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Attaques sanglantes-Affrontements intercommunautaires: Ogossagou : Jusqu’où s’arrêtera la barbarie ?

A Ogossagou, les attaques meurtrières se succèdent avec son lot de victimes : vieillards, femmes et enfants.

En l’espace de dix mois, ce village (situé dans la région de Mopti) a été le théâtre d’atrocités commises par une horde de barbares qui agissent en toute impunité. Le vendredi 14 février 2020, une attaque d’une rare violence a encore frappé Ogossagou. Bilan : Plus de 30 victimes et de nombreux blessés.

Cette furie meurtrière intervient après celle intervenue (toujours à Ogossagou) et qui avait fait plus de 174 morts. Malgré les condamnations (à l’intérieur et l’extérieur) et les déclarations des autorités maliennes Ogossagou est livré à lui-même et à la horde…
L’attaque menée par une trentaine d’hommes armés, dans la nuit de jeudi à vendredi, a été favorisée par le retrait, quelques heures auparavant, de l’armée, a expliqué le chef du village. La commune a été partiellement incendiée, selon Aly Ousmane Barry. Les stocks alimentaires ont été détruits et du bétail emporté, d’après des témoignages…
Le gouvernement a, dans un communiqué, condamné ces atrocités : « En cette douloureuse épreuve, le Gouvernement condamne avec la plus grande énergie cet événement malheureux, présente ses condoléances les plus émues aux familles des victimes et rassure que les investigations seront menées pour déterminer les circonstances de ces crimes, arrêter et traduire les auteurs devant les juridictions compétentes… ».

De son côté, la Minusma dit avoir appris que le village d’Ogossagou situé dans le cercle de Bankass, dans la région de Mopti a été attaqué : « L’attaque a coûté la vie à de nombreux villageois et a fait plusieurs blessés. Des maisons ont également été brûlées ».
« Dans le cadre de son Mandat de protection des civils, dès qu’elle a appris l’attaque, la MINUSMA a déployé une force de réaction rapide sur les lieux. En soutien au gouvernement malien, la mission onusienne a également fourni un appui aérien afin de prévenir toute nouvelle attaque et évacuer rapidement les blessés », précise la mission onusienne au Mali. Avant d’ajouter que le chef de la Minusma, Mahamat Saleh Annadif s’est dit « choqué et outré » par cette attaque. « Au moment même où nous recevions des évolutions positives venant du nord du pays, ce qui se passe au centre est révoltant. Je le condamne fermement, et il est urgent de briser cette spirale de la violence dans cette région », a ajouté le chef de la Mission de l’ONU déployée au Mali.

Mahamat Saleh Annadif a indiqué que la MINUSMA se tient prête à soutenir le gouvernement malien pour les besoins de l’enquête et pour toute action susceptible d’apaiser la situation.
Pour rappel : le 23 mars 2019, l’attaque par des hommes armés de ce village peulh d’Ogossagou, avait fait au moins 174 morts civils…

En effet, la localité de Ogassagou-peulh, commune de Dialassagou (région de Mopti) avait été le théâtre, l’année dernière (mars 2019), de graves atrocités qui ont fait de nombreuses victimes. Selon un bilan, il y aurait plus de 174 morts et autant de blessés. Aussi, de nombreuses pertes matérielles sont signalées : cases brulés, greniers détruits, enclos de bétails détruits…
Cette paisible localité peulhe avait été investie, tôt le matin du 23 mars 2019, par des assaillants armés jusqu’aux dents. Ceux-ci, ont, dans leur furie meurtrière, tiré sur tout ce qui bougeait. Ainsi, parmi les victimes, l’on dénombre de nombreuses femmes et des enfants. Un grand imam de la localité du nom de Baba Sékou Issa a été tué avec toute sa famille. Cette atrocité a également fait plusieurs dizaines de blessés dont certains ont été évacués vers Bankass et Dialassagou. Cette attaque a également visé un camp du DDR où étaient regroupés des éléments appartenant à la milice de Sékou Boly, un déserteur de l’armée qui avait créé sa propre milice, il y a quelques mois. La totalité des cantonnés de ce camp aurait été tuée. Cette journée de samedi a été très mouvementée dans toute cette zone de la région de Mopti. Des assaillants ont été signalés dans d’autres localités, notamment Guiwagou (commune de Bankass) ou encore dans le cercle Koro. C’est tout le Seeno qui était sous la menace d’un embrasement généralisé.

