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Vérité biaisée et histoire imposée

D’Europe, le vent de l’Est a soufflé sur le contient. Comme partout en Afrique, au début des années 90, le mouvement de contestation contre le régime du président Moussa Traoré s’intensifie. La crise qui éclate en janvier 1991 était attisée par la situation économique, les sécheresses et les mains invisibles, pardon les aspirations démocratiques des Maliens, des grèves étudiantes et syndicales secouent le pays. En réponse : la régime de l’Union démocratique du peuple malien (UDPM) fortement ‘‘infiltré par les démocrates en mission’’ répond par la répression brutale, créant un climat d’instabilité qui incite ‘’les démocrates en treillis’’ à renverser Moussa Traoré le 26 mars 1991.

 

Dès 1990, la crise couvait. Le climat social était devenu préoccupant. Anticipant la crise, l’UDPM entreprend dès 1989 la réforme du système éducatif, l’instauration d’un débat démocratique sur toutes les grandes questions nationales, les programmes de réforme économique, la moralisation de la vie publique, la politique de décentralisation et la réhabilitation de la cellule familiale, la moralisation de la vie publique afin de réussir le redressement économique et financier et le sursaut national.

Toutefois, la misère avait atteint un niveau insupportable. La peur du régime, qui emprisonne et torture, qui avait été telle pendant des années que les opposants osent à peine parler commence à s’estomper. La colère monte dans la jeunesse et dans la classe moyenne, les fonctionnaires, notamment les enseignants, ne sont pas payés pendant des mois.

Les revendications sociales commencent à prendre corps au cours de l’année 1990. Les associations politiques (AMDH, 1989 ; AJDP, 1989 ; CNID, 1990, ADEMA, 1990 ; JLD, 1990, AEEM, 1990…) se multiplient..

Le multipartisme

L’ambiance dans la classe ouvrière est telle que, le 1er mai 1990, le syndicat unique UNTM (Union Nationale des Travailleurs du Mali), se prononce pour la première fois en faveur de la démocratisation du pays. Pour le parti unique, c’était une trahison. Mais les soucis ne font que commencer. L’Association des Élèves et Étudiants du Mali, après la répression de 1979, se réveille de longues années de silence et de soumission et s’officialise le 27 octobre 1989. Puis le Comité National d’Initiative pour la Démocratie (CNID) appelle à une manifestation pour le multipartisme le 10 décembre 1990. Plus de 10.000 personnes répondent à l’appel. C’est la plus grande manifestation jamais organisée au Mali sous le régime de Moussa Traoré. La manifestation se déroule pacifiquement. Le 24 janvier 1991, les associations démocratique appellent à une nouvelle manifestation qui va enclencher le cycle des affrontements se terminant par la chute de Moussa Traoré.

Insurrection.

Les manifestants bloquent les routes et saccagent les édifices publics. Les forces de l’ordre ouvrent le feu faisant de nombreux morts et blessés. Le 25 janvier, des chars sont déployés dans les rues de Bamako et les écoles sont fermées. Le 28 janvier, à la nouvelle de l’arrestation de plusieurs élèves et étudiants, dont le secrétaire général de l’AEEM, Oumar Mariko, le mouvement explose en insurrection de toute la jeunesse, englobant celle des quartiers populaires. Ces derniers, tout particulièrement les jeunes chômeurs, armés de bâtons et de pierres, envahissent les rues de la capitale, brûlent des magasins et des édifices publics, ainsi que des voitures. Les résidences de plusieurs membres du gouvernement et du parti unique, dont celle du directeur général des douanes, beau-frère du président Moussa Traoré, sont entièrement saccagées. A partir de ce moment, les émeutes se multiplient tous les jours dans Bamako, où les manifestants érigent des barricades. Cette situation se propage aux autres villes de l’intérieur. Les morts et les blessés ne cessent de croître tous les jours. Le 29 janvier, ce sont des centaines de manifestants arrêtés qui sont torturés.

