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Camps d’entraînement djihadistes : Itinéraire d’un enfant guidé par des fous

Il pourrait s’appeler Seydou, avoir 13 ans et comme beaucoup d’autres, avoir perdu l’innocence de l’enfance depuis bien longtemps. C’est désormais trop tard pour lui, ses bourreaux l’ont transformé en machine de guerre. Loin des camarades de son âge encore sur les bancs de l’école, il a appris à utiliser une arme à tuer et à haïr ses semblables : il serait ainsi devenu un enfant-soldat du Mali. Cette histoire, presque banale, pourrait retracer l’itinéraire d’un enfant guidé par des fous.

L’insouciance de la jeunesse, les copains et les rêves de liberté sont déjà loin derrière lui. Errant dans les rues de Tombouctou, sa famille en prise avec la pauvreté, il a été le témoin d’un drôle de spectacle, mêlant enlèvements, assassinats, défilés de groupes armés instaurant peu à peu un climat de peur et de souffrances, auquel il a fini par prendre part… « Un jour, alors que je marchais avec mon père et ma mère, nous avons croisé des combattants, des inconnus dans des pick-up, qui portaient des armes.

Ils nous ont demandé qui étaient nos amis, pour savoir de quel côté nous étions. Si nous avions répondu que nous soutenions le MNLA, ils nous auraient tués sur le champ. Trois hommes ont braqué mon père, un autre m’a violemment saisi par le bras et m’a jeté à l’arrière du véhicule. Ma mère s’est interposée, les insultants et les suppliants de me laisser ».

On dit que l’instinct maternel donne souvent des ailes, peut-être croyait-il d’oiseaux ou de papillons, il ne se doutait pas qu’elles pouvaient prendre la forme de celles d’un ange. Ils l’ont abattue sous ses yeux. Le convoi a démarré en offrant au triste regard de Seydou, l’image d’un père à terre qui pleure son épouse dans ses bras. Ce sera le dernier souvenir de ses parents.

Il a ensuite roulé pendant des heures, au cours desquelles il a observé qu’il n’était pas le seul enfant du convoi. « Je suis innocent mais pas stupide, je sais très bien que je viens d’être enrôlé de force par un groupe de djihadistes ». Bien loin des études et de l’apprentissage auxquels il aurait pu prétendre, c’est une formation terroriste et religieuse qu’il allait recevoir. « Comme seul livre, j’ai eu le Coran et on m’a appris que rien d’autre n’était plus sacré ».

Comme seul stylo, on lui a mis un fusil entre les doigts et on lui a montré comment s’en servir. Comme chambre, une natte à même le sol. Sa vie est prise en main, ou plutôt en otage. Les exercices sont durs et les punitions sévères. « Mes recruteurs me font croire que si je dois mourir, j’irai au paradis car je défends la volonté d’Allah ».

L’enseignement du Coran par les djihadistes et les prières semblent lui laver le cerveau, il se laisse dériver dans la tourmente de leur fléau. Le quotidien est réglé à la minute près. Isolés du reste du monde et reproduisant inlassablement un même programme à l’identique : le lever aux aurores, la prière, le petit-déjeuner puis l’entrainement physique.

La prière. Ensuite, les tirs au fusil et au pistolet. Savoir lancer l’assaut et se battre, à n’importe quel prix. Après le déjeuner, leçon sur la charge explosive et comment la camoufler. Puis, comment tuer un ennemi en lui plantant un couteau dans le cou. La prière. L’étude du Coran, les cours de charia…« avec une arme dans les mains, je me sentais puissant et mes peurs disparaissaient. Je savais que je ne devais pas craindre de mourir pour la religion et suivre le chemin tracé par le Prophète, pour que mes actes soient pardonnés ».

La katiba est une mini-société, qui exige la participation de tous pour remplir différents types de métiers. En dehors de leur rôle de soldat, les enfants sont éclaireurs, espions, messagers, gardiens, pilleurs de biens et de récoltes, cuisiniers, porteurs… « on leur appartient et on doit à tout moment leur obéir. Il n’y a pas de différence entre l’ordre d’aller chercher de l’eau et celui de tuer quelqu’un. J’ai fait les deux ».

C’est à ce moment précis que j’ai compris que je n’avais plus un enfant devant moi, mais un terroriste avec une arme entre les mains et une volonté de tuer à toute épreuve. La transformation psychologique est telle que c’est à croire qu’il n’en a même plus conscience.

L’endoctrinement a dissout l’innocence et les rêves d’enfant de Seydou. Ses bourreaux ont mis en œuvre une machine infernale qui l’a broyé et l’a transformé en combattant du mal. C’est désormais trop tard pour lui…

Ne laissons pas ces fous voler l’innocence de nos enfants et les transformer en monstres, nous en sommes tous responsables. Ils sont le futur du Mali et nous voulons un pays en paix, fort d’une jeunesse capable de construire un avenir plein d’espoir.

B Samba

Malijet

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