Au commencement
Il aura suffi juste de quelques petits mois après la Rectification de la trajectoire de la Transition intervenue le 24 mai 2021 et la mise en œuvre progressive du processus de Refondation de la Nation pour que le Peuple malien constate avec amertume, les divergences entre acteurs à travers un relâchement, voire une remise en cause des termes du Pacte d’honneur et du Partenariat stratégique liant les deux Forces du Changement. En effet, depuis déjà fin-2022, et surtout à partir du début de l’année 2023, une sorte de spectre de confusion et d’amalgame plane sur la Transition, avec de véritables et graves risques de remises en cause des acquis.
Pour ceux qui ont la mémoire, après l’échec cuisant du meeting dit de la honte organisé au stade du 26 Mars le 8 juin 2023, à l’initiative des partisans du régime en vue lancer la campagne référendaire en faveur du « OUI massif », un ‘‘collectif des acteurs institutionnels’’ avec comme coordinateur, le Ministre d’Etat, chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le Colonel Abdoulaye Maïga a été mis en place, le samedi 10 juin, à la faveur d’une conférence de presse. Objectif : laver l’affront et réussir un grand meeting fédérateur, le vendredi 16 Juin au stade du 26 Mars.
Choguel Kokalla Maïga, chef d’institution, est exclu de ce Collectif des acteurs institutionnels qui regroupe des membres du Gouvernement, du Conseil National de Transition, du Haut Conseil des Collectivités, du Conseil Economique Social et Culturel, agissant en dehors de nos attributions officielles, soucieux de préserver la neutralité de l’Etat et des Institutions durant la campagne du scrutin référendaire.
Après la validation du oui au référendum du 18 juin 2023, le président de la République procède au remaniement du gouvernement, sans aucune concertation avec le Premier ministre et le M5-RFP, qui y voient la première rupture officielle du Pacte d’honneur initialement marqué par la formation du Gouvernement de Transition le 11 juin 2021 par, purement et simplement, le limogeage et le remplacement de la quasi-totalité des ministres issus des rangs du M5-RFP. Sans consultation ni propositions alternatives de Choguel K. MAIGA, en sa double qualité de Premier ministre, Chef du Gouvernement et de Président du M5-RFP. Le Sphinx avale les couleuvres, prône la patience et la tolérance au service de la nation en guerre. Le mouvement se fissure.
Les incompréhensions
Dès la promulgation, le 23 juillet 2023, de la nouvelle Constitution consacrant la 4e République, les partisans en mission des militaires ont commencé à agir comme si le Président de la Transition était un Président de la République constitutionnellement et démocratiquement élu ; et cela, en méconnaissance ou en ignorance totale de la jurisprudence de l’Histoire politique et juridique récente du Mali, pendant la Transition de 1991-1992. Or, pour le M5 et son Premier ministre, le colonel Assimi GOITA est et reste un Président de la transition, conformément à l’article 190 de la nouvelle Constitution. Le référendum du 18 juin 2023 n’a pas élu Assimi GOÏTA président de la République du Mali. Il est heureux de constater que lui-même continue toujours de signer : ‘‘président de la transition’’.
Dans l’entendement du M5-RFP, la Constitution de la 4ème République ne commencera à s’appliquer et à produire ses pleins effets, qu’à l’issue de l’élection présidentielle qui clôt la Transition en cours.
Les griefs
Au terme de trois (3) longues années de compagnonnages, les couacs et les griefs ne manquent pas. Sur des détails comme sur des questions majeures de la vie de la nation comme de la gestion gouvernementale, les partenaires historiques n’ont toujours pas été en phase.
Si les divergences n’ont pas toujours fait la Une des réseaux sociaux grâce au stoïcisme de Choguel Kokalla Maiga, les brouilles ont fait légion.
Lors de sa conférence de presse de ce samedi 22 février, le président du Comité stratégique du M5-RFP est largement revenu sur ce qui l’a opposé aux militaires. Parmi les griefs avancés on retient pêlemêle :
1. la prorogation de la durée de la Transition,
2. la réorganisation territoriale,
3. la gestion de la crise énergétique,
4. le report des élections,
5. la négociation d’engagements financiers et la conclusion de prêts avec plusieurs bailleurs de fonds et partenaires, à l’insu du Premier ministre,
6. la tenue et souvent même les conclusions de négociations sur certains dossiers à caractère économique et financier avec des partenaires stratégiques, ainsi qu’avec des partenaires techniques et financiers du Mali, à l’insu du Premier ministre ;
7. la gestion des engrais des cotonculteurs,
8. la dissolution récurrente des Conseils élus et leur remplacement par des Organes transitoires,
9. les différentes discussions sur l’Alliance des Etats du Sahel (AES), alors que le concept de ce Regroupement politique a été discuté entre les Premiers ministres du Burkina Faso, du Mali et du Niger, respectivement le 1er février 2023, le 23 février 2023 et le 30 décembre 2023, entre les trois Premier ministres,
10. le retour progressif et l’infiltration rampante de ceux qui avaient déclaré observer une position « neutre » et de ceux qui avaient combattu ouvertement l’avènement du renouveau et s’adonnent à un sabotage et à une déstructuration, depuis l’intérieur, du processus de Refondation, dans le but de remettre en cause l’esprit, la vision et les acquis du Changement. Certains, qui ne se cachent plus, sont ouvertement soutenus et entretenus.