Face à la crise, le général-président Moussa Traoré annonce que l’interdiction aux associations démocratique est levée, mais cela ne diminue pas la pression de la rue. L’AEEM revendique la libération de tous les emprisonnés. Le 31 janvier 1991, le gouvernement laisse entendre qu’il pourrait libérer de nombreux manifestants arrêtés dont Oumar Mariko. Le 2 février, la télévision nationale annonce la libération de 196 élèves sur les 232 officiellement arrêtées. 34 détenus ont été déférés en justice et condamnées pour trouble à l’ordre public, pillage, incendie, dévastation d’édifices publics, vol et recel.

La rébellion, notamment le MPA de Iyad Ag Ghaly, s’invite dans l’imbroglio, dans la nuit du 21 février 1991, en attaquant l’usine de phosphates de Bourem, à une centaine de kilomètres de la ville de Gao tuant deux militaires.

Vendredi noir

Alpha prophétise le massacre dans un éditorial des Echos. Le 22 mars 1991, les émeutes reprennent à Bamako. De violentes manifestations ont lieu à Bamako. Les forces de l’ordre, laissent tomber le masque, tirent à balles réelles et tuent les manifestants. C’est un véritable carnage à la mitraillette et à la grenade offensive. La guerre est déclarée par le pouvoir aux jeunes manifestants qui enflamment le ministère de l’emploi.

La journée du 22 mars marquera pour les Bamakois le début d’un cauchemar qu’ils n’auraient jamais imaginé vivre. Dès le petit matin, les élèves et étudiants dressèrent des barricades dans les quartiers de la capitale et se regroupèrent, bien déterminés à démontrer leur opposition à un régime de plus en plus décrédibilisé. Leurs premières actions furent dirigées vers tout ce qui symbolisait une autorité qu’ils ne reconnaissaient plus : domiciles des dignitaires, commerces supposés appartenir à des prête-noms ou à des soutiens du parti unique, organismes d’État etc. La répression qui s’ensuivit fut sanglante parce qu’à partir des camions et des engins blindés, policiers et même soldats (déployés pour le maintien d’ordre) ouvrirent le feu sur les manifestants. Au milieu de la matinée, les premiers corps commencèrent à affluer à l’hôpital Gabriel Touré très vite débordé

Discours décevant

L’opinion publique qui était en état de choc total (39 morts avaient été recensés au bout de cette journée) attendait une déclaration du président de la République dès la mi-journée. Mais ce ne fut qu’à 18h que Moussa Traoré s’adressa à la nation. Il prononça un discours totalement en déphasage avec la réalité du terrain. Il expédia ses regrets aux familles des victimes mais s’employa surtout à fustiger les saccages causés par les manifestants en insistant sur la nécessité de rétablir l’ordre. Il ne fit aucune proposition d’ouverture. Après avoir maintenu sa référence au 4è congrès de l’UDPM prévu les 26, 27 et 28 mars 91 qui devait décider de la marche à suivre quant à la démocratisation du pays, il décréta l’état d’urgence un couvre-feu de 21h à 5 heures du matin. Au cours de la matinée du 23 mars, des milliers de Bamakois, dans le sillage des mères pourtant le deuil de leurs enfants tombés sous les balles, bravèrent le pouvoir à travers une marche gigantesque. Ils le firent au mépris de toute prudence et au nom de leur intime conviction que les choses devaient changer. C’est que l’indignation avait gonflé au matin du 23 mars alors que se répandaient les détails de la tragédie de la veille. Des femmes avaient sillonné les services et les logis pour bousculer les dernières hésitations des hommes. Une foule, grossie par un extraordinaire bouche à oreille, avait rallié la Bourse du travail. La consigne de marcher sur le palais de Koulouba avait alors jailli de manière spontanée dans l’immense flot humain qui s’ébranla vers le palais présidentiel. L’écrasante majorité des manifestants de ce jour-là n’appartenait à aucune association démocratique. Au niveau du ministère de la Défense, un barrage des forces de sécurité et une pluie de grenades lacrymogènes coupèrent la route de Koulouba aux manifestants. Mais la machine populaire était lancée et plus rien ne pouvait l’arrêter.

