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Transition politique : L’élection, l’âme de la démocratie, rudement malmenée

A la suite de mes écrits du 25 mars dernier sur la durée comme pont d’équilibre entre les leçons tirées de nos transitions passées et les défis futurs, il y a lieu de mettre en lumière les risques de privation des électeurs de leurs droits constitutionnels avec une transition de longue durée.

 

Le vivre ensemble séculaire des peuples d’une nation trouve sa raison d’être dans l’acceptation d’un mode de gouvernance.

Et cette acceptation, de millénaire en millénaire, reste essentielle dans la préservation de la cohésion sociale, de progrès économiques, d’enracinement de principes et valeurs de gouvernance appropriée, bref de développement.

Dans cette évolution universelle, le Mali ne fait pas exception nonobstant la différence de taille existant entre les diverses natures de régimes d’un pays à l’autre.

Alors, comment peut-on tendre vers la préservation de la cohésion sociale, les progrès économiques, bref le développement si le soubassement de l’édifice national qu’est l’acceptation du mode de gouvernance avec son corollaire de désignation toute aussi acceptée des fils et filles devant gouverner leurs compatriotes est rudement mis à mal, voire ravagé.

La classe politique s’insurge de plus en plus contre les mesures « particides et démocraticides» telle la tentative vaine de prorogation de la durée de  transition à une durée inacceptable ou encore l’autre tentative de priver les partis de la manne financière leur permettant de jouer pleinement leur rôle démocratique.

Argument de taille : le MALI depuis 1992 est gouverné selon les règles du régime démocratique qui, certes, a des imperfections. Les réformes consistent donc à revoir les aspects de blocage institutionnel ou de participation citoyenne pour renforcer l’existant. Et pour cela, point n’est besoin de prétexter l’élaboration des réformes pour avoir un temps bonus ou exagérément long, d’autant que l’autre aspect qui est la sécurité est un combat de longue haleine et non de vitesse. Autrement dit, la transition a devoir de jeter les bases  de la nouvelle stratégie sécuritaire et non s’y attarder.

Notre classe politique  est dans son rôle car celui ou celle qui veut le pouvoir, surtout de longue durée pouvant équivaloir à un mandant ou s’y rapprocher, doit passer par l’urne et non par la ruse ou les armes. C’est cela le civiquement correct.

Bref, à cette ère de bras de fer ouvert tant avec les compatriotes acteurs du jeu démocratique de l’intérieur qu’avec la communauté internationale principalement sur la durée de la transition et son corollaire de retour à l’ordre constitutionnel normal, si l’on s’inspirait du soldat de la démocratie, le défunt Président ATT lors de la première transition de 1991.

Impératif de s’inspirer des leçons de transitions passées pour la réussite de l’actuelle

En termes de leçons, le cas de la première transition, celle de 1991 fait école autant dans sa durée que pour les actions entreprises, d’autant que le Mali venait de sortir d’une longue dictature de 23 ans pour se tourner vers le régime démocratique, d’où l’immensité de tâches à abattre ayant consisté en :

  • Organisation de Conférence nationale
  • Elaboration de Charte de partis de partis politiques
  • Libération de l’espace de création de radios privées
  • Promotion des libertés individuelles et collectives
  • Organisations d’Elections présidentielles et législatives.

A cet égard, il sied d’affronter les défis actuels avec humilité et vision pour l’avenir en faisant preuve de doigté dans la prise de décisions. Plus précisément, les défis de 1992 sont certes différents de ceux de cette ère, mais raisonnablement, le principe général qui régit une transition n’a guère changer : jeter les bases d’un nouveau départ et permettre aux acteurs de l’ordre constitutionnel de poursuivre à terme les initiatives de la transition.

Leçon principale que donne la transition de 1991 : quand on aime son pays, on ne s’accroche pas à la durée mais plutôt à la qualité de la tâche à accomplir. Aussi vrai que le fait que la terre tourne !

