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Eh bien ! Priez chez vous

Les crises ont cette caractéristique d’étaler au grand jour la bêtise humaine. C’est ainsi que devant les crises politiques, sociales et sanitaires que surgissent les réactions les plus absurdes au monde.

 

L’actuelle pandémie du Covid 19 ne déroge pas à cette règle.

Au moment où l’humanité tout entière se joint les mains pour combattre cette pandémie qui ne fait pas de distinction entre les races et les fois, des voix rares et anachroniques d’autres époques se lèvent pour tirer la roue du temps vers l’arrière.

Au moment où, de Rabat à Jakarta en passant par Jérusalem, les autorités religieuses, s’accordent et soutiennent les mesures de lutte contre la propagation du coronavirus, en allant jusqu’à demander aux fidèles de sursoir à prier dans les mosquées.

Au moment où la mosquée sainte de la Mecque, la qibla des musulmans, est fermée devant les pèlerins pour la première fois depuis son sac par les Qarmates en 930, les autorités politiques et religieuses traînent des pieds et poussent les fidèles maliens vers le péril.

Réunis pour débattre le sujet en mois de Mars 2020, après une rencontre avec le premier ministre Boubou Cissé et la société civile, le comité des oulémas du Haut Conseil Islamique du Mali a voté pour le maintien des prières collectives dans les mosquées du Mali.

Cette décision ou fatwa votée à 51% contre 49% des voix est un déni total des notions les plus élémentaires des bases de la jurisprudence islamique et risque d’entrainer des répercussions catastrophiques sur les populations.

Les savants classiques de l’Islam tels que Ach-Chatibi, Al Ghazali ou encore Al-Tahir Ibn Ashûr ont déterminé, de manière formelle, cinq finalités à préserver par-dessus tout: la préservation de la vie, la préservation de la religion, des biens matériels, de la raison, et de la progéniture. D’autres savants y rajoutent d’autres finalités comme la préservation de la dignité de l’homme. Une fatwa digne de ce nom ne peut, en aucun cas, se permettre de négliger ces finalités.

La fatwa de nos Oulémas décolle d’une mauvaise lecture ou d’une méconnaissance manifeste de l’histoire de l’Islam parsemée d’épidémies et de pandémies.

En l’an 18 de l’Hégire, survint la première grande épidémie, celle d’Amwas en Syrie. Elle a couté la vie à plus de 25 000 personnes parmi la première génération de l’Islam, dont Abou Obeida Aamir Ibn Al-Jarrah, Bilal Ibn Rabah, Mouaz Ibn Jabal, Yazid Ibn Abi Sufyan, et d’autres éminents compagnons du Prophète (PSL).

Quand le deuxième khalife Omar Ibn Al-Khattab a essayé d’exfiltrer Abou Obeida qui était en expédition militaire en Syrie et en qui il voyait son successeur naturel, ce dernier a refusé l’ordre du Khalife de retourner à Médine, en disant qu’il ne voulait pas fuir le décret divin. A ce prétexte Omar répondit :

« O, Abou Obeida, il n’y a pas de mal à fuir un décret d’Allah pour aller vers un autre décret d’Allah ».

Le temps donna raison à Omar et Abou Obeida, à qui le Prophète (PSL) avait donné le titre convoité de « L’Homme de Confiance de la Communauté musulmane », n’a pas vécu assez longtemps pour devenir le 3ème calife de l’Islam. Il périt dans l’épidémie.

Puis, les pandémies se succédèrent et ravagèrent la terre d’Islam. Pour économiser l’encre, on peut se contenter de celle survenue en 449 de l’Hégire, relatée par le célèbre Ibn Hajar Al-Asqalani dans son livre « La table servie dans l’histoire des pandémies » :

« La pandémie survenue en 449 H fut globale, ce qui l’a négativement distingué de ses prédécesseurs. Même la Mecque n’a pas été épargnée et beaucoup de ses habitants y perdirent la vie.

A Damas, face au lourd bilan macabre, les populations se rassemblèrent pour réciter le recueil des hadiths de l’imam Al-Bukhari. Suite à un songe vu par un homme, Ils récitèrent à la mosquée As-Sahaba, la sourate Nouh 3363 fois et invoquèrent Dieu pour qu’il enlève le malheur, mais la pandémie n’a fait que s’empirer. Une fois, l’imam de la grande mosquée a fait la prière mortuaire collective sur 65 cercueils».

L’histoire n’est pas condamnée à se répéter. Nous Avons juste des religieux fanatiques et anachroniques qui s’obstinent à répéter les mêmes erreurs du passé.

Avant cette fatwa interdisant la fermeture temporaire des mosquées, d’autres savants musulmans avaient, jadis, émis des fatwas interdisant la consommation du thé et du café. Aujourd’hui ses boissons sont le symbole de l’hospitalité dans les pays musulmans.

Deux siècles durant, ils avaient interdit l’imprimerie, causant le retard qu’accuse le monde musulman en matière d’édition. Ils avaient interdit la musique et la photographie et aujourd’hui, ils ont tous des chaines de télévision confessionnelles. Les femmes d’Arabie Saoudite n’ont arraché de leur joug leur droit de conduire que très récemment.