Indignations à travers le monde après le massacre du 23 mars 2019
Face au drame de Ogossagou et surtout aux graves menaces d’une guerre civile qui pourra avoir de graves conséquences incalculables sur le Mali, des voix s’étaient élevées pour condamner la passivité des autorités maliennes. Aujourd’hui, c’est une évidence : Le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta affiche son incapacité à protéger les populations civiles du Centre en proie à un pogrom.

Pour rappel, après le massacre de l’année dernière, des dirigeants, organisations à travers le monde avaient exprimé leur colère et indignation.
Au Sénégal, le Chef de l’Etat, Macky Sall, avait réagi, sur son compte (Twitter), il avait condamné « avec la plus grande fermeté la tuerie au Mali qui a ôté la vie à plus de 130 civils » avant d’associer à ses prières le peuple malien.
Autre condamnation à l’époque, celle de la France, qui à travers un communique de son ministère des affaires étrangères, condamnait avec la dernière rigueur ces violences qui ont causé la mort de plus de 174 personnes (civils) à Ogossagou et recommande de tout mettre en œuvre pour faire sortir le pays du gouffre.

En outre, elle avait salué la décision du gouvernement malien de dissoudre « les milices » qui sont à la base de ces massacres dans la région de Mopti. En conséquence, elles doivent être démilitarisées pour favoriser le vivre en harmonie dans ces zones.
La France avait appelé les autorités compétentes à mettre le paquet dans le but d’enquêter sur les acteurs de ces violences et de les poursuivre devant les juridictions compétentes.
A Moscou on a condamné résolument le crime contre la population civile au Mali, « nous appelons les maliens à renoncer à la violence, à surmonter les problèmes intercommunautaires exclusivement par la voie pacifique. Nous exprimons l’espoir que les évènements tragiques, qui ont eu lieu, ne vont pas affecter l’avancement de la société malienne vers la paix et la réconciliation nationale », soulignait un communiqué du ministère russe des affaires étrangères.
Quant à la Procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, elle avait vivement réagi, aux tueries du village peul d’Ogossagou dans le cercle de Bankass. Elle a condamné fermement ces crimes et a appelé toutes les parties concernées à s’abstenir de recourir à la violence. «Elle avait annoncé aussi l’envoi immédiat d’une mission d’enquête et menace de poursuivre tous ceux qui sont mêlés à ces «attaques barbares ».
Le chef de l’ONU, António Guterres s’était dit « choqué et outré » par cette attaque. « Le Secrétaire général condamne fermement cet acte odieux et appelle les autorités maliennes à enquêter rapidement sur cette tragédie et à traduire ses auteurs en justice », avait dit son porte-parole dans une déclaration de presse.

« Nous condamnons dans les termes les plus fermes cette attaque inqualifiable », avait déclaré François Delattre, l’Ambassadeur de France à l’ONU qui s’exprimait en tant que Président du Conseil de sécurité des Nations-Unies lors d’une conférence de presse le samedi 23 mars 2019.
Il s’agit d’un acte « d’une barbarie inqualifiable », avait pour sa part déclaré Kakou Houadja Léon Adom, l’Ambassadeur de Côte d’Ivoire à l’ONU et coorganisateur avec la France et l’Allemagne de la visite du Conseil de sécurité au Mali. Les trois pays ont présenté, au nom du Conseil, leurs condoléances aux victimes de l’attaque ainsi qu’au peuple et au gouvernement malien.
« Ce qui vient de se passer ce matin nous rappelle malheureusement que les défis sont nombreux », avait dit le chef de la MINUSMA, Mahamat Saleh Annadif, qui, au nom des Nations-Unies, avait également condamné fermement cette attaque perpétrée contre des civils.
Face à ce nouveau « drame inqualifiable » Mahamat Saleh Annadif avait appelé à ce que « la spirale de la violence » cesse dans le Centre du Mali.
Dès qu’elle avait appris l’attaque, la MINUSMA avait déployé une force de réaction rapide sur les lieux du massacre dans le cadre de son mandat de protection des civils. En soutien au gouvernement malien, la mission onusienne avait également fourni un appui aérien afin de prévenir toute nouvelle attaque et évacuer rapidement les blessés vers la ville de Sévaré à 20 kilomètres de Mopti.

