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Macron va t-il réussir son difficile pari au Sahel ?

Le chef de l’État, qui recevait à l’Élysée le patron de l’Alliance atlantique, a appelé les Européens à prendre leurs responsabilités.


Avec la mort de treize militaires français dans le crash de leurs hélicoptères au Mali, Emmanuel Macron semble décidé à vouloir prendre le taureau par les cornes pour tenter d’inverser la situation sécuritaire au Sahel, qui devient alarmante. Sur le terrain en Afrique, mais qui pourrait avoir des répercussions au sein de l’opinion française, légitiment sensible au devenir de ses soldats, les Français pourraient s’interroger, non pas sur le bien-fondé de la lutte contre le terrorisme, partagée par tous, mais sur la manière dont elle est menée et pour quels résultats. Jusqu’à présent, ils ne sont pas aux rendez-vous, car les groupes djihadistes progressent comme jamais depuis l’opération Serval en 2013, au moment où treize pilotes, membres d’équipage et commandos perdent la vie en opération justement contre ces islamistes, de plus en plus tacticiens, que rien ne semble pouvoir arrêter.

Un hommage national ouvert aux Français

La cérémonie dans la cour de l’hôtel des Invalides pour rendre hommage à ces soldats morts en mission est, cette fois-ci, ouverte au public. Le contraire pratiqué jusqu’ici était en effet une incongruité. Des hommes morts pour la France, comme le répètent à l’envi les ministres, mais devant qui les Français étaient tenus à l’écart. Ils ne pouvaient pas s’incliner ni prier pour eux et leurs familles devant leurs dépouilles, sinon lors du passage furtif du cortège funèbre sur le pont Alexandre-III ou devant la télévision. Cette fois-ci, Emmanuel Macron a voulu que le peuple dont sont issus ses fils tués au combat puisse être présent à une cérémonie reformatée destinée à souder la nation dans cette épreuve, nous dit-on du côté du pouvoir politique. Comme si les Français étaient en train de se déchirer sur ce sujet alors que là, naturellement, ils sont tous unis. Une union nationale, que personne ne remet en cause et alors qu’elle n’est pas menacée, est mise en avant par le gouvernement qui pourrait être soupçonné ainsi de vouloir estomper son manque de succès et les pertes humaines au Sahel. L’émotion collective sublimée par la grandeur de la cérémonie et l’éloge funèbre sur la condition et l’héroïsme du soldat du président Macron met d’une certaine manière sous le boisseau tout discours ou réflexion critique, en premier lieu à droite, où l’opposition reste aphone à propos de la conduite de la guerre en Afrique et des solutions pour en sortir avec succès. Un comportement politique et émotionnel peu usité dans les pays anglo-saxons, aussi patriotes que les Français, qui rendent hommage avec dignité à leurs soldats en demandant des comptes à leur gouvernement, comme l’avait expérimenté jadis le Premier ministre Tony Blair pendant la guerre en Irak.

Depuis maintenant trois quinquennats, les présidents qui se sont succédé à l’Élysée ont fait perdurer après chaque perte militaire en opérations extérieures une cérémonie de plus en plus médiatique dans la cour d’honneur des Invalides, que les islamistes regardent avec mépris, une société basée sur la compassion étant pour eux un aveu de faiblesse. Nicolas Sarkozy avait inauguré cette pratique après la mort de dix parachutistes tombés en août 2008 dans une embuscade dans la vallée d’Uzbin, en Afghanistan. L’opinion, choquée, découvrait que la nouvelle posture offensive décrétée par Nicolas Sarkozy, qui venait d’intégrer la France dans l’Otan, comportait de gros risques. Des familles de soldats tombés au feu avaient porté plainte contre la hiérarchie militaire. Pour honorer les morts, rencontrer les 21 blessés, et calmer la grogne de l’opinion, le président français était allé à Kaboul le lendemain. Un déplacement à chaud très peu pratiqué par les autres présidents des pays de la coalition, qui subissaient de lourdes pertes. Pour eux, une visite dans ces circonstances encourageait les talibans à tuer plus de soldats afin d’affaiblir les démocraties en touchant leur opinion. En 2011, Nicolas Sarkozy rendait hommage une seconde fois, cette fois-ci à l’église Saint-Louis des Invalides, à sept soldats tués en Afghanistan. Depuis, les cérémonies se sont succédé.

