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Mendicité des jumeaux : un obstacle à la scolarisation des mômes

Un aîné de la rédaction (mais vraiment un vieux de la vieille) qui s’accommode très mal de la mendicité des enfants nous expliqua un jour que c’est pisser dans un violon que de laisser les enfants en situation de mendicité. Il s’indignait toujours de voir certains parents, voire la communauté voler à ces mômes leur enfance parce que pour lui, c’est une chose qui révolte la conscience humaine.

Malheureusement la mendicité a pris des proportions «dramatiques» au point de devenir une véritable épine dans le pied de notre société qui n’arrive pas du tout à circonscrire le phénomène. C’est un spectacle qui s’impose à la vue de tous les usagers de la route et sur toutes les grandes artères. On est de plus en plus enclin à pousser les jumeaux ou les faux jumeaux à la mendicité surtout lorsque la famille est démunie.

Fousseyni et Awa sont des jumeaux. Ces deux bambins de 8 ans passent la journée à mendier devant une mosquée en compagnie de leur mère, Mme Keïta Mariam. Ces jumeaux qui habitent à Kalaban Coro Plateau parcourent une bonne distance à pied pour rallier Baco-Djicoroni ACI. Ils croisent sur leur itinéraire des élèves de leur âge qui regagnent les classes dans la gaité et l’insouciance. Pourtant ce paradoxe, en tout cas apparemment, n’émeut aucunement leur génitrice à l’âme vénale.

ses jumeaux ne sont pas scolarisés. S’ils l’avaient été, ils seraient probablement en classe de 3è année dans les conditions normales. Leur mère prétexte le fait que ses deux gosses ne disposent pas d’un extrait d’acte de naissance. Elle explique s’être confrontée à une opposition de son époux à la scolarisation de leurs enfants parce que ceux-ci n’avaient pas simplement d’actes de naissance.

À en croire les explications de la bonne dame, son mari finira par se raviser. Mais, elle n’était plus prête à l’accompagner dans cette démarche. Qu’est-ce qui explique le refus de la «pauvre femme» ? Elle met en avance sans scrupule le profit qu’elle tire de la mendicité de ses jumeaux. Ce qu’elle et ses tout-petits gagnent par jour permet, selon elle, d’entretenir les jumeaux et de subvenir à certains besoins élémentaires de sa nombreuse famille. Cette mère explique avoir fait six maternités, y compris les jumeaux.

LA QUÊTE DE LA PITANCE- Aux environs du square Patrice Lumumba, des groupes de jumeaux apostrophent les usagers de la voie publique pour leur demander de l’aumône chaque fois que les feux tricolores retiennent ceux-ci. Les mamans complices de leurs enfants ne sont jamais loin et affichent un sourire dans un coin des lèvres chaque fois que des pièces de monnaie tombent dans la sébile ou dans les mains de leurs enfants.
Deux sœurs jumelles, à en juger par leur taille et leur corpulence, semblent être les plus âgées de la cohorte de jeunes mendiants. Elles ont au moins 7 ans affirme avec doute leur maman, Djénéba Keïta.

Elle n’est pas non plus sûre de ses nombres de bougies. «Est-ce que je n’ai pas 21 ans ou 22 ans», indique-t-elle. Il ressort de nos échanges avec les mamans qu’elles et leurs enfants sont venus de Barakabougou, un village du Cercle de Macina, à la recherche de la pitance. Pourquoi vous n’envoyez pas vos enfants à l’école ? À la réponse de Djénéba Keïta transparaît toute l’insouciance de cette femme.

«Dans notre village quand un enfant naît, ses parents ne se soucient pas d’obtenir pour lui un acte de naissance. L’important est qu’il soit mis au monde», ricane-t-elle, avant d’ajouter qu’il n’y a pas d’école dans leur bourgade.
Rappelons qu’en décembre 2018, Barakabougou a été un foyer de tension. Un conflit entre terroristes et la population locale avait fait une dizaine de morts. Djénéba et ses jumeaux tout comme d’autres dorment sous les hangars ou devant les boutiques au marché «Dibidani».