Mahamat Saleh Annadif avait indiqué que la MINUSMA se tient prête à soutenir le gouvernement malien pour toute action susceptible d’apaiser la situation. Il avait également appelé les autorités maliennes à diligenter une enquête « afin que justice soit faite et que les auteurs de cette atrocité répondent de leurs actes ».

Toujours du côté des Nations-Unies, deux experts des Nations-Unies avaient lancé une mise en garde au gouvernement malien et à la communauté internationale leur demandant de s’attaquer immédiatement à la grave montée de violence à caractère ethnique qui sévit actuellement au centre du Mali. Le Conseiller spécial pour la prévention du génocide, Adama Dieng, et l’Expert indépendant des Nations-Unies sur la situation des droits de l’homme au Mali, Alioune Tine, s’étaient dit profondément inquiets de l’attaque, le 23 mars 2019, du village d’Ogossagou, dans la région de Mopti, durant laquelle au moins 174 civils ont été tués et au moins 55 autres personnes blessées.
Il s’agissait de la quatrième attaque majeure depuis le début de l’année contre des villages Fulani/Peulhs dans le cercle de Bankass.
Le Bureau du Conseiller spécial avait dit avoir reçu des informations faisant état d’une grave recrudescence de la violence intercommunautaire ainsi que de l’impact négatif des opérations de lutte contre le terrorisme menées par des groupes armés à base communautaire sur la population civile de la région.
Pour sa part, le président de la Commission de l’Union africaine, avait exprimé son indignation.
« J’ai appris avec horreur et indignation le massacre survenu dans la région de Mopti, au centre du Mali, où au moins 135 civils, dont des femmes et des enfants ont été tués. Je condamne fermement cet acte ignoble », écrivait-il sur son compte twitter.
L’AMDH et la FIDH ont condamné fermement le massacre d’au moins 174 civils le 23 mars 2019 dans le cercle de Bankass, attribué à des éléments de Dan Na Ambassagou, une milice communautaire Dozo. Dans un rapport d’enquête de novembre 2018 (1), « nos organisations évoquaient déjà plusieurs tueries commises dans la zone par cette milice, notamment dans le cercle de Koro. La récurrence des attaques contre des villages peuls dans cette zone sont constitutifs de crimes contre l’humanité. Aussi, nous réitérons nos demandes à ce que soient engagées des enquêtes indépendantes et des poursuites judiciaires contre les auteurs des crimes contre l’humanité commises par toutes les parties depuis 2015 au centre du pays. A commencer par l’arrestation et le jugement des responsables du massacre d’Ogossagou», affirmaient les deux organisations de défense des droits de l’homme dans une déclaration.
Plus loin Elles ont déclaré : « L’AMDH et la FIDH rappellent une fois de plus qu’il est impératif de désarmer et démanteler sans délai tous les groupes armés et milices qui sévissent illégalement tant au centre qu’au nord du Mali. Ce démantèlement implique notamment un retour effectif de l’État malien et de ses troupes pour protéger et assurer l’ordre dans ces zones meurtries par les attaques des groupes djihadistes et les violences communautaires ».
Le comité international de la croix rouge (CICR), avait lui aussi fermement condamné l’attaque armé, survenue le 23 mars 2019, dans le village de Ogossagou, provoquant la mort d’une centaine de civils.
Jean-Nicolas Marti, le chef de la délégation du CICR au Mali a déclaré : « ce qui s’est passé à Ogossagou est extrêmement préoccupant. Le CICR dénonce des agissements totalement inacceptables et s’inquiète de l’exacerbation des tensions intercommunautaires au Centre du Mali ».
M. Marti avait en outre averti : « de tels agissements aggravent une situation sécuritaire déjà fragile et entraînent de graves conséquences humanitaires ». Par conséquent, le CICR a demandé à tous les acteurs « de faire preuve de retenue, de respecter les civils et d’épargner les combattants qui ont cessé de se battre ».
Mohamed Sylla

Source: Journal l’Aube-Mali

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