En dépit de ces griefs dont la liste a été écourtée, le président du CS-M5-RFP a cependant toujours recommandé à tous de faire preuve de patience stratégique pour ne pas perturber la marche historique de la Transition et surtout pour ne pas perturber les FAMa qui sont en train d’engranger des succès indéniables sur le terrain des combats.
Au nom de cette cause nationale, il faut patienter et ne jamais perdre l’espoir d’un ressaisissement des uns et des autres pour sauver la Patrie, le Mali.
La clarification
Après toutes sortes d’épreuves souvent humiliantes, de manœuvres, de crocs-en-jambe et coups-bas, ‘‘ le Premier ministre, Chef du Gouvernement et son Mouvement le M5-RFP, et face à sa demande infructueuse pendant plus de deux (2) ans d’échanger avec les partenaires de l’ex-CNSP sur l’avenir de la Transition, face à l’impasse et le désarroi des Maliens qui avaient une impression d’absence de vision des Autorités, de manque de visibilité et de perspectives, … s’est enfin résolu à tenir un meeting le 16 novembre 2024, …sur la nécessité d’un clarification et d’une réorientation stratégique de la Transition, afin de remobiliser les Maliens et redonner espoir à notre peuple’’.
Il s’agissait pour Choguel et ses partisans qui avaient réussis une véritable démonstration de force, ‘’de sensibiliser les partenaires stratégiques au sein de la Transition pour corriger les erreurs de parcours et empêcher tout retour de l’ordre ancien et des pratiques d’antan, et proposer au M5-RFP et au Peuple des pistes de solution afin de combler l’espoir des Maliens et des Africains’’.
Le Lynchage
A la surprise générale, la tête de Choguel Kokalla Maïga a été offerte à ses bourreaux, et pour l’autodafé, une belle messe fut commandée partout sur le territoire national (même là où on ne peut pas prononcer Choguel) avec des Associations politiques et des Partis, nouvellement créés, avec comme sponsors des militaires, dont plusieurs sont animés par de vrais ennemis de la Transition, par des agents doubles.
Le Mali fut requis pour demander la démissionner de Choguel alors qu’on n’avait pas besoin de toute cette caution populaire et de tout ce tintamarre pour reprendre ce qu’on lui a donné.
La messe fut dite le 20 novembre 2025. Et le 21 novembre, ‘‘ le vrai Premier ministre’’ est nommé. La page Choguel est tournée sonnant ‘‘le glas du Pacte d’honneur du 24 mai entre le M5-RFP et l’ex-CNSP : la rupture officielle du M5-RFP et les membres de l’ex-CNSP est ainsi définitivement consommée’’.
Les regrets
Lors de sa conférence de presse du 22 février, l’ancien Premier ministre a estimé que pour l’intérêt supérieur de la Nation, il aurait souhaité que cette séparation se fasse sans tentatives d’humiliations, dans le respect et la reconnaissance des énormes services rendus à la Patrie, afin de préserver l’image que nous projetons en l’Afrique et dans le reste du monde.
Mais que pouvait-il face à la machine infernale mis en marche uniquement pour broyer du Choguel sans penser au Mali. Durant des mois, chacun aura été témoin du lynchage, de la provocation, des individus instrumentalisés uniquement pour salir, mentir et injurier le Premier encore en fonction du Mali.
On est allé jusqu’à monter Tahirou BAH pour bruler son livre en public, Chè ma bo a fan kan. Il était aux ordres de qui ont sait.
