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Lettre au Président

Monsieur le Président,

Permettez-moi de vous adresser ces quelques lignes au sujet de la situation de notre pays, le Mali. J’estime que mon seul titre de citoyen malien me confère un tel droit, comme il suffit à me faire obligation de rappeler quelques vérités que, j’en suis sûr, vous savez autant sinon mieux que moi.

Monsieur,

Notre Mali, pour être une véritable nation, a toujours survécu à ce qui pourrait condamner un pays ordinaire. Les épreuves abîment ou détruisent les pays. Elles affaiblissent seulement les nations qui ont le secret de la résistance. Notre Mali a été mille fois brimé mais jamais cassé, mille fois conquis mais jamais soumis ; il s’est forgé et conforté au fil des siècles ; il a su devenir une nation ; il a donc su tenir tête à l’Histoire et à ses brimades. Le Mali, notre Mali, de par sa nature de nation, se tient et se tiendra debout malgré les dures épreuves qui jalonnent sa trajectoire.

Monsieur,

Voilà que le Mali, bien qu’il ait toujours triomphé des événements, vit depuis quelques années sous la menace d’une disparition imparable. Oui, monsieur le Président, quelque nation qu’il soit, quelque grand et puissant qu’il fût, le Mali est voué à disparaître si rien ne change en urgence. Car le fait d’être ou d’avoir été une nation ne saurait être gage d’immortalité. Or, et vous le savez, Monsieur le Président, nos agissements à tous sont en train de condamner notre pays. Ce Mali que nos ancêtres ont bâti au prix de leur sang, que certains de nos aînés ont aimé et servi avec loyauté, est en train de dépérir aujourd’hui. Et que faisons-nous pour contrer le mauvais sort qui compromet la marche de notre patrie ? Qu’a fait le Mali pour être ainsi délaissé par ses propres enfants ? Qu’entreprenez-vous, Monsieur le Président pour amener votre peuple à aimer, à servir notre mère-patrie qui nous a tant donné ? A quoi se résume la tâche d’un Président quand personne, dans son pays, n’a le souci du bien commun ? Comment gérer un peuple peu attaché à la cause patriotique ? J’attire votre attention là-dessus, Monsieur le Président, car vous saviez tout cela avant de prendre les choses en main. Vous saviez, avant de parvenir à la plus haute fonction, que le Mali allait mal et qu’il était le cadet des soucis des Maliens. C’est justement pour changer tout cela que vous avez mis fin au régime décrié par le peuple. C’est, si j’ai bien compris, une des raisons qui vous ont porté à Koulouba, pour nettoyer les “écuries d’Augias” dont certains, avant vous, nous ont rebattu les oreilles plusieurs fois. Après avoir entendu cela, Monsieur le Président, nous autres rêveurs avions vu, à l’horizon, de grandes actions de nettoyage dans tous les secteurs. Nous nous étions mis à rêver d’une conversion des sentiments, des mentalités ; nous rêvions d’une prééminence du Mali dans les cœurs et dans les consciences. Nous nous étions même mis à rêver de l’émergence d’une conscience patriotique. Mais, il est vrai, ce n’était qu’un rêve. Une conscience patriotique au Mali ? Le rêve était sans doute trop ambitieux, Monsieur le Président. Ce n’était plus un rêve, c’était une vraie folie. Par ici, lorsqu’on propose un autre Mali à la place de cette énorme “écurie d’Augias”, on devient vite un aliéné d’esprit. Peut-être cela bride-t-il votre élan dans la seule entreprise qui vaille pour inverser le mauvais sort qui nous frappe. Peut-être y aurait-il trop d’intérêts confondus dans cet immense panier à crabes qu’est devenu notre pays, pour que vous vous absteniez de procéder à ce grand et utile nettoyage que l’Histoire attend de vous.

Le Mali, lui, sera dans un état que Dieu et l’avenir peuvent prédire aujourd’hui. D’ici là, il me plairait, au terme des années que vous aurez passées à la tête du pays, que vous songiez à faire le bilan de votre action. Pourquoi pas des bilans d’étapes, Monsieur le Président ? Votre peuple a besoin de savoir car il n’y a pas de petite vérité, il n’y a que la vérité. Interrogez-vous donc, à présent, si votre arrivée aux affaires a pu agir sur le sort du Mali que vous vouliez changer en prenant le pouvoir. Si, après tant de mois passés à consommer votre mandat, vous avez réussi à transformer les Maliens en citoyens loyaux et en patriotes, l’Histoire vous célébrera, comme elle a su consacrer Mandela, Sankara et tant d’autres.

Voilà, Monsieur le Président, quelques questions que j’avais à cœur de vous poser et auxquelles vos réponses (en mots ou en actes) seront les bienvenues.

Tiécoro SANGARE

Enseignant

Source: Les Échos- Mali

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