Dès le 22 mars, la jeunesse scolarisée est rejointe dans la révolte par les chômeurs et les travailleurs. Les émeutes s’étendent à l’ensemble du pays. Des répressions violentes ont lieu à Sikasso, Ségou et Dioila. Certains policiers se font lyncher. Le centre commercial de Bamako est le siège d’un véritable carnage. Tout ce qui appartient à l’Etat et aux responsables du régime est saccagé. Les commerçants sont attaqués eux aussi. Les morts continuent de tomber, mais, cette fois, la foule ne recule plus devant les forces de l’ordre. Les étudiants inventent un moyen d’autodéfense face aux forces de l’ordre. Ils l’intitulent article 320 : 300 francs CFA pour acheter un litre d’essence et 20 francs CFA pour une boite d’allumette. L’action consiste à jeter de l’essence sur les forces de l’ordre et à lancer une allumette.

Radicalisation des positions

Les jours suivants, les manifestations continuent, s’attaquant à la BIRD et à la Banque Mondiale de Bamako. L’hôtel de ville est saccagé. Deux dignitaires proches de l’ancien président ont été lynchés par la foule en colère. Le 24 mars, des villas de dignitaires sont pillées. L’Etat d’urgence a été décrété dans les villes. Le bilan est de nombreux manifestant morts et de centaines de blessés dont certains ont les membres déchiquetés. Le chef de l’Etat lance un appel au calme et affirme sa « totale disponibilité pour un dialogue et une consultation et pour trouver des solutions durables aux différents problèmes ». Les manifestants répondent « C’est terminé. On ira jusqu’au bout. » Il y a déjà un bilan de plusieurs dizaines de morts. La grève générale commence, paralysant le pays. Les mères de famille, révoltées que leurs enfants soient tués, marchent sur la présidence à Koulouba. Le général-président leur barre la route avec des blindés. Mais l’armée ne marche plus et on est à un doigt d’une grave mutinerie.

Le dimanche 24 mars lors d’un meeting aussi impressionnant que le précédent, le comité de coordination des associations et organisations qui s’était formé, composé de l’UNTM, l’AEEM, l’AMDH, l’ADIDE, l’AJDP, la JLD, l’ADEMA et le CNID, informait l’opinion publique dans un communiqué du déclenchement d’une grève générale illimitée. Il posait comme condition la dissolution du gouvernement, celle de l’assemblée nationale et dans le même document, la coordination demandait la démission du président de la République. Elle prônait la mise en place d’un Comité de Salut Public qui serait chargé de gérer la transition politique jusqu’à l’organisation d’élections libres et démocratique.

Une délégation se rendit à Koulouba pour remettre ce manifeste au général Moussa Traoré qui avait reçu, auparavant, une délégation des chefs religieux. Les positions étaient trop tranchées pour être conciliées. L’entourage du chef de l’état tenta néanmoins, désespérément, de transformer l’après-entrevue en séance de négociation. Les délégués s’y refusèrent, se limitant strictement à leur rôle de messagers. Demander à Moussa de démissionner.

Le Comité de coordination du mouvement démocratique annonce le déclenchement d’une grève illimitée jusqu’à la chute du président. Il exige aussi la dissolution de l’Assemblée nationale et la mise en place d’une transition démocratique. Dans l’après-midi, une commission ad’hoc composée des membres du Bureau exécutif central de l’UDPM et du gouvernement rencontre à la Bourse du travail, le comité de coordination et arrête de commun accord des mesures susceptibles de ramener le calme. Parmi ces mesures figuraient la levée de l’état d’urgence et du couvre-feu, la libération de toutes les personnes arrêtés lors des émeutes depuis janvier. Moussa Traoré qui s’adresse une seconde fois à la Nation ne fait aucune concession. Une délégation du Comité de coordination se rend alors au palais de Koulouba pour communiquer ses exigences au président qui avait reçu la veille une délégation des chefs religieux. La rencontre est abrupte car si du côté présidentiel on s’attend à négocier, les émissaires se bornent, eux, à leur rôle de messagers.

La commission ad hoc demandait naturellement la cessation des actes de violence. Mais le président, qui avait préalablement enregistré son discours, ne fit mention d’aucune de ces mesures. Tout se passait comme si de son palais de Koulouba, il était coupé du reste du pays et étranger aux flots démontés de l’histoire qui battaient à ses pieds. Le 25 mars se tint le troisième meeting consécutif à la Bourse du travail. Les travailleurs, les élèves et étudiants et des milliers de citoyens anonymes réaffirmèrent par leur présence l’impossibilité d’un compromis avec le pouvoir. «Moussa doit partir» tel était le refrain ressassé de manière continue et soutenue.

