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La charte du mande ou charte de Kouroukan-Fouga : une mine d’or ignorée

La Charte du Mandé ou Charte de Kouroukan-Fouga est l’ensemble des valeurs et règles ancestrales témoignant une organisation très sérieuse de la société Mandingue.

 

Elle fut élaborée au lendemain de la victoire de la bataille de Kirina, obtenue par Soundiata KEITA et ses compagnons en 1236.

Au-delà de l’organisation sociale, ces valeurs et règles pouvaient et devaient constituer de normes juridiques qui devaient, par la suite, être une source d’inspiration pour l’élaboration de nos Constitutions postcoloniales.

Devenu ou redevenu l’actualité après que l’UNESCO l’ait déclaré patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2009, ce texte fait l’objet de dénigrements et de contestations dus à la transmission orale des savoirs, traditions, coutumes et valeurs sociétaux du Mandé. Méconnaitre cette oralité aboutit à méconnaitre les valeurs d’existence de la Communauté Mandingue.

Pour cerner cette Norme, il faut analyser son historique et sa valeur juridique liée à la transmission orale de la société Mandingue.

I Le contexte historique de la Charte du Mandé ou Charte de Kouroukan-Fouga

La Charte du Mandé ou Charte de Kouroukan-Fouga est considérée comme l’un des premiers textes législatifs et règlementaires pouvant avoir valeur constitutionnelle que le monde ait connus. Elle a vu le jour quelques années (1236) après la Charte de Magna Carta britannique (1215).

En 1235, une bataille féroce a eu lieu à Kirina entre Soundiada KEITA, Empereur du Royaume Mandingue et Soumaoro KANTE, Empereur du Royaume Sosso. L’objectif principal pour l’Empereur KEITA était de libérer les territoires de ses ancêtres, occupés par l’Empereur de Sosso à la suite des quatre premières batailles (Tabon, Niany, Nèguèboria, Kanfignè), remportées par ce dernier et qui souhaitait renforcer sa domination. Le peuple du Mandé connut alors d’énormes traitements dégradants et humiliants.

Au terme de cette bataille, l’Empereur du Royaume Mandingue infligea une sanglante défaite à l’Empereur de Sosso et sa troupe.

Aidé par de nombreux chefs de clan et de guerre pour la victoire finale obtenue sur Soumaoro KANTE, Soundiata KEITA a pris l’initiative fondatrice de l’Empire qui prendra le nom de l’Empire Mandingue (Actuel Mali).

Après la fondation de cet Empire, il l’organisa pour mieux gérer la vie de son peuple. C’est alors qu’en 1236, désigné Roi, Soundiata KEITA proclama un texte nommé Charte du Mandé ou Charte de Kouroukan-Fouga.

Ce texte fut précédé par le « Mandé Kalikan », appelé aussi le Serment du Mandé (Sept articles) qui était l’œuvre des Chasseurs.  Ce Serment fut une source d’inspiration pour les rédacteurs de la Charte de Kouroukan-Fouga. Ceux sont les fidèles alliés à Soundiata KEITA qui ont formé le groupe de rédacteurs. Il s’agit de Kanmandian CAMARA, Tiramagan TRAORE, Fakoly KOROMA, Gassim GUINDO, Farawan CONDE, Serrakoman KONATE, Mandé BOUARI, Sidimanba KOITA, Daman DIAWARA, Môlia Maghan MAGASSOUBA, Samary BOBO.

Actuellement, l’Empire englobe le Mali, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau, la Gambie, le Burkina Fasso, le Sénégal, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire.

A cause de la transmission de générations en générations des valeurs ancestrales à travers l’oralité, ce magnifique texte fait l’objet d’énormes hostilités sans fondement sérieux.

II La tradition orale africaine, Mandingue en particulier, est-elle synonyme de l’inexistence de valeurs sociales ?

