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Journée mondiale de la liberté de la Presse : La presse n’a pas bonne presse

Année noire marquée par interpellations extrajudiciaires, une multiplication de plaintes syndicales, mais une fenêtre d’opportunité de barrer le chemin aux mauvaises graines qui jettent l’opprobre sur l’ensemble de la profession. Le président de la Maison de la presse, Bandiougou Danté, a fait un tour d’horizon des problèmes et fait de fortes interpellations. In extenso son allocution.


Permettez-moi, au nom de la Maison de la Presse et au mien propre, de vous souhaiter une belle célébration de la Journée internationale de la Liberté de la Presse.
Pour cette trentième édition, le thème retenu est « L’information comme bien public ».
Comme à l’accoutumée, nous avons fait le choix d’une Semaine Nationale de la Liberté de la Presse. Le thème national adopté est « Cybercriminalité et liberté de la Presse ».
Chers invités,
L’année qui s’est écoulée a été une année éprouvante pour la Presse malienne. Aux conséquences catastrophiques de la maladie à coronavirus se sont ajoutées des interpellations extrajudiciaires et des plaintes formulées par de puissants syndicats. Depuis cinq ans, Birama TOURE demeure introuvable.
En septembre 2020, Hammadoun Niailibouly, de son retour d’un atelier de formation de journalistes, a été descendu du véhicule à Mandjo, près de Somadougou, non loin de Mopti, et amené vers une destination inconnue.
Le 18 avril 2021, Moussa Dicko, Directeur des programmes de radio Hairé de Boni, dans le cercle de Douentza, a été enlevé chez lui et est encore introuvable.
Nous réitérons notre demande aux autorités de la transition de tout mettre en œuvre pour faire la lumière sur ces affaires effrayantes.
Mesdames et messieurs,
Nul besoin de rappeler que la Maison de la Presse s’est dotée d’une nouvelle équipe dirigeante depuis le 1er février dernier. Cette nouvelle équipe que je dirige a clairement exprimé sa vision, ses ambitions, bref son projet pour une presse malienne épanouie et responsable.
Cette nouvelle équipe se propose d’ailleurs de travailler à refonder la presse malienne, qui en a aujourd’hui bien besoin.
En effet, rien ni personne ne pourra nous distraire dans l’accomplissement de cette mission historique. N’est pas journaliste qui le veut et la création d’un organe, de quelque type que ce soit, est soumise à des critères et à des règles bien définis.
Nous le rappelons solennellement à ceux qui voudraient amener le gangstérisme dans notre profession, aux nostalgiques des trafics d’influence et des gestions chaotiques, aux prétendus professionnels qui opèrent simplement à partir d’un Smartphone et à ceux qui travaillent aujourd’hui à salir l’image de notre maison commune. Qu’ils se ressaisissent.
Dans notre pays, chacun sait qui est qui, qui a fait quoi et qui est devenu quoi. Aux officines qui souhaitent faire de la Maison de la Presse la partie prenante d’un jeu dangereux, malicieux et tendancieux, nous opposerons un refus ferme et catégorique. Non aux manipulations.

En outre, de la même manière que les syndicats des magistrats ne peuvent être tenus pour responsables des dérives de certains, que l’Ordre des médecins ne peut être tenu coupable des fautes de certains docteurs et que l’Imamat ne peut être tenu complice des pratiques peu orthodoxes de certains imams, la Maison de la Presse ne saurait être accusée des dérapages de certains confrères, qu’elle condamne avec la dernière rigueur car ils nuisent à l’image de toute la profession.
Cette situation pose avec acuité la problématique de la régulation, de l’autorégulation et de la co-régulation de l’espace médiatique malien. La Haute Autorité de la Communication, soucieuse de démarche pédagogique, a eu d’excellents résultats dans sa collaboration avec les organisations professionnelles, notamment en période électorale. Cela s’est traduit par la rédaction de nombre de guides spécifiques, dont la Charte d’antenne des radios et des télévisions privées du Mali récemment signée et dont la vulgarisation est en cours.
Aujourd’hui, les pouvoirs publics sont vivement interpellés par rapport à la situation actuelle, aux conséquences incalculables pour tout le pays dans le futur. Il s’agit notamment :
– Du non payement de l’aide directe à la presse depuis deux ans
– Du manque d’appui aux organisations faîtières pour la mise en place d’outils efficaces d’autorégulation pour anticiper et relever les dérapages
– De la rénovation de la Maison de la Presse, promise mais non encore réalisée  en dépit des bonnes volontés maintes fois exprimées.
– Des déviations graves (injures, menaces de mort, incitation à la haine, tentatives d’intimidation, diffamations) de la part de certaines personnalités influentes et de leurs partisans, non sanctionnées, sur les réseaux sociaux.
En espérant que des dispositions seront prises très prochainement pour mettre fin à cet état de fait, nous tenons à remercier le Président de la Transition pour son soutien exceptionnel, d’un montant de dix millions de francs CFA, au fonctionnement de la Maison de la Presse.
Pour conclure, la presse se portera mieux si des réformes courageuses sont entreprises notamment la dépénalisation des délits de presse, l’indexation de l’aide directe à la presse et les aides indirectes, l’adoption des textes régissant la presse en ligne.
En cette Journée mondiale de la liberté de la Presse, nous appelons l’ensemble des journalistes maliens à faire preuve de responsabilité et de professionnalisme et à mettre hors de ses rangs les brebis galeuses qui s’autoproclament hommes ou femmes de médias.
Puisse l’Éternel  nous guider et nous inspirer.

La Rédaction

  Source: Journal L’Informateur- Mali

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