Dans la même journée, le secrétaire politique du Bureau exécutif central de l’Union démocratique du peuple malien (le parti unique au pouvoir), Djibril Diallo, faisait remettre au général Moussa Traoré sa lettre de démission des instances du parti. Il rappela à l’occasion qu’il avait toujours prôné une ouverture politique qui aurait épargné à notre pays des violences regrettables.

Discours déphasé

Dans la soirée, le président Moussa Traoré fit une seconde déclaration à la Nation. Ce message s’avéra aussi déphasé que la première adresse du chef de l’État. Les événements allaient désormais se précipiter en dehors de son contrôle. Dans l’après-midi du 24 mars, une commission ad hoc composée de membres du BEC et du gouvernement rencontrait à la Bourse du travail le comité de coordination des associations et des organisations et arrêtait,

de commun accord avec lui, des mesures susceptibles de ramener le calme dans le pays. Parmi ces mesures, il y avait la levée de l’état d’urgence et du couvre-feu (ouvertement bafoués à Bamako et à l’intérieur du pays), la libération de tous les prisonniers arrêtés lors des événements du 21 et 22 janvier qui marquent le point de départ de la contestation estudiantine contre le pouvoir de Moussa Traoré et ceux des 22, 23 et 24 mars 1991.

Le lundi 25 mai, un impressionnant meeting rassemble pour la troisième journée consécutive des milliers de Bamakois de toutes origines, pour réclamer le départ sans délai du président. Il semblait évident aux yeux de tous qu’un seuil irréversible était dépassé mais peu de gens se doutaient que le coup de grâce serait donné au pouvoir quelques heures plus tard par des officiers regroupés au sein d’un Comité de réconciliation nationale dirigé par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré.

Le régime chancelait. Et il ne manquait que le coup de grâce. Celui-ci fut porté dans la nuit du lundi 25 au mardi 26 mars.

Coup d’Etat

Mais déjà en début de nuit, aux alentours de 22h, la rumeur de l’arrestation du président avait couru la ville. Tel un bateau ivre la capitale sans gouvernail, s’abandonnait à ses mauvais démons à coups de pillages des boutiques et magasins, de règlements de compte. Bref un déchaînement dans lequel aucune frontière ne résista entre la manifestation de joie et la violence.

La mise aux arrêts du chef de l’état ne sera effective que lorsqu’un commando de parachutistes, dirigé par Amadou Toumani Touré, y procéda à minuit un quart. Mardi matin, un Comité de réconciliation nationale de l’armée (CRN), formé après l’arrestation, se rendit à la Bourse du travail à la rencontre de la Coordination du Mouvement démocratique pour lui rendre hommage. Une démarche appréciée qui incita la coordination à manifester sa confiance à Amadou Toumani Touré en le portant à la tête du Comité de transition du salut du peuple (CTSP). Le tour était joué : l’armée n’était pas déstabilisée et le seul à chuter était l’ancien dictateur mais pas la dictature !

Le samedi 23 mars dans la matinée, ATT avait rencontré dans son camp des éléments du Service national des jeunes (SNJ) venus recevoir leur injection de TAB. Lorsqu’il s’était approché pour les saluer, certains des jeunes gens l’avaient apostrophé avec violence pour lui reprocher sa « passivité » au moment où on tuait des innocents. Le même jour, des membres du Mouvement démocratique avaient touché l’officier pour dire qu’ils étaient obligés pour leur sécurité de plonger dans la clandestinité.

Le lundi 25 mars à 13 heures, le Bataillon para affichait déjà sa dissidence. En effet, à une mission de l’État-major venue expliquer les accords de Tamanrasset conclus avec la rébellion touarègue (action ubuesque dans l’atmosphère d’alors) ATT, devant ses officiers, déclara que désormais son corps refusait tout ordre qui l’amènerait à tirer sur les civils. Le Rubicon était franchi, le lieutenant-colonel des paras ne pouvait plus tarder à faire le pas décisif. Car tout montrait que la tragédie malienne allait en s’aggravant.