L’APPÂT DU GAIN FACILE- Dès l’aube, avant l’arrivée des propriétaires, on se réveille pour vaquer à notre occupation : la mendicité», raconte un des enfants mendiants. Selon une autre mère de jumeaux, les enfants qui viennent mendier à Bamako avec leurs mères finissent généralement par devenir des délinquants et les filles deviennent des prostituées parce qu’à un moment donné, les gens ne leur donnent plus d’argent. Donc habitués au gain facile, ils se livrent à de petits larcins.

Mme Dramé Oumou Sagara, explique avoir été en situation de mendicité avec ses jumelles. Celles-ci, aujourd’hui, sont en classe de 10è année dans un lycée public de la Commune rurale de Kalaban Coro. «Quand mes jumelles ont eu 7 ans, je suis allée moi-même les inscrire à l’école», se rappelle la dame. Selon elle, il y a d’autres métiers à faire pour s’occuper de sa famille et éduquer ses enfants en vue d’un avenir meilleur.

Le socio-anthropologue Dramane Satao, chargé de programme à l’ONG Enda Mali, explique que la mendicité des jumeaux est une violation de leur droit à l’éducation car, justifie-t-il, elle impacte la scolarisation des enfants. Ceux-ci passent la majeure partie de leur temps à mendier plutôt que de fréquenter un centre d’éducation, relève celui qui œuvre dans l’humanitaire.

Selon lui, ces enfants qui échappent à la scolarisation sont exposés à la violence, à la délinquance, aux accidents de la circulation et à la fainéantise. Le socio-anthropologue affirme sans ambages que les raisons qui poussent à exposer leurs enfants à la mendicité sont d’ordre financier. Il invite les parents à mettre un holà à cette forme d’exploitation des enfants qui compromet leur avenir. En outre, le chargé de programmes exhorte tous les acteurs à s’inscrire dans une synergie d’actions pour une meilleure prise en charge de la problématique.

LA PRIME À LA FAINÉANTISE- Le secrétaire général de la Coalition malienne des droits de l’enfant (Comade), Gaoussou Traoré, partage cet avis. Lui aussi estime que c’est l’appât du gain facile qui maintient beaucoup de mères dans la mendicité.
Cette certitude de l’agent de la Comade est née des enquêtes réalisées par sa Coalition entre 2014 et 2015. Ces études ont permis de dénombrer 210 mères de jumeaux et 836 enfants issus de ces mères.

Gaoussou Traoré cite l’exemple de 2 jumeaux albinos d’un quartier de la Commune V qui opéraient le long du Square Lumumba dans les années 1980. D’après lui, le directeur des affaires sociales d’alors avait vu ces deux jeunes enfants et s’était engagé à les scolariser, en assumant toutes les charges. Mais ces mômes ont préféré continuer à tendre la sébile plutôt que de prendre le chemin des classes. Pour le défenseur des droits des enfants, ce sont souvent les parents qui les encouragent dans ce sens. Le secrétaire général de la Comade, en appelle de tous ses vœux des campagnes d’informations.

Il est utile de rappeler que notre pays a signé plusieurs conventions et chartes relatives à la protection des enfants. Des interpellations à l’Espace d’interpellation démocratique (EID) ont été faites en plus des cris de cœur. Malgré tout, le responsable de la Comade regrette qu’aucun acte concret n’ait jamais été posé pour protéger ces gosses qui errent sur les voies et places publiques. L’ancien directeur de l’action sociale recommande l’application correcte des engagements pris pour protéger et améliorer la vie des citoyens.

Il faut simplement admettre que de plus en plus de parents de jumeaux n’ayant pas les moyens financiers se préoccupent moins de scolariser leur progéniture. Ils incitent même plutôt les jumeaux à tendre la sébile. Sont-ils réellement conscients du mal qu’ils font à leurs enfants ? En tout cas, ces enfants ne sauront ni lire, ni écrire une lettre de l’alphabet français ou arabe.

Mohamed D. DIAWARA

Source: Essor

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