être souligné. Si son chapitre consacré à l’Afrique se résume à un court encadré dans la rubrique “La France force de paix“, le candidat de “la France authentique” (c’est le titre de son programme) propose une réforme majeure du franc CFA en “mettant fin à sa supervision par le Trésor français“. Fin 2019, Emmanuel Macron et Alasssane Ouattara son homologue ivoirien avaient annoncé la fin du CFA en Afrique de l’Ouest et son remplacement par l’ECO, mais cette réforme n’a jamais eu lieu et le très décrié CFA souvent assimilé à une survivance coloniale reste la monnaie d’une bonne partie de l’Afrique de l’ouest et de l’Afrique centrale.
Parmi les pages que Jean Lassalle souhaite tourner figure également un volet militaire : “Revoir les traités de défense passés avec nos anciennes colonies“, promet-il laconiquement.
Le candidat suggère enfin de “soutenir le développement des infrastructures africaines, notamment les télécommunications“.

“Survivances coloniales” ?

Le franc CFA et les accords de défense cités par le candidat Jean Lassalle sont deux aspects emblématiques des “relations privilégiées” de la France avec son ancien empire colonial, aujourd’hui largement décriées notamment au sein des organisations de la société civile.
Le CFA, ou plutôt les CFA car il existe celui de l’Afrique de l’Ouest et celui de l’Afrique centrale, est la monnaie de quatorze pays africains. Frappée en France, elle bénéficie d’une parité fixe avec l’euro, ce qui lui assure une certaine stabilité mais limite les marges de manoeuvre des Etats qui l’utilisent.
Moins connus, les accords de défense entre la France et ses anciennes colonies africaines sont des textes régissant les relations, bien au-delà des questions militaires, entre Paris et les différents Etats. Dans un éclairant article, le site de la Deutsche Welle les décrit ainsi : “Après les indépendances, la France a signé des accords de coopération militaire et de défense avec une vingtaine de pays africains. Paris dispose toujours d’environ 6.000 militaires qui sont répartis entre la Côte d’Ivoire, Djibouti, le Gabon, le Sénégal, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad“, soulignant aussi l’opacité de ces traités reconduits tacitement tous les cinq ans.

Marine Le Pen, immigration et “Union francophone

Si le continent africain est absent des “22 propositions” du programme de la candidate du Rassemblement national, il est néanmoins largement présent dans les dossiers thématiques que Marine Le Pen et son équipe ont rédigés.
Sans grande surprise, le sujet y est étroitement associé à la question de l’immigration.
Contrôler l’immigration” est l’une des thématiques développées. La candidate s’y inquiète de la pression démographique sur le continent africain qui, ajoutée aux problèmes de “mauvaise gouvernance“, de “tensions” et de “changements climatiques” font de l’immigration l’un des “défis du XXIe siècle“.

En 2017, Marine Le Pen s’était, pendant la campagne, rendu sur le continent africain. Au Tchad, elle avait notamment rencontré le président Idriss Déby qui sera tué en avril 2021.
© Capture Tweet de Marine Le Pen 2017

L’Afrique apparaît également dans le dossier thématique consacré à la défense et intitulé “Réarmer la France-puissance“. Marine Le Pen s’y préoccupe d’une perte d’influence de la France dans des zones “gangrénées par le terrorisme islamiste” (Libye, Corne de l’Afrique, Canal du Mozambique…). Elle propose également un “aggiornamento radical” de la philosophie des opérations extérieures de la France, notamment en Afrique, mettant en avant “la realpolitik plutôt que le sentiment“.
Enfin, il convient de souligner un autre volet intitulé “Replacer la France dans le concert des nations“. La candidate d’extrême-droite y met en avant la francophonie comme “instrument privilégié de notre influence dans le monde“. Marine Le Pen compte “sur les pays francophones d’Afrique, injustement négligés depuis de trop longues années” pour “remplir un rôle moteur dans l’Union francophone” qu’elle dit appeler de ses voeux.

Emmanuel Macron, le converti

Emmanuel Macron le 2 juillet 2018 à Nouakchott (Mauritanie) aux côtés de ses homologues du G5-Sahel dont plus aucun n’est aujourd’hui en fonction.

© Ludovic Marin/Pool Photo via AP

Quand il est élu en 2017, le jeune président est estampillé “start-up nation” ; ancien banquier d’affaires, il est attendu sur les sujets économiques et financiers. Mais Emmanuel Macron hérite aussi d’un gros dossier international qui va occuper une bonne partie de son mandat : le Sahel, où l’armée française est déployée depuis 2013 via Serval puis Barkhane.
Le président français passera de longs moments aux côtés de ses homologues du G5-Sahel, assistera à la chute (IBK au Mali, Roch Kaboré au Burkina Faso), voire la mort au combat (Idriss Déby Itno au Tchad) de certains de ses alliés de la région avant que le sujet ne tourne totalement à la crise diplomatique. En résumé, si l’Afrique n’était pas son sujet de prédilection, il a bien fallu que le président sortant se l’accapare.
Quid du continent africain dans le programme du candidat Macron ?
Le sujet revient largement dans un dossier intitulé “action internationale” dans lequel Emmanuel Macron et son équipe détaillent le bilan et les engagements du candidat. S’adressant aux électeurs français, c’est d’abord sous le prisme français qu’il éclaire son bilan : ” Les Français sont mieux protégés, peut-on lire. La France agit avec détermination contre les groupes terroristes au Sahel, en Méditerranée et au Levant. Elle a renforcé la coopération sécuritaire avec ses principaux partenaires européens et internationaux“.
Plus loin, Emmanuel Macron propose “un agenda ambitieux entre l’Afrique et la France” où il est question de gouvernance et de coopération économique mais aussi d’un véritable travail sur “les traumatismes liés à la colonisation“.