Les vérités immuables
Depuis la mi-2022, Choguel avait été conjugué au passé par certaines Forces politiques qui ne cessaient de dire publiquement, le Président de la Transition doit limoger sans ménagement le Premier ministre, qui «ne sert plus à rien et devient même encombrant et atteint de sénilité». Sauf que la vérité est que :
1. Tous ceux ont fait du limogeage de Choguel Kokalla leur cheval de bataille n’étaient pas parmi les acteurs qui ont pris part à la rencontre de compromis politique historique du 24 mai 2021 à Kati, entre le Comité Stratégique du M5-RFP et la délégation de l’ex-CNSP. On peut aussi ajouter avec le président du CS/M5-RFP qu’ils n’ont pas manifesté avec le Peuple de juin à août 202.
2. De sa nomination à ce jour, il l’a dit et réaffirmé, qu’il soit le choix du le Comité Stratégique du M5-RFP au poste de Premier ministre n’a jamais été remis en cause ni par ses partenaires stratégiques (les militaires) ni par le CS/M5-RFP.
3. Par démagogie, les gens font semblant d’ignorer le fait incontestable que le Président de la Transition est un choix issu d’un consensus entre les représentants des FAMa.
4. Par déloyauté, les gens préfèrent oublier que ni le Président de la Transition, ni le Premier ministre de la Transition, ne étaient des élus, mais des institutions issues du soulèvement populaire et de la lutte héroïque, donc révolutionnaire, du Peuple malien menée durant plusieurs mois, lutte portée par le M5-RFP et parachevée par les représentants des FAMa le 18 août 2020.
Les dérives
La patience stratégique prônée par Premier ministre et président du Comité Stratégique du M5-RFP était hautement patriotique, et était basée non sur la peur, mais un compromis politique historique et dynamique.
En tant chef du gouvernement, il savait dès juin 2021 que d’éminents membres du Gouvernement de Transition étaient opposés à la tenue des ANR. Certains ont organisé un atelier uniquement avec des Partis en majorité du régime déchu, pour produire prétendument, au nom des Maliens, un document qui rejette toute idée de création par la Transition d’un Organe indépendant de Gestion des élections, a fortiori de tenir les ANR, toutes choses qui étaient pourtant des revendications majeures du Peuple malien mobilisé en 2020.
Pour abattre une bête, fut-t-elle politique, il faut d’abord l’affaiblir. Pour ce faire, en intelligence avec certaines Forces politiques, des clans se sont créés au sein du Gouvernement.
Tout y a passé, y compris l’impensable :
1. des nominations sans consultation du Premier ministre de certains responsables des Services relevant pourtant de sa tutelle ;
2. l’élaboration des budgets annuels, et leur présentation au CNT, sans échanges préalables avec le Premier ministre ;
3. la décision de procéder à un «léger report des élections» sans débats au sein du Gouvernement ;
4. des discussions engagées par certains Ministres avec des bailleurs de fonds à l’insu du Premier ministre ;
5. la conclusion d’engagements financiers et de prêts à moyen ou long termes, par certains Ministres sans consulter le Premier ministre.
Le Mali se trouve ainsi engagé par des Ministres, à l’insu du Gouvernement, non investis d’un quelconque mandat ou légitimité historique ou politique ;
6. la négociation et la fixation du prix de renouvellement des licences d’exploitation des sociétés de télécommunications, à l’insu du Premier ministre, qui apprend certains détails sur les réseaux sociaux ;
7. l’usurpation et la préemption de certaines missions et prérogatives du Premier ministre par des Ministres commis à cette tâche, à son insu ;
8. la dissolution de certaines structures et l’arrestation de certains responsables politiques et de leaders d’opinion à l’insu du Premier ministre, qui est obligé de s’informer à partir des médias nationaux ou étrangers ;
9. l’arrestation et l’incarcération de collaborateurs du Premier ministre à son insu, et parfois à l’intérieur des bureaux de la Primature, dans des buts inavoués et inavouables ;
10. des attitudes de défiances envers le Premier ministre, même devant des partenaires étrangers à l’extérieur du pays, ou au cours de certaines missions et réunions, par certains Ministres ;
11. des actes de mépris de certains Ministres qui ne se privent pas de dénigrer le Premier ministre même devant certains de leurs collaborateurs, affirmant que «le Premier n’a aucun pouvoir sur eux, ou qu’il ne représente rien ».
Ceux qui l’ont pratiqué durant cette transition peuvent témoigner qu’il a toujours prôné la nécessité d’endurer tout et de garder principalement à l’esprit de sacrifice et le travail titanesque des FAMa pour sécuriser le Mali.
La rançon de l’endurance et la persévérance ont été les différentes scissions du M5-RFP, dont certaines ont été orchestrées pendant que le Premier ministre était sur le lit d’hôpital, victime d’un AVC.