Tirer la sonnette d’alarme

En 2016, François Hollande rendait un hommage national à trois soldats morts au Mali après que leur véhicule blindé eut sauté sur une mine. La cérémonie avait lieu en présence du président malien Ibrahim Boubakar Keïta, présent de nouveau trois ans après, cette fois-ci auprès d’Emmanuel Macron. À chaque fois, le président français explique le bien-fondé du dispositif Barkhane au Mali, et le courage de ceux qui exécutent les missions périlleuses contre les groupes armés terroristes. Une forme de réconfort destiné aux familles endeuillées qui ne souhaitent pas que leur fils ou leur époux ait été tué pour rien. L’armée et la communauté nationale demandent d’abord que le prix du sang à payer soit justifié, en premier lieu en gagnant les guerres engagées par le pouvoir qui dirige le pays. Il y a une obligation de résultats en la matière. Même si, pour les soldats, les morts en opérations ne sont pas des victimes mais des professionnels qui se sont battus pour défendre leur pays. Rien de plus gratifiant, cependant, que d’avoir l’impression de gagner contre le fanatisme. Une situation qui n’a pas échappé à Emmanuel Macron. Il n’a plus que deux ans pour sortir de ce guêpier, quitte à renverser la table comme il l’a fait en affirmant la mort cérébrale de l’Otan et se déclarer prêt à revoir « toutes les options stratégiques » de la France au Sahel, sous-entendu à plier bagage. Un pari très difficile, car être plus offensif, c’est prendre le risque de plus de pertes. À mi-mandat, il escompte rétablir la situation au Sahel en demandant à ses états-majors un nouveau plan, peut-être un autre format avec plus d’efforts sur le renseignement, le nerf de la guerre, et des forces spéciales avec un engagement plus large des Européens car, estime-t-il justement, « une véritable alliance, ce sont des actes, pas des mots ».

Partager le fardeau du combat contre les djihadistes

Un sursaut français dont il voudrait donc qu’il soit accompagné de celui des alliés européens, qui traînent les pieds pour venir au Mali. Hélicoptères pour les Britanniques, instructeurs belges, officiers espagnols d’état-major, une poignée de soldats baltes, la liste de ces renforts disparates est longue, un saupoudrage qui ne devrait pas changer la face de la guerre. Plusieurs pays se seraient engagés à fournir des forces spéciales, sans qu’on sache vraiment aujourd’hui si c’est pour former les soldats maliens ou les accompagner au combat sous « parapluie » français. Un projet loin d’être formalisé car, dans les autres démocraties européennes, les parlements ont leur mot à dire pour envoyer des soldats sur des terrains de guerre.

En fait, la plupart n’adhèrent pas au discours français sur le terrorisme africain qui menacerait l’Europe et mettrait à la mer des foules de migrants. Pour eux, les attentats perpétrés en Europe ont été commis par des terroristes qui venaient du Moyen-Orient et non pas d’Afrique. Et, si la France est en première ligne, c’est, pour nos partenaires européens, d’abord à cause de son passé colonial sur ce continent. Une histoire franco-africaine dans laquelle les Allemands ou les Danois ne se sentent pas concernés. Ces pays s’étaient engagés en Afghanistan pour se battre contre Al Qaïda qui avait revendiqué les attentats du 11 Septembre aux États-Unis. Aujourd’hui, c’est différent et l’expérience de l’Afghanistan laisse un goût amer. Pour eux, l’ennemi au Sahel n’est pas clairement désigné. Ils voient que la solution est politique, entre populations africaines chez qui ils n’ont pas de prise.

Nouvelle dynamique

Leur analyse de court terme est certainement imprudente, mais c’est une réalité qui bloque le processus que voudrait initier à marche forcée Emmanuel Macron. En même temps, le président français cherche à modifier le comportement attentiste du régime malien, gangrené par la corruption et les intérêts particuliers. L’armée n’est pas épargnée. Armes et munitions sont parfois vendues aux groupes armés. En fait, la troupe ne veut pas réellement se battre pour des territoires, comme au nord et une partie du centre, où elle est rejetée par les Touaregs et par les autres populations nomades. Un problème de fond que Paris aborde sans donner l’impression de mettre avec un discours clair toutes les cartes sur la table devant ses partenaires, alors que, sans les forces françaises, le régime du président Keïta serait balayé en peu de mois. Les islamistes sont désormais nombreux à Bamako et les djihadistes trouvent désormais un ancrage local dans les régions, c’est-à-dire presque partout,ou l’État n’est pas présent. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, à l’origine avec François Hollande il y a sept ans de cette intervention militaire qui a dégénéré, a beau demander aujourd’hui au Mali et au Burkina Faso, les deux pays les plus fragiles, d’agir davantage au plan politique pour rétablir la stabilité, à ce que les engagements soient tenus et qu’il y ait une volonté commune affichée contre le terrorisme, sa parole est inaudible au sein de régimes qui ne peuvent pas, ou ne veulent pas, s’engager à fond malgré la maison qui brûle. Après les obsèques de la nation aux treize militaires disparus au Mali incombe à Emmanuel Macron la lourde tâche de rétablir rapidement une dynamique gagnante au Sahel, qui ne se résume pas à être patient et à demander toujours plus de temps, alors que c’est justement sur le temps long que les terroristes comptent l’emporter, sachant que la résilience des démocraties s’émousse au fil de la mort de leurs soldats alors que leurs candidats au martyre l’appellent de leurs vœux.

Lepoint.fr

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