Partant de ce postulat, quels arguments pour persister dans l’affrontement avec la CEDEAO sur la durée de la transition car comme l’a si bien dit une élue du CNT « il est grand temps de trouver un accord avec la CEDEAO » afin d’abréger la souffrance des populations qui végètent sous le poids de l’embargo depuis le 09 janvier soit 120 jours à ce jour et cela pour une petite différence de quelques mois.

La Convention des 18 mois expirée, seule devrait être à l’ordre du jour une durée minimale n’en déplaisent aux activistes des assises dites nationales

Tout une cérémoniale a été initiée en septembre 2020 pour aboutir à la convention des 18 mois de la transition acceptée à contre cœur par la CEDEAO en son temps pendant qu’elle tablait sur 12 mois maximum.

A l’expiration de ce délai convenu, bis repetita ! Le temps et l’énergie consentis dans la tenue des assises auraient permis d’affronter les défis de réformes, de sécurisation et de consolidation de la cohésion nationale ; toutes choses visant à rassembler loin des astuces et ruses pour forcer les mains et mettre la classe politique devant le fait accompli. ; le tout ayant occasionné un embargo, véritable purgatoire.

En régime démocratique, la classe politique demeure l’acteur central, donc incontournable pour la résolution des équations de gouvernance quel quelles soient : sur les plans développement, sécurité, justice, économie, finances,…elle est là dans son rôle régalien pour décider et avancer.

Nul ne peut lui dénier ses prérogatives régaliennes à moins de tomber dans la dictature pure et simple qui est le summum de la déroute en régime démocratique.

Et au final, personne n’a intérêt (ni les pro ni les anti prorogation à long terme) à ce que les acquis engrangés s’évaporent mettant en péril le régime démocratique, d’où l’intérêt d’organiser les élections dans les plus brefs délais et laisser à d’autres compatriotes le soin de poursuivre l’œuvre entamée ou mieux de la renforcer.

L’œuvre de construction nationale voire communautaire obéît à des règles pré établies que la bonne foi d’un individu ou groupe d’individus ne saurait anéantir du jour au lendemain.

Priver longtemps le peuple de son droit de vote est un piège insidieux qui débouche sur la contestation systématique des résultats

Le cas du pays frontalier est là : de report électoral en report, Laurent Gbagbo  a privé le peuple ivoirien de son droit de vote durant neuf longues années. Et quand il s’est résolu à organiser les élections, les attentes étaient allées crescendo et la crise éclata à la première manipulation électorale comme pour dire que la petite étincelle qui s’allume à force de privation électorale se transforme en incendie incontrôlable. Alors, sachons tirer des leçons du passé ici et ailleurs pour construire paisiblement l’avenir démocratique de notre patrie.

A ce stade, toute initiative de commission de médiateurs ou toute velléité d’occupation de la rue aux fins de dénonciation de la décision communautaire constituent, selon le cas,  des entourloupes ou même des subterfuges de perte de pain car sans lendemains sur l’issue finale. Le sort est si difficile à conjurer !

Etre devant, c’est savoir faire de son compagnon la rationalité et le real politik au détriment de ses desiderata ; c’est aussi savoir faire des concessions si souvent douloureuses ayant à l’esprit qu’une seule vision ne peut construire le pays.

C’est ainsi qu’il est admis « qu’une seule hirondelle ne peut faire le printemps ». En l’occurrence, un seul homme ou groupe d’hommes ne peut durablement en imposer à tous pour gouverner. Sinon, à l’heure du compte, en lieu et place de la continuité, c’est la cassure fortement préjudiciable à l’intérêt général.

Que Dieu veille sur le Maliba pour une sortie grandiose des épreuves infligées ! Amen.

 

Bamako, le 07 mai 2022

Mamadou Fadiala KEITA, Juriste

Coordonnateur de l’ONG AJCAD

Président de COMED

Président de COPER

Organisateur en chef/Conseiller Permanent Cri-2002

Source : L’Alerte

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