Le lundi 25 mars au matin, un officier lui avait raconté la mort atroce d’un policier devant le commissariat de la Poudrière. Attendre plus longtemps, c’était accepter que devienne apocalyptique une situation déjà intolérable. Cela alors que des rumeurs faisaient état d’une médiation possible d’officiers supérieurs auprès de Moussa Traoré afin que celui-ci accepte l’ouverture politique réclamée par le Mouvement démocratique avant le déclenchement de la tragédie. Une telle démarche n’aurait nullement constitué une solution au cycle de la violence qui paraissait irrémédiablement enclenché. Les paras devaient passer à l’action le 26 mars à 4 heures du matin selon le plan d’opération élaboré. ATT avait initialement prévu d’avoir recours uniquement aux éléments de son camp de Djicoroni et de laisser hors du coup ceux de la Garde présidentielle basés sur la route de Kati et sur lesquels l’aide de camp Oumar Diallo (Birus) gardait un œil vigilant.

Mais malgré toutes les précautions prises, les préparatifs du « coup » s’ébruitèrent et le lundi 25 vers 21 heures 30, ATT reçut un appel téléphonique de Birus lui demandant de venir le rencontrer seul à son domicile. Malgré l’avis négatif de ses officiers et de quelques civils qui étaient déjà là, ATT décida de répondre à « l’invitation ». Le capitaine Siaka Koné donna à ses paras, qui assuraient la garde de l’ancienne résidence du président de la République, l’ordre d’investir la villa de l’aide de camp, située à une cinquantaine de mètres, si leur « patron » n’était pas de retour au bout d’une demi-heure.

Sans hésiter – au rendez-vous, l’officier trouva Birus, Anatole Sangaré (directeur des services de sécurité) et Oumar Traoré, un adjoint de l’aide de camp. Oumar Diallo commença par une longue introduction sur la situation catastrophique, sur les massacres et sur l’obstination du président à refuser la nécessité d’un recul. Il se proposait donc pour appuyer le coup d’État et comme gage de son implication, il promit à ATT de lui faciliter l’accès du bureau de Moussa Traoré. Rendez-vous fut pris pour 22 heures 30.

L’accord fut scellé et ATT après avoir rejoint son camp, y fit sonner l’alerte. Ce ne fut qu’aux environs de 22 heures 40 que le chef des paras monta à Koulouba avec un groupe de quatre hommes dans un véhicule. Son adjoint, le capitaine Siaka Koné, devait le rejoindre avec 10 paras supplémentaires dans deux autres véhicules qui montèrent à Koulouba par la route partant de N’Tomikorobougou et que l’on appelait Djiguidjiguini. Une fois sur place vers 23 heures, ATT alla voir directement le chef de poste de service cette nuit-là, l’adjudant-chef Yacouba Diakité, et lui fit part de sa décision d’arrêter Moussa Traoré. Le sous-officier et ses hommes se mirent sans hésiter à sa disposition.

Après avoir donné l’ordre à l’adjudant-chef de bloquer toute personne qui tenterait de quitter le palais, ATT reprit la route, mais en direction du camp de la Garde présidentielle, camp situé légèrement au-dessus du carrefour de la route Kati/Point-G. Là, il rencontra le commandant de compagnie, le capitaine Fatogoma Sountoura et son adjoint, le lieutenant Ousseyni Tamboura qui se rallièrent sans hésiter au coup d’État. Comme le firent les paras de la Garde présidentielle lorsqu’ils furent informés de la situation. Il était près de minuit quand ATT regagna Koulouba où l’attendaient Siaka Koné et son groupe. Vers minuit dix, les deux officiers pénétrèrent dans le palais avec six hommes, les caporaux Nawé Kéïta et Souleymane Dao et les soldats de première classe Boubou Sidibé, Soumaïla Coulibaly, Siaka Diarra et Yacouba Togola.

La petite troupe se dirigea droit vers le bureau d’Oumar Diallo qui avait regagné Koulouba juste après l’entrevue de 19 heures.

