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Ousmane Diallo, 1er adjoint au maire de Diabaly : « Mon bureau est à un kilomètre des terroristes»

L’invité de cette semaine de votre hebdomadaire préféré d’analyses, d’enquêtes et d’informations générales, ‘’Ziré’’, est Ousmane Diallo, 1er adjoint au maire de la Commune de Diabaly, cercle de Niono dans la région de Ségou. Avec lui, le 05 juillet 2021 à Diabaly, nous avons abordé plusieurs questions relatives à la situation sécuritaire de sa commune. Lisez plutôt !

 

Ziré: Monsieur, présentez-vous à nos chers lecteurs

Ousmane Diallo: Je m’appelle Ousmane Diallo, adjoint au maire de la commune de Diabaly.

Parlez-nous de votre circonscription !

De façon globale, Diabaly est une commune de trente-cinq villages, avec une population de trente huit mille six cent soixante onze (38671) habitants. Dans sa disposition géographique, ces trente-cinq villages sont divisés en deux zones : la zone inondée et la zone exondée. La zone inondée est constituée par dix-huit villages et la zone exondée est composée de dix-sept villages.

L’on sait que Diabaly est une zone qui a longtemps souffert des attaques terroristes. Aujourd’hui, quel est l’état de la situation sécuritaire de façon globale ?

Alors pour parler de la situation sécuritaire de façon globale, il faut se dire que les trente-cinq villages, à l’heure actuelle, sont en train de vivre sous les menaces des groupes armés terroristes. C’est depuis 2008 que l’on vit cette situation. Si dans le reste du pays, c’est en 2012, 2013 ou 2014 que cette crise a débuté, pour nous ici à Diabaly, les attaques terroristes ont commencé en 2008, avec un bilan de mort d’hommes et d’enlèvements de matériels de guerre. A l’époque, ils ont volé tous les armements militaires qui se trouvaient dans le camp de Diabaly. Depuis cette date à maintenant, nous sommes en train de vivre des situations extrêmement difficiles. A cela, s’ajoutent une crise alimentaire et d’autres difficultés de tous genres liées aux déplacements des personnes et leurs biens. Voilà un peu la situation que nous vivons actuellement à Diabaly.

Avec cette crise qui perdure, quels sont les impacts liés à la situation socioéconomique des populations?

Comme je l’avais si bien effleuré, les conséquences sont vraiment grandes. Il s’agit d’abord, des pertes en vie humaine. Ensuite, il faut ajouter à cela des blessures. S’agissant des impacts négatifs sur l’économie de la commune, je précise qu’avant l’arrivée des djihadistes, Diabaly était classée parmi les communes les plus riches du Mali. Si vous regardiez la cartographie des communes, vous remarqueriez que la nôtre était en couleur verte qui symbolise la capacité économique de la commune. Mais à l’heure actuelle, cette richesse se trouve inexploitée. Parce que, notre principale ressource ici c’est la terre, nous sommes agriculteurs, nous sommes éleveurs, nous sommes aussi pêcheurs. Donc, c’est pour vous dire que trois des piliers de l’économie nationale étaient pratiqués chez nous ici à Diabaly. Mais aujourd’hui, ni l’agriculture, ni l’élevage, ni la pêche ne sont pratiqués à hauteur de souhait par la population à cause de l’insécurité.

Il est impossible aux paysans d’aller au champ, et même ceux qui arrivent à cultiver, ne peuvent pas faire les récoltes. Soit, ce sont les terroristes qui le leur empêchent, ou alors ce sont les même terroristes qui brûlent tous les champs. Quant aux animaux, il n’y a plus de transhumance à cause de l’insécurité, il n’y a pas non plus de pêche. Ainsi, l’économie de la commune se trouve à genou actuellement.

Aussi, la mairie a lourdement subi les conséquences de cette situation, les collectivités de façon générale. Notre Taxe de développement régional et local (TDRL) est de quatre-vingt-dix millions de francs CFA (90.000. 000 F CFA). D’année en année, nous ne parvenons même pas à recouvrir un million de francs CFA. Pour parler de cette année, nous sommes à neuf cents mille francs CFA (900.000F CFA) sur les quatre-vingt-dix millions (90 000 000F CFA).

S’agissant des recettes, cette année, la commune de Diabaly n’a pu mobiliser que huit millions de francs CFA (8 000 000F CFA) sur quatre cent cinquante millions de francs CFA (450 000 000F CFA) que nous avons budgétisés. Sur les huit millions (8 000 000F CFA) les sept millions sont les recettes de l’Impôt sur les Traitement et Salaires (ITS) des fonctionnaires de la collectivité. Cela veut dire qu’en 2020, nous n’avons pu recouvrir qu’un million cent quatre-vingt-dix mille francs CFA (1 190 000F CFA) et en 2021, nous ne sommes qu’à neuf cent mille de francs CFA (900 000F CFA). Tout ça c’est l’impact néfaste du terrorisme sur notre économie.

La commune de Diabaly est devenue un lieu de désolation où la population est en déplacement perpétuel. Aujourd’hui, la zone exondée de la commune (18 villages), est actuellement occupée par les djihadistes. Mon bureau, là où cet entretien se passe actuellement [Ndlr : le 5 juillet 2021], est à, je dis bien, est à un kilomètre de la première position des terroristes. Si le décompte est bon, je peux même dire que, c’est moins d’un kilomètre et tout le monde le sait. A partir d’un kilomètre de ce bureau-là, jusqu’à soixante-cinq (65) kilomètres de la partie de la commune, toutes ces localités sont en partie occupées par les djihadistes. Dans ces zones, les déplacements sont quasiment impossibles.