L’avenir
Pour l’avenir, sous la bannière du M5-RFP, Choguel Kokalla Maïga recommande aux Autorités de la Transition de :
> maintenir et poursuivre le cap et le contenu du Changement tels que voulus par le Peuple lors de la lutte enclenché en 2020 et définis au cours des ANR ;
> mettre en avant les intérêts vitaux du Peuple malien dans toutes les initiatives et actions gouvernementales ;
> s’imposer les principes d’un leadership vertueux, républicain, patriotique et exemplaire, en toutes circonstances ;
> observer les principes de rigueur, de transparence et de redevabilité dans la gouvernance des affaires publiques, notamment sur les questions de réduction du train de vie de l’Etat, de maîtrise des coûts des denrées alimentaires et de première nécessité, la fourniture de l’électricité et de l’eau, la moralisation des marchés publics et des modalités de paiement de la dette intérieure, etc.
> diligenter le dossier judiciaire ouvert contre les commanditaires, auteurs et complices des tueries et exactions contre les victimes de la crise de 2020 à Sikasso et Kayes, puis à Bamako, notamment les suites des enquêtes, des auditions et des actes de mise sous mandat de dépôt de plusieurs responsables et agents incriminés ;
> fonder toutes les initiatives de paix et de réconciliation nationale sur les principes de justice, d’équité, de bannissement de primes à la violence et à la rébellion et de garantie de non-récurrence ;
> créer les conditions sécuritaires, légales et administratives pour finaliser les réformes pertinentes (réadaptation de loi électorale et de l’AIGE, cartes biométriques aux normes, listes électorales intègres, charte des partis, etc.) pour la tenue de scrutins crédibles et apaisés, en y associant les Forces politiques et sociales ;
> préserver et renforcer les relations en matière de Défense et de Sécurité avec les partenaires respectueux de notre souveraineté et de notre indépendance ;
> respecter les engagements avec les partenaires, notamment au sein de la Confédération des Etats du Sahel (AES) et assumer avec succès la confiance et le leadership actuellement attribués au Mali.
Priorité à l’armée
Tous les Maliens connaissaient le Janjon de Choguel Kokalla Maïga aux FAMa. Car, disait-il constamment, ‘‘sans le travail et le sacrifice des FAMa, le Mali était en voie de disparition en tant qu’Etat et en tant que Nation. Il a toujours insisté sur la nécessité de mettre prioritairement le focus, et surtout de ne se préoccuper en priorité que du recouvrement de l’intégrité territoriale et de la souveraineté du Mali’’.
En effet, il y a plus de dix ans, en 2012, notre Armée et notre Administration quittaient des pans entiers du territoire national, les Structures des services sociaux de base se vidaient de leur personnel, nos populations du Nord quittaient leur terroir, le désespoir se répandait dans les cœurs des Maliens, … Mais ‘‘aujourd’hui,
■ nos FAMa sont équipées et mises à niveau, elles ont restitué aux Maliens honneur, dignité, confiance en soi et respectabilité,
■ l’Administration ainsi que les Services sociaux de base retournent progressivement,
■ les populations regagnent progressivement leurs foyers respectifs,
■ l’espoir renaît chez les Maliens avec une nouvelle Constitution consacrant l’avènement de la 4ème République.
■ le Mali, qui était hier la risée du monde et le ventre mou de la lutte contre le terrorisme, inspire le reste de l’Afrique, et la Confédération des Etats du Sahel (AES) est créée avec le Burkina Faso et la République du Niger. Le Peuple malien a fortement impacté la géopolotique régionale, africaine et internationale’’.
Patriote avéré et
rompu
L’homme qui fait ces propositions n’est ni un amer ni revanchard, terme qu’on lui avait collé aux premières heures de l’ère démocratique. Mais ceux qui l’ont connu depuis la chute de Moussa Traoré et surtout au cours de cette transition savent qu’il n’est ni rancunier ni vindicatif.
Ouvert à la critique, il a toujours prêché la tolérance, l’unité, la concorde, la réconciliation et la réconciliation au sein de la nation. D’une loyauté à toute épreuve, Choguel est l’une des rares personnalités politiques à être l’aise sur l’échiquier politique. Car, dit-il, Mogo Duguya Te Ne Kono. Ni ko Mali, ne fana ko Mali. Kèlè tè a la.
Fermant soutien des FAMa, l’ancien Premier ministre est une souverainiste et panafricaniste dans l’âme, mais aussi et avant tout un Patriote. Un patriote engagé qui n’a jamais été durant sa carrière politique contre sa patrie, le Mali, ou contre un de ses alliés, y compris les militaires au pouvoir aujourd’hui.
Par Abdoulaye OUATTARA