L’aide de camp monta avec ATT, Siaka et quatre paras dans l’ascenseur qui donnait accès au bureau présidentiel. Les autres empruntèrent les escaliers pour couper la retraite éventuelle de ceux qui auraient voulu s’échapper par là. Quelques paras supplémentaires se postèrent au rez-de-chaussée qu’ils sécurisèrent. Arrivé devant le bureau présidentiel, Birus en indiqua la porte du doigt. Les quatre membres du commando qui accompagnaient ATT et Siaka Koné y firent irruption. Ils trouvèrent Moussa Traoré en conclave avec M’Bouillé Siby, secrétaire administratif du Bureau exécutif central (BEC) de l’Union démocratique du peuple malien, Monzon Keïta, secrétaire aux affaires économiques du même BEC, le général Mamadou Coulibaly trésorier du BEC et ministre de la Défense, Moulaye Haïdara, ministre de l’Agriculture, Amadou Dème, ministre de l’Industrie, le colonel Ousmane Coulibaly, Chef d’État-major général et Idi, un des fils du président.

S’adressant directement à Moussa Traoré, Amadou Toumani Touré lui annonça qu’au regard de la situation qui prévalait et devant le refus du chef de l’État d’y trouver une solution raisonnable, il se voyait dans l’obligation de l’arrêter. Moussa Traoré se leva et dit cette simple phrase : « Je suis à votre disposition ».

La restitution

Affirmant agir en coordination avec les organisations démocratiques, les militaires regroupés au sein du Comité de réconciliation nationale (CRN) déposent Moussa Traoré et prennent le pouvoir dans la nuit du 25 au 26 mars 1991.

Dans une interview accordée à Jeune Afrique en juillet 1991, le Chef de la junte militaire qui a renversé Moussa TRAORE raconte : « C’est le vendredi 22 mars (jour des premières tueries, qui feront plus de trois cents morts, NDLR) que nous avons compris que Moussa avait atteint le point de non-retour et que nous devions intervenir (…) Depuis… au moins 1979 ou 1980. Je m’étais rendu compte que Moussa ne servait plus les intérêts du pays. C’était l’affairisme, le népotisme intégral, les louanges, les grands boubous [petit rire]. Je n’ai rien contre les grands boubous, mais il ne pensait plus qu’à ça. (…) Je ne me vois ni complice ni traître ! J’ai prêté serment au Président de la République et non à Moussa. Parmi les missions de l’armée, nous avons celle de sauvegarder la dignité de notre pays, son intégrité territoriale et morale, que lui, Moussa, était en train de bafouer (…) A partir du 22 mars, quand les gosses ont exposé leurs poitrines aux balles, suivis de leurs mères – nos sœurs, nos femmes -, on ne pouvait plus hésiter. (…) Et puis, nous avions déjà pris contact avec certaines organisations civiles, [en particulier, avec Me Demba DIALLO, président de l’Association des Droits de l’Homme, et le Secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs, Bakary KARAMBÉ, qui seront les premiers informés du succès de l’opération, NDLR](…) Il faut reconnaître que l’armée avait essuyé des insultes avant le 25 mars. Le peuple était là, se battait, mourait, et l’armée tardait à intervenir. Cette attitude a été considérée comme une certaine complicité des militaires avec le régime. Il faut accepter ce jugement du peuple. Mais le jour où l’armée a pris ses responsabilités, montrant qu’elle ne servait pas Moussa TRAORÉ, le peuple a compris et reconnu qu’elle était avec lui ».

La démocratie

Le multipartisme est instauré. Le chef de la junte militaire lance à la population un appel au calme, le secrétaire général de l’AEEM, Oumar Mariko, aussi.  La junte décide de maintenir en place les anciens gouverneurs de régions et tous les directeurs de cabinet. Le 1er avril, après quelques divergences, un compromis est trouvé entre l’opposition et la junte. Le Comité de transition pour le salut du peuple est instauré et présidé par le Lt-colonel Amadou Toumani Touré. Le Mouvement démocratique et l’UNTM y participent de même que l’AEEM.

Le 31 mars, ATT est nommé président de Comité de transition pour le salut du peuple. Soumana Sako, ancien ministre des finances de Moussa Traoré, est nommé premier ministre. Une conférence nationale est organisée. Elle adopte une constitution, un code électoral et une charte des partis, le 13 août. Multipartisme, indépendance de la justice, liberté de la presse et liberté syndicale ont été adoptées. Le référendum a lieu le 25 février 1992. Le Pacte national est signé avec la rébellion le 11 avril 1992.

