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Le Mali, un Etat en décomposition

Les opposants d’aujourd’hui sont les syndics de la faillite d’hier. Un dictateur chassé par la rue qui fut la risée du monde est devenu un mythe adulé parce qu’à son époque le pays disposait d’une armée redoutable, on mangeait trois fois par jour. Et la corruption était moins épaisse.

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Jusqu’où le Mali va-t-il sombrer ? Il ya quelque chose de désespérant à assister au scénario répétitif et cauchemardesque d’un pays qui, à chaque fois prend de l’envol, s’écrase au sol sous le poids des crises, des rebellions. Les espoirs d’une reconstruction rapide s’envolent avec la rébellion touareg servant de porte-avion à des djihadistes. Les groupes rebelles mettent les zones qu’ils contrôlent en coupe réglée. Ils jouent de la gâchette comme moyen de subsistance. Les véhicules volés prennent la direction de l’Est et de l’Ouest pour être vendu dans les pays voisins.

Le Mouvement national de libération de l’Awazad (MNLA) s’en donne à cœur joie dans les localités de la région de Kidal : il désosse les bâtiments publics dans l’indifférence générale. Pas la moindre condamnation de Bamako, encore moins des autres groupes armés signataires de l’Accord d’Alger. Telle une rafale de vent qui souffle sur une bougie vacillante, les mines déguisées en jouets ont tué des petits êtres sur le coup. Ces engins les ont privés du droit à l’enfance, celui de jouer, de rire et de se blottir dans les bras de leurs parents. Des adolescents pétillaient d’espoir quand ils ont vu leurs parents tomber sous les balles.

Le Septentrion malien est régulièrement agité de soubresauts, de sanglantes querelles internes et de rebellions qui rendent extrêmement difficiles les investissements de l’Etat et le travail des organisations non gouvernementales. L’insécurité endémique qui règne sur cette partie du territoire a créé un appel d’air dans lequel s’engouffrent des tueurs et des preneurs d’otages de la région : d’anciens combattants du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) et du Groupe islamique armé (GIA) algériens qui fondent Al Qaïda pour le Maghreb islamique en intelligence avec Ansar Dine du touareg malien Iyad Ag Ghali et les Forces de libération du Macina (FLM) d’Amadou Koufa.

Il ya quelques années encore le terrorisme semblait se circonscrire autour des régions précises comme Tombouctou, Gao et Kidal. Aujourd’hui, surtout après les attaques du bar La Terrasse et l’hôtel Radisson Blu à Bamako, il a pris une ampleur sans précédent. Les terroristes recourent à la violence pour choquer les esprits : faire naître la peur leur importe plus que faire des victimes ou des dégâts.

C’est cette volonté de semer la terreur qui distingue l’acte terroriste de tout autre acte violent ou meurtrier. Al Qaïda au Maghreb islamique, Ansar Dine, les Forces de libération du Macina  voient dans la violence l’unique moyen d’accéder à la pureté religieuse. Pour eux seule la force destructrice élimera les dirigeants indésirables. On ne compte plus les viols, les enlèvements, les assassinats. Et bien qu’ils soient unanimement condamnés, ces actes sadiques se perpétuent. Bien d’écoles de la région de Mopti  restent fermées pour cause d’insécurité.

L’administration a quitté. Pas d’écoles, non plus de centres de santé fonctionnels par endroit. La situation est encore chaotique dans la région de Kidal : les jours qui ont suivi la résurgence de la rébellion, nombreux enseignants  et agents de santé ont plié bagages et sont redescendus plus au Sud. Médusés, ils ont assisté impuissant à la débandade de l’armé nationale, abandonnant son matériel à l’ennemi et l’obsession suicidaire des contre-attaques dont, les plans parvenaient aux groupes rebelles avant même qu’elles ne s’amorcent tant les trahisons ont été nombreuses.

En vérité, le Mali est un Etat dont le processus de décomposition a commencé depuis plusieurs décennies et dont les coupables aux yeux des populations sont tous ceux qui ont gouverné le pays depuis vingt-cinq ans : les opposants d’aujourd’hui sont les syndics de la faillite d’hier. Pis, un dictateur chassé par la rue (le Grand Matou Tueur) qui fut la risée du monde est devenu un mythe adulé parce qu’à son époque le pays disposait d’une armée redoutable, on mangeait trois fois par jour. Et la corruption  moins épaisse que de nos jours. En effet,  beaucoup de nos concitoyens ont acquis la certitude que « selon que vous soyez puissant ou misérable les arrêts de la cour vous rendront blanc ou noir » pour reprendre le poète français.

En 2000 déjà, la présence d’éléments du GSPC et du GIA algériens était signalée à Tombouctou. Le président de la République d’alors, Alpha Oumar Konaré s’est bouché les oreilles. Amadou Toumani Touré en a fait de même, justifiant son inaction par des propos du style : qu’ils ne représentent aucune menace pour la sécurité nationale, que d’aucuns ont marié des Tombouctouciennes. En la matière, l’inaction coute plus cher que l’action. Des fautes qui se paient cachent aujourd’hui.

 Georges François Traoré

Source: L’Informateur

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