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Quatre ans après la signature du contrat Ozone Mali : Aucune partie n’est satisfaite

Quatre ans de mise en œuvre de la convention de propreté de Bamako, aucune des parties ne semble être satisfaite des résultats. Bamako se caractérise toujours par sa saleté les parties se rejettent la faute.

Signée en février 2015, cet accord confie pendant huit ans à Ozone Mali, le mandat suivant : la collecte des ordures, le balayage des rues, des trottoirs, l’évacuation des déchets au dépôt final. Bientôt à mi-mandat, les résultats de ce contrat sont mitigés et trahissent les clauses convenues entre les différentes parties. Ainsi, pour beaucoup de personnes, l’espoir de Bamako « la coquette » n’est pas pour demain.

La deception de la population

«Le grand coup de balai d’Ozone Mali pour assainir la ville de Bamako tarde à se concrétiser. Cette entreprise est très loin de ses objectifs», regrette Amadou Coulibaly assis devant de sa boutique de vente de chaussures à Niarela, l’un des quartiers populaires très sales de la capitale. L’air pensif, la main sous le menton, le jeune Coulibaly affirme ne jamais avoir confiance à ce projet. Selon lui, l’État est en train de jeter l’argent par la fenêtre. Pour s’y rendre compte, il nous propose de faire un tour dans les rues.

«Ozone ne travaille pas assez. Nos rues sont envahies d’ordures. Bamako ressemble plus à un bidonville», décrie-t-il en faisant un signe de regret de la tête.

Comme lui, Mme Bintou Traoré est également déçue. Elle a expliqué que le contrat Ozone Mali va de mal en pis, témoignant que depuis plus de deux ans, leurs ordures ne sont pas enlevées. «On payait nos redevances de collecte d’ordures de 3000 FCFA par mois. On a arrêté de les payer parce que nos déchets n’étaient plus enlevés. On était obligé de faire recours encore à des GIE pour la collecte de nos déchets», indique-t-elle. Pour Bintou, Bamako a tous les signes d’une ville « très sale ». Il est impossible de porter un habit deux fois de suite, à cause de la quantité importante de poussière dans les rues et qui est également inhalée par la population. À l’inverse, Issa Kanté estime qu’Ozone est en train de faire de son mieux.

«Elle fait ce qu’elle peut. Au lieu de s’attaquer à Ozone, il faut chercher d’abord à payer les factures impayées. Aussi, il faut appeler la population à la citoyenneté et à la propriété. Sans cela, Ozone continuera toujours à travailler sans résultats, en tout cas, à hauteur de souhait», a pesté M. Kanté. A l’image de ces personnes,  la mairie du District est également déçue par la non-évacuation des ordures formant des collines à travers la ville. Pour preuve, récemment, le maire Adama Sangaré a fait part de ses indignations sur la mise en œuvre du contrat « Ozone Mali ». Au cours d’un débat public, il déclarait ceci : «Ozone n’évacue seulement que 30% des déchets produits à Bamako. Le reste des 70% se trouvent dans la nature».  

Face à toutes ces critiques, le Secrétaire général du syndicat des travailleurs d’Ozone Mali, Abdramane Sanogo, dit comprendre la frustration de la population. Elle ignore certaines informations dans la mise en œuvre du contrat Ozone Mali.

Quelle est cette vérité ? M. Sanogo soupire et affirme : «la mise en œuvre du contrat souffre de deux problèmes majeurs». Pèle mêle, il cite le retard accusé par l’État dans le payement des factures d’Ozone Mali et la non-opérationnalisation de la décharge finale promise par les autorités.

Ozone réclame 19 milliards de FCFA à la mairie centrale

En signant la convention, la mairie centrale s’est engagée à payer neuf milliards de FCFA par an à Ozone Mali. Mais d’année en année, les factures se cumulent et la mairie du District est insolvable vis-à-vis de la société de nettoyage de Bamako.

«La mairie a failli à son engagement de payer Ozone Mali. Aujourd’hui (Ndrl à la date du mardi 26 février), Ozone a plus de 19 milliards de FCFA d’impayées», affirme M. Sanogo d’un ton à peine audible avant de s’inquiéter du sort des 1382 emplois qu’offre le contrat Ozone à des Maliens.