Après la chute de Moussa Traoré, pour instrumentaliser l’opinion, les démocrates qui ont très vite trahi les idéaux de la révolution (Issa N’Diaye) utilisent la mémoire des martyrs à des fins politiciennes. Ils érigent et inaugurent partout les monuments : monument des martyrs, pont des martyrs, carré des martyrs, stade du 22 mars, Monument de la démocratie… Mais il y a un hiatus visible entre la fresque brandie et la dure réalité qui s’impose.  Issa Kao Djim, leader politique estime que : « le peuple a été tout simplement roulé dans la farine. Le peuple est déçu de cette soi-disant révolution, car en réalité, c’était une rupture de deuxième République pour aller à la troisième République ».

Qu’est-il advenu du slogan de « kokadjè» brandi au lendemain de la révolution de mars 1991 ? Quelle est l’utilité pratique de ces différents moyens de lutte mis en place à grands renforts de publicité ? Peut-on raisonnablement prétendre lutter contre la pauvreté, atteindre les objectifs du millénaire pour le développement et laisser persister la corruption et la délinquance financière ? Le refus de sanctionner1a corruption n’est-il pas aussi une forme de corruption ?

Au Mali, la corruption apparaît aujourd’hui, au même titre que les crises politiques, comme l’une des gangrènes qui sapent le développement de notre pays. La corruption est omniprésente, ambiante et endémique dans tous les secteurs sociaux. Aucune activité n’y échappe.

La corruption est un phénomène national au Mali. Elle est répandue dans tout le pays et les données montrent qu’elle nuit aux pauvres plus que les autres, empêche la croissance économique et détourne désespérément les fonds nécessaires à l’éducation, à la santé et aux autres services publics.

Maître Mountaga Tall, président du parti CNID-Faso-Yiriwaton, est un des acteurs majeurs de la lutte démocratique Mali. Il estime que les principales dérives de l’ère démocratique découlent de la mauvaise gouvernance. « Les élections n’ont jamais été bonnes au Mali, la corruption que nous avons combattue de toutes nos forces n’a pas permis d’atteindre les objectifs », souligne l’avocat qui affirme que les responsabilités sont partagées entre la classe politique, la société civile et les militaires. Selon lui, il est urgent de refonder le Mali à travers des assises nationales de la refondation. Pour ‘‘l’acteur principal de la Révolution’’ plus qu’une date, le 26 mars est d’abord un idéal pour la réalisation duquel des Maliennes et des Maliens ont consenti le sacrifice suprême. D’autres sont handicapés à vie. Ce sont à ces martyrs de la démocratie que je pense et auxquels je rends hommage quand arrive cette date hautement symbolique du 26 mars magnifiée dans la Constitution de 1992 et dans celle en cours d’élaboration.

Il ne faudrait pas confondre cet idéal démocratique particulièrement généreux et altruiste, qui est et qui restera toujours indispensable, avec certaines personnes qui, dans l’exercice du pouvoir, l’ont dénaturé et galvaudé. Ces personnes se sont servies du 26 mars pour devenir des rentiers d’état. Ces dirigeants ont ancré la corruption et l’impunité dans nos mœurs politiques. Ils sont pour la plupart connus et doivent aujourd’hui tirer, eux-mêmes, les conséquences du mal qu’ils ont infligé à notre pays.

Le bilan

En tout cas 33 ans après la Révolution du 26 mars, l’avènement de la promesse démocratique n’a pas été à la hauteur des attentes des Maliens qui n’ont fait que constater la dégradation de leur situation économique, sociale, sécuritaire ; la dégradation des services publics, de la qualité des soins, de l’enseignement et de l’amplification de la corruption dans tous les segments de la société et dans toutes les institutions, notamment dans le secteur de la justice.

Nombreux sont les Maliens qui estiment que les raisons pour lesquelles les acteurs du mouvement démocratique se sont battus au nom du peuple dans les années 1990 restent d’actualité.