Cette fois-ci, c’est une question de vie ou de mort. À force de tirer dans le vide, le monde musulman semble avoir épuisé ses munitions. Nous n’avons plus droit à l’erreur.

Les institutions religieuses à travers le monde musulman semblent avoir appris des erreurs du passé. Par conséquent, elles ont pris la courageuse fatwa de suspendre les prières collectives. Sur quoi donc se basent nos oulémas pour insister d’envoyer les fidèles à l’abattoir ?

La religion et ses organismes affiliés dans le monde islamique sont confrontés à de nombreux défis, en particulier dans les États laïques.

Le Haut Conseil islamique du Mali n’a qu’un rôle consultatif. Le gouvernement ou l’État est le principal décideur. Mais, malheureusement, face à cette pandémie qui menace le pays et la population, nous assistons à une dangereuse inversion de rôles doublée d’une ahurissante erreur de casting.

Depuis les événements tragiques de 2012, l’État s’est considérablement affaibli devant un clergé de plus en plus politisé. Les meetings des religieux enchaînés au fil des dernières années ont fait trembler les tables de prise de décisions au sommet de l’État.

Craignant les conséquences d’une colère populaire qui pourrait exploser contre une décision logique et courageuse de suspendre les prières collectives, l’État a jeté la balle sous les pieds d’un Haut Conseil Islamique, qui, à son tour, a paniqué et tiré dans le vide, manquant ainsi de prendre sa responsabilité devant Dieu et devant le peuple. Il a opté pour la facilité et à la légèreté ou courage et lucidité s’imposaient.

La décision de maintenir les prières collectives fut prise avant la déclaration des premiers cas de la maladie au Mali. Aujourd’hui, à la date du 4 mai 2020, les chiffres officiels du ministère de la santé font état de 580 cas, 29 décès et environ 2010 personnes ayant été en contact avec les malades et qui font l’objet d’un suivi.

Depuis, cette décision n’a pas fait l’objet d’une révision comme l’exige la gravité de la situation.

Il y a de ces débats où l’on espère sincèrement avoir tort et prie Allah le tout puissant pour que le temps donne raison, contre toute vraisemblance, au camp opposé. La question de la fermeture temporaire des mosquées en est un.

Ces éclaircissements sont donnés dans l’unique but de s’acquitter du devoir qu’est celui d’un leader religieux devant Dieu et devant l’histoire.

« …. pour que, sur preuve, pérît celui qui (devait) périr, et vécût, sur preuve, celui qui (devait) vivre. Et certes Allah est Auditent et Omniscient. »

Al-Anfal (Le butin) – 42

Quand on est imam de 5ème génération, l’affinité, la sollicitude et la miséricorde envers les fidèles nous poussent à les placer au cœur de nos décisions et de nos actes.

On dit chez nous : « Hiné bi deli là, la cohabitation engendre la sollicitude ».

Le Prophète (psl) était l’incarnation même de la miséricorde comme Dieu l’atteste dans son saint livre : Certes, un Messager pris parmi vous, est venu à vous, auquel pèsent lourd les difficultés que vous subissez, qui est plein de sollicitude pour vous, qui est compatissant et miséricordieux envers les croyants ».

Sourate At-Tawbah (Le repentir)- 128.

Cette miséricorde prophétique est magnifiée par le célèbre poète égyptien Ahmed Shawqi dans Al-Hamziyya, son célèbre poème-éloge au Prophète :

« Et dans ta miséricorde tu es comparable à un père ou une mère.

Ces deux-là sont les véritables miséricordieux dans ce bas monde ».

Pour voir sur le terrain cette miséricorde prophétique qui mettait le bien-être des fidèles au cœur de ses soucis et de ses actions, il suffit de contempler cet hadith rapporté par l’imam Al-Boukhari dans son recueil d’hadiths authentiques, dans le chapitre portant sur la tolérance accordée de faire la prière chez soi en cas de pluie ou pour un autre motif (sérieux) :

 

« Nâfi rapporte que Ibn-‘Omar fit l’appel à la prière par une nuit froide et venteuse, et qu’il ajouta : « Eh bien ! faites la prière chez vous. » Quand la nuit était froide et pluvieuse, disait Ibn-‘Omar, l’Envoyé de Dieu donnait l’ordre au muezzin de dire : « Eh bien ! priez chez vous. » »

Et pour terminer, quoi de mieux que cette belle formule de l’appel à la prière qui illustre à merveille, l’adaptation du rituel-mère de l’Islam à toutes les époques :

Allahu Akbar : Dieu est le Plus Grand ( 4 fois)

Ach’hadu an lâ ilâha illâl-lâh : J’atteste qu’il n’y a de Dieu que Dieu (deux fois).

Ach’hadu anna Muḥammad ar-rasūlu-l-lâh : J’atteste que Muhammad est le Messager d’Allah (deux fois).

sal-lu fi buyutikum : Priez chez vous ! (deux fois).

Allahu Akbar : Dieu est le Plus Grand ( deux fois)

La ilâha illallâh : Il n’y a pas d’autre divinité qu’Allah (une seule fois).

 

Une contribution de Thierno Hady Cheick Omar THIAM

Journal du Mali

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