Comme tous les autres Savoirs Mandingues, la Charte de Kouroukan-Fouga se transmettait de bouches à oreilles, elle n’était pas écrite, son contenu fut transmis de générations en générations par et à travers les Griots, communicateurs traditionnels, grands orateurs reconnus et autorisés à rapporter et à raconter tout sans risque de sanction. Cette forme de transmission de savoirs, traditions et coutumes faisait partie intégrante de la Communauté du Peuple Savant Mandingue. C’est tout récemment (1998) que la Charte fut transcrite par le Centre d’étude linguistique historique et de tradition orale pour éviter qu’elle ne disparaisse à jamais et pour toujours.

Aujourd’hui, des sujets importants régis par la Charte de Kouroukan-Fouga font le bonheur du peuple Mandingue et enviés par d’autres sociétés qui cherchent sans succès, à les intégrer dans leur vie quotidienne. Parmi ces sujets, on peut citer le Sinankounya (le cousinage à plaisanterie, le rôle énorme et considérable des griots dans le règlement des conflits dans la Communauté Mandingue).

Le Sinankounya permet d’éviter la naissance des conflits entre clans, par exemple entre Forgerons et Peulhs. Si par malheur le conflit naissait, les griots sont là pour jouer leur rôle de médiateur et de conciliateur. Aujourd’hui encore, ces valeurs humaines, humanitaires, sociétales et ancestrales permettent d’éviter des désaccords considérables ou de les anéantir.

Malgré toutes ces valeurs, il est d’usage courant, à travers des articles et propos, qu’on essaie, sans raisonnement sérieux, de mettre en cause la vie de ce texte, aux motifs que l’Afrique n’avait pas d’écriture.

Oui, l’Afrique n’avait pas d’écriture, mais il ne faut pas oublier que la beauté de cette vie sur cette terre a pour origine la diversité ethnique. Chaque peuple vit en fonction des valeurs et règles qui lui sont propres.

Dans les systèmes juridiques des sociétés dont la tradition est dite écrite, on reconnait la valeur orale dans la conclusion des contrats, pourquoi on ne dénie pas systématiquement la valeur juridique de tels contrats ?

L’oralité fait partie de la Civilisation Mandingue, la Civilisation n’est pas systématiquement et uniquement synonyme d’écriture, chaque peuple nait avec sa Civilisation, c’est la différenciation des Civilisations qui harmonise l’humanité. Dénier donc ce texte à valeur constitutionnelle nous parait contraire à la reconnaissance des Civilisations humaines. Si le contrat oral a donc une valeur juridique dans les systèmes de droit écrit, la Charte du Mandé ou Charte de Kouroukan-Fouga en a aussi. Elle a été élaborée en quarante-quatre dispositions comme tous textes juridiques écrits des sociétés dites modernes.

Aujourd’hui, l’une des causes si ce n’est la principale cause, du déphasage entre les citoyens d’Afrique et leur système juridique est la non-considération, la non-reconnaissance de ce texte dans l’élaboration des lois dans les pays Mandingues.

Au lieu d’importer un système venu d’ailleurs et qui ne tient aucunement compte de notre Civilisation, il serait intéressant de codifier de façon autonome, nos valeurs socio-culturelles car le droit n’est que la codification par une société, des règles de vie qui lui sont propres. Ceux dont on copie et colle n’ont fait que considérer et codifier leurs valeurs qu’ils jugent personnelles.

En Afrique, on doit légiférer en tenant compte dans la mesure du possible, des valeurs socio-culturelles des peuples. Mais on préfère obliger ces peuples à s’adapter aux textes inspirés d’autres réalités au nom d’une prétendue mondialisation.

Il n’y a pas une Civilisation mondiale commune, il n’y a pas non plus une Civilisation plus supérieure, il y a des Civilisations dans le monde dont la réunion et la complémentarité constituent l’Humanité.

Le ou les Peuples qui va ou vont ignorer sa ou leurs Civilisations au profit d’une ou d’autres Civilisations est ou sont appelés à disparaitre sur cette terre.

L’Afrique doit se réveiller. Le développement de notre continent passe par la reconnaissance et la considération des valeurs qui nous sont propres et personnelles.

Médy DIAKITE, Docteur en droit,

Elève-avocat à l’école de formation des Barreaux de Paris

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