Un extrait des documents de campagne d’Emmanuel Macron portant sur un nouveau partenariat entre la France et l’Afrique.
© Capture d’écran du site de campagne d’Emmanuel Macron

Jean-Luc Mélenchon, “la souveraineté des peuples

Dans son programme baptisé “L’avenir en commun“, Jean-Luc Mélenchon décline 86 propositions liées aux thèmes de l’environnement, de la citoyenneté ou encore de “l’humanisation des personnes et de la société“. Objectif du candidat “insoumis” : “construire une société d’entraide ayant pour but l’harmonie des êtres humains entre eux et avec la nature“.
Dans ce programme, la politique étrangère est intitulée “Une diplomatie altermondialiste pour la paix” et on y trouve une proposition (numéro 80) baptisée “Construire une relation avec l’Afrique basée sur la souveraineté des peuples“. Jean-Luc Mélenchon y tire à boulets rouges sur le bilan du président sortant : “Des dynamiques de révolutions citoyennes se sont déclenchées à travers toute l’Afrique ces dernières années. Le gouvernement français est resté sourd à ces aspirations populaires. Sa politique est pourrie par une vision affairiste répondant aux seuls intérêts bornés des oligarchies. Il est dans l’intérêt des peuples que la France adopte une politique africaine guidée par l’intérêt général humain. La coopération entre les peuples est la méthode qui permettra d’avancer en ce sens“.
Les propositions de Jean-Luc Mélenchon portent évidemment sur le retrait des troupes françaises déployées au Sahel, mais aussi sur le franc CFA.

Les propositions du candidat Jean-Luc Mélenchon pour les relations entre la France et l’Afrique.
© Capture d’écran du site de campagne de Jean-Luc Mélenchon

Valérie Pécresse, l’image de la France

La candidate Les Républicains ne promet clairement aucune révolution dans les relations entre la France et le continent africain. L’Afrique figure dans les volets Défense et Politique étrangère de son programme présidentiel. Valérie Pécresse y lie le continent aux problématiques sécuritaires et migratoires.
Si elle dresse un tableau très négatif du bilan d’Emmanuel Macron au Sahel, où il a “combiné communication, inaction et humiliation“, Valérie Pécresse propose pour sa part de “rebâtir en Afrique, pays par pays, des partenariats fondés sur le respect et la liberté des peuples, et restaurer l’image de la France afin de relever ensemble les défis économiques et migratoires du XXIème siècle“.
Dans le volet Défense, elle utilise les mêmes termes, souhaitant “restaurer l’image et la place de la France sur les théâtres extérieurs et les zones de crise”.

Extrait du volet Défense du programme de la candidate de la droite républicaine, Valérie Pécresse.
© Capture d’écran du programme de la candidate Valérie Pécresse

Philippe Poutou, la “fin de la Françafrique

Nous refuserons toujours le moindre compromis avec le nationalisme, le chauvinisme et le racisme. Notre campagne est résolument anti-impérialiste, anticolonialiste et internationaliste“.
Dans son volet diplomatique intitulé “solidarité internationale“, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) promet une “solidarité avec le monde entier”.
S’il s’engage à une “abolition de la dette des pays du Sud global“, Philippe Poutou cite précisément le continent africain pour annoncer la “fin de la Françafrique“.
Le continent est abordé en filigrane à travers la condamnation des “responsabilités, directes ou indirectes, de la France dans les conflits militaires“.
Une pensée développée en janvier dernier lors d’une interview sur Radio France Internationale (RFI).

Fabien Roussel, “solidarité avec les peuples

C’est l’engagement 168 (sur 180) du candidat du Parti communiste : “Nos forces armées se désengageront du Sahel“.
Fabien Roussel développe en quelques lignes. Son objectif est de renforcer la coopération “pour rompre définitivement avec les vestiges du colonialisme“. Il souhaite, en outre, “construire les solidarités avec les peuples au service de la démocratie“.
Constatant, par ailleurs, “l’enlisement de nos forces armées en Afrique“, Fabien Roussel propose aussi une profonde réforme de l’armée française.
Le programme du candidat du PCF mentionne enfin le franc CFA. Dans un volet intitulé “Il devra être mis fin aux accords économiques dévastateurs pour les pays du Sud“, il propose de mettre fin “à l’ancien franc CFA rebaptisé ECO“, afin de parvenir à la “maîtrise des échanges et des investissements au service des biens communs, de la sécurité alimentaire et de la souveraineté économique des peuples et des nations”.

Eric Zemmour, restaurer l’influence française

En décembre 2021, lors des fêtes de Noël, Eric Zemmour s’était rendu à Port-Bouët à la rencontre des forces françaises en Côte d’Ivoire.
© Capture site du candidat Eric Zemmour

Refonder notre relation avec l’Afrique pour y préserver notre influence“. Les réformes envisagées par le candidat d’extrême-droite dans la relation de la France avec le continent africain sont clairement teintées d’une nostalgie propre à son camp idéologique. D’ailleurs, dans son programme, il ajoute vouloir “mettre fin à la repentance coloniale et soutenir les États qui maîtrisent les flux migratoires”.
C’est à travers le prisme migratoire qu’Eric Zemmour appréhende les Affaires étrangères. Il promet par exemple de “mettre notre diplomatie au service de notre politique migratoire“.

L’ancien journaliste et polémiste souhaite également que l’armée française soit mise au service du “rayonnement” du pays. Dans ce volet, il aborde la question de la stratégie française “au Sahel et en Afrique“, souhaitant réformer “nos bases de réaction rapide dans la zone et nos partenariats avec les forces locales“.
Source: tv5

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