Selon le Pr. Abdoulaye Niang, Directeur du centre de recherche Séné, la mauvaise gouvernance est totale au Mali. « Les 28 ans sont marqués par un système de mauvaise gouvernance sociale et culturelle. Regardez seulement la bataille entre les religieux, la bataille entre les partis politiques », regrette-t-il. Selon lui, l’avènement de la démocratie n’a pas apporté le bonheur tant souhaité. « Le Mali est certes troisième ou quatrième producteur de l’or, peut être premier producteur de coton et le citoyen malien se trouve à la 156ème place de l’indice de développement humain », souligne-t-il.

L’avènement de la démocratie au Mali est allée de pair avec l’effondrement des services publics et s’il faudrait analyser plus en profondeur cette relation de cause à effet, reste un sentiment partagé par de nombreux maliens.

« Pendant ce temps, et en réalité, ceux qui les poussaient à affronter les balles de fusils, mais qui n’osaient jamais s’exposer, se « sucrent » aujourd’hui, indécemment, sur le dos de la « démocratie » et devant un peuple désabusé et, honteusement, trahi. Les acteurs politiques de la révolution de mars 1991, ont, tout simplement, trahi le peuple malien et la mémoire des martyrs tombés sous le coup de la révolution… Au pouvoir, les têtes changent et se ressemblent toutes. La gestion du pouvoir est devenue une affaire de grin où les mêmes têtes reviennent toujours. On fait du neuf avec du vieux, comme diraient certains. La majorité au pouvoir, joue des coudes pour des postes au gouvernement parce que la fonction de ministre est devenue un tremplin pour inscrire son nom sur la liste des « gens riches ». Les hommes politiques de l’opposition, utilisent les souffrances et les inquiétudes des populations pour leur propre promotion.

Où sont passés les idéaux de la révolution de mars 1991 ? Où sont la justice, l’équité, la promotion et la défense des droits du citoyen, le mieux-vivre et le mieux-être… ? » (Le Pouce, 25 mars 2016)

 33 ans après le 26 mars, c’est tout une frange de la population qui en vient à considérer que le régime monopartite de Moussa Traoré était préférable à la démocratie multipartite considérée comme imposée par l’Occident et les exigences des programmes d’ajustement structurel des bailleurs de fonds internationaux comme le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale. Pour les observateurs de l’évolution démocratique de notre pays, ‘‘c’est l’expression de la nostalgie d’un passé où les conditions socio-économiques sont considérées comme meilleures qu’aujourd’hui, où une certaine paix sociale régnait et où les personnes se sentaient en sécurité. Dès lors, la commémoration du 26 mars perd tout son sens lorsqu’est négligée toute la vérité d’un nombre important de citoyens maliens et va ainsi créer un sentiment d’inégalité de traitement entre les différentes couches de la population ; car ceux qui ne s’inscrivent pas dans cette commémoration sont de fait écartés de la pensée collective dominante’’ Antoine Stomboli, Conseiller juridique volontaire du Canada.

33 ans après le 26 Mars, force est d’acter que le ‘‘la Révolution’’ consacrée par les Constituants de 1991 et 2023 s’est soldée par le clanisme et la catégorisation des Maliens en démocrates sincères et patriotes convaincus. En effet, ‘‘ériger un monument pour certains morts, par exemple les combattants pour la démocratie, néglige de facto un autre groupe : les partisans, à tort ou à raison, de l’ancien régime dictatorial de Moussa Traoré. Cette exclusion est inéluctablement source de division et un obstacle à la réconciliation. Car la commémoration des morts renvoie à un aspect rituel, fortement traditionnel et donc propre à l’identité d’un groupe « ceux qui commémorent les mêmes faits font partie du même ensemble, partagent les valeurs communes et préparent ensemble un avenir pour les générations nouvelles»’’.

Dans ce contexte de larrons en foire, le devoir de se souvenir semble être politisé. Il est de plus en plus perçu comme instrumentalisé, au service d’un pouvoir qui tire sa légitimité d’un coup d’État ou d’une victoire plus ou moins démocratique, d’une opposition de façade absorbée par le pouvoir en place ou gangréné par le clientélisme.

L’histoire imposée mobilise des discours d’intimidation, de peur, de stigmatisation ou d’élimination de ceux qui refusent ; la séduction, la flatterie et l’exposition de ceux