«C’est dire qu’il y a un risque que ces personnes se retrouvent dans le chômage», prévient le syndicaliste. Alors, poursuit-il, les autorités doivent voir et revoir leur approche dans la mise en œuvre dudit contrat.

A côté de cette nécessité, l’évidence c’est qu’après quatre ans, la ville de Bamako se caractérise toujours par sa saleté. Aucune des parties n’est contente de la situation ; malgré tout, le contrat se poursuit bon an mal an. Alors, le contrat souffre quoi ?

La mairie, pour sa défense, se décharge sur le gouvernement qui avait promis de financer les 5 premières années du contrat. Aussi, selon les mêmes indiscrétions, ce contrat est plutôt un accord « politique » imposé au Conseil du District par l’ancien Premier ministre Moussa Mara et non un « contrat d’assainissement ». Joins par nos soins par émail, l’ancien Premier ministre balaie d’un revers de main ces accusations et propose : « (…) Je vous suggère de demander d’abord à regarder le contrat Ozone. Demandez-le au maire du District ou à Ozone, regardez vous-mêmes le contrat ensuite vous aurez des éléments plus précis pour interroger les uns et les autres ».

Du côté d’Ozone, on joue à la prudence. Après plusieurs tentatives et rendez-vous reportés, un cadre de l’entreprise marocaine finit par lâcher quelques phrases : « Vous conviendrez avec moi qu’il est difficile d’atteindre certains résultats quand on a des milliards de FCFA de factures impayées».

Où en sommes-nous avec Noumoubougou? 

Outre le problème de financement, le contrat souffre également de la non-disponibilité de la décharge finale promise par les autorités nationales, indique  M. Sanogo. La décharge de Noumoubougou, en chantier depuis des années, n’est pas encore opérationnelle, affirme-t-il.

«À ce jour, Noumoubougou n’est pas prête à accueillir les ordures d’Ozone Mali. Aussi, la conception de l’infrastructure pose beaucoup de problèmes. En plus, le site est difficile d’accès», témoigne M. Sanogo. Comme lui, beaucoup d’acteurs n’apprécient pas la lenteur dans la mise en œuvre de ce projet. À défaut de la réception de ce chantier, il affirme faire recourir à d’autres espaces. Maintenant, c’est à Katibougou qu’Ozone Mali va déverser une partie des 2 000 à 3 000 tonnes de déchets produits par jour à Bamako.

«Ce site a été même cherché par un agent d’Ozone. Or, dans le contrat, c’est à l’État de mettre une décharge finale à la disposition de l’entreprise», explique-t-il, avant de préciser : « sans ces deux problèmes, Ozone Mali peut assainir la ville de Bamako ».

En dépit de ces situations, un responsable de l’entreprise marocaine de droit malien, qui a requis l’anonymat, confesse en affirmant qu’ils sont disposés à travailler avec les autorités maliennes pour assainir la ville de Bamako.   «Nous avons la ferme volonté de contribuer au développement du Mali. Sans cela, il nous allait être impossible de travailler avec des factures impayées s’élevant à près de 20 milliards de FCFA», soutient le responsable.

Par ailleurs, c’est le statuquo quant à l’amélioration des conditions de vie et de travail des agents de l’entreprise.

«On pensait que les choses allaient s’améliorer. De plus en plus, le paiement des salaires est différé. Souvent même, ça prend du temps pour certains», déplore le secrétaire général des travailleurs d’Ozone Mali, les yeux rivés sur son téléphone.

Une nouvelle virginité pour Ozone

En dépit de ces difficultés, Ozone, depuis quelques jours, tente de sortir la tête de l’eau. Comme à ses débuts, elle est en train de balayer et laver des rues de la capitale. Mais, la collecte d’ordures est toujours arrêtée dans beaucoup de quartiers.

« Il y a des experts qui sont venus du Maroc. Ce sont eux qui sont en train de nous aider à revoir des approches de travail. C’est pourquoi, les gens constatent de plus en plus de changement sur nos voies publiques », nous a expliqué le syndicaliste Abdramane Sanogo. En dessous, cette opération serait une action de séduction d’Ozone. En effet, en fin 2018, selon des sources, le gouvernement a donné un moratoire de six mois à Ozone de se recadrer. Sans résultat palpable pendant ce temps, nos sources avancent l’hypothèse d’une rupture du contrat.

Par Sikou BA

Source: Azalaï Express

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