Aujourd’hui, les menaces terroristes sont réelles partout dans la commune de Diabaly. Quand vous tapez d’une certaine manière sur une table ou sur une porte, ou alors si vous faites le moindre mouvement ou bruit en public, c’est la panique totale. La majeure partie des écoles de la commune sont fermées depuis longtemps. Retenez aussi que toutes les écoles de la zone exondée sont fermées et les enseignants sont au chômage. A part deux ou trois ONG, toutes les autres ont totalement quitté la commune. Autre situation que nous sommes en train de vivre permanemment, ce sont les coups de feu des armes légères et lourdes. C’est tout ce qui empêche les populations de mener leurs activités génératrices de revenus. Toute chose qui a maintenu l’économie de la commune est à genoux.

Des élections sont programmées pour la fin de l’année et le début de l’année prochaine. Dites-nous, ces scrutins pourront-ils avoir lieu dans la commune de Diabaly sans incident majeur ?

En partie oui. Je veux dire que nous avons déjà une expérience des différentes élections depuis 2008 à maintenant. Nous avons une certaine expérience de ces élections-là. Je puis vous dire que ce sont dans quelques villages que ces scrutins ont pu être tenus durant toutes ces années. Il arrive que l’on distribue des bureaux de vote à l’ensemble des villages de la commune. Mais dans la zone exondée, ces bureaux de vote ne sont jamais animés depuis 2008. Aujourd’hui, il faut toujours garder l’espoir, rien n’est figé, tout peut changer et on espère que la situation change d’ici ces prochaines élections pour que ces localités puissent également voter. Mais, si les choses restent ainsi, il n’y aurait pas d’élection dans cette zone exondée de la commune de Diabaly.

Monsieur le maire, l’on parle fréquemment de villages sous embargo des terroristes au centre du pays. La commune de Diabaly échappe-t-elle à cette nouvelle forme d’insécurité ?

Je disais que nous sommes divisés en deux zones. La deuxième zone qui est composée de dix-sept villages, est entièrement isolée, nous ne pouvons pas aller là-bas et eux ils ne peuvent pas non plus venir ici. Donc, nous pouvons également dire qu’il y a, en quelque sorte, un blocus entre nous. C’est pour vous dire, à l’heure où je vous parle, le plus gros village de cette zone avec plus d’un millier d’habitant est actuellement encerclé par les djihadistes depuis samedi 3 juillet 2021. Cette occupation forcée a fait un blessé grave qui a été évacué sur Niono et deux autres personnes enlevées. C’est devenu un cours normal de la vie de ces populations. Les terroristes les encerclent, ils font une semaine, quinze jours, souvent un mois, puis ils quittent pour aller occuper un autre village, ainsi de suite. C’est un ballet frénétique au niveau de ces différents villages.

La semaine dernière, c’est un autre village de près de neuf cent habitants qui a été encerclé par les terroristes pendant une semaine. Il s’agit du village de Fatala Kouyourou. Ils y sont restés, ils ont imposé des rançons aux habitants et en partant, ils ont promis de revenir. C’est ainsi que la population a réagi en leur disant : « Si vous voulez, vous pouvez revenir nous tuer. De toutes les façons, nous n’avons plus rien encore à vous donner ».

Après, ils sont arrivés à Barikoro, un village de près de huit cents (800) habitants. C’est un carrefour, un passage obligé des djihadistes pour atteindre la région de Gao et la Mauritanie. Et actuellement, ils sont à Songhô. C’est pour vous dire que nous vivons cette situation depuis plusieurs années.

Aujourd’hui, le décompte va jusqu’à plus de huit mille (8 000) déplacés dans cette zone-là. Chaque fois, qu’il y a un grand mouvement des djihadistes, il y a également d’autres déplacements. Ce qui fait que nous sommes actuellement à près de huit mille (8 000) déplacés internes et externes. Ce sont généralement des personnes qui viennent de Djoura, de Macina, de Farabougou, de Nampala, de Leré, de Youwarou, etc. Elles viennent s’installer dans notre commune, Diabaly. Avec tous ces déplacés, notre commune n’a encore rien perçu comme assistance humanitaire, ne serait-ce que quelques tentes pour permettre à ces déplacés d’avoir des abris temporaires. Par contre, Diabaly sert de zone de transit des aides destinées à d’autres communes. Par exemple, plus de deux mille sacs de mil ont transité par notre commune pour être distribués à Farabougou. Au même moment, la commune de Diabaly a aussi des problèmes.

Si vous deviez plaider pour quelque chose aujourd’hui monsieur le maire, ce serait quoi exactement.

D’abord, que les autorités fassent tout pour assurer notre sécurité. Ensuite, qu’on nous apporte des vivres, car nous ne parvenons pas à cultiver nos champs. Aussi, nos écoles sont fermées, l’avenir de nos enfants est obstrué. Bref, je plaide l’assistance.

Entretien réalisé par Daouda ARAMA (envoyé Spécial à Diabaly)

Source : Ziré

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