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Dr Moussa Coulibaly, sociologue: « Il faut observer une pause quant à la manifestation anti-française pour évaluer les résultats de l’après Pau »

Dans un entretien qu’il nous a accordé, Dr Moussa Coulibaly, Chargé de cours de sociologie à la Faculté des Sciences Humaines et des Sciences de l’Education (FSHSE) non moins Secrétaire général de la plateforme politique « Sauvons le Mali », se prononce sur l’intervention militaire française au Mali. Une force antiterroriste dont la présence est décriée par certains Maliens.

Que pensez-vous  de l’intervention  de l’armée française au Mali ?

Moussa Coulibaly – L’intervention militaire française au Mali est une reconnaissance de la France envers ses anciennes colonies. Je la place dans le même contexte que celle des tirailleurs sénégalais. Je ne vois pas de différence entre la progression Nazzi  en France et celle des djihadistes au Mali. En 2012, l’ancien président François Hollande l’avait dit: «la France est venue payer une dette». Mais  nous voulons une autre dette et la roue de l’histoire continue. L’armée française a des problèmes face à la menace trans-frontalière, elle doit conjuguer avec celle des américains dont les renseignements sont utiles.

J’estime que l’apport de l’intervention de l’armée française est salutaire. C’est toujours une bonne chose qu’une armée arrive à elle seule à se défendre, mais la nature des menaces exige une convergence d’actions. Pour le cas du Mali, nous n’avons pas les moyens de notre orgueil surtout dans un  contexte où la mauvaise gouvernance touche sérieusement notre armée.

L’intervention de l’armée française suffira-t-elle à endiguer l’hydre terroriste au Mali ?

MC– L’intervention française à elle seule ne suffit pas, même si elle a mis fin à l’avancée progressive des djihadistes en 2012 à Konna. La France doit se sentir à l’aise avec les armées du G5 sahel. Elle doit intensifier les échanges. Il faut un État-major commun au Sahel enfin de renforcer les actions déployées quotidiennement. L’action militaire à ses limites. Elle libère et permet la circulation des personnes et de leurs biens, mais elle ne peut pas continuer éternellement. Il faut arrêter la démoralisation sociale en mettant à niveau les infrastructures sociales de base. Cela permettra à un retour durable de l’administration. La bonne gouvernance est la meilleure option. Son absence nourrit et engraisse le terrorisme. Les jeunes désœuvrés sans soutien peuvent être engagés et entretenus par les forces médiévales qui opèrent au nom de la religion. Il faut que les communautés qui ont vécu des liens séculaires à plusieurs fois se fassent confiance.

Il faut éviter aussi que le partage de l’espace physique soit le déterminant unique des relations. Les religieux du sud doit s’impliquer davantage pour montrer que le discours des djiadistes n’est basé que sur la violence qu’ils qualifient des vulgaires mensonges.

L’armée malienne est en pleine reconstruction, la population doit contribuer à améliorer la chaine de renseignement au plan local. La France doit davantage s’impliquer sur le terrain pour éviter d’autres attaques comme celle de Sokolo, sinon cela risque de donner raison aux plus sceptiques.

Quels commentaires faites-vous de ceux qui demandent le départ de la force Barkhane ?

MC– La réaction de ceux qui demandent le départ de la force barkhane est légitime, c’est l’expression hâtive d’une colère légitime. A l’heure actuelle, les esprits sont échauffés et rarement le ton des débats est à l’apaisement. Des différents massacres, et la quasi hécatombe dans les rangs de l’armée malienne, et de la population civile ne plaident pas pour la continuité de la coopération en son état actuel. Il est très difficile de comprendre ces tueries avec la présence de 5.100 soldats de la force française pour lutter contre le terrorisme. Je pense qu’il faut voir l’ampleur de la menace terroriste et la faiblesse de notre outil de défense. Il faut maintenant renforcer la coopération, se faire confiance pour mieux avancer. Entre temps, il faut sérieusement lutter contre la délinquance financière qui a touché l’armée. Il faut observer une pause quant à la manifestation anti-française et se donner le temps d’évaluer les résultats de l’après Pau.

Quelles  recommandations faites – vous à l’opération barkhane dans la lutte contre le terrorisme au Mali ?

MC– Le sommet de Pau a permis aux Présidents de G5 sahel de clarifier leur position. Maintenant c’est à la France de redynamiser son dispositif et d’améliorer la couverture sécuritaire. La France doit parrainer un plaidoyer international surtout pour convaincre les américains de ne pas se retirer de la base d’Agadez. Une base importante pour le renseignement. Macron doit revoir sa communication personnelle dont la violence étouffe la sincérité.

Propos recueillis par Mamadou Konaté

Source: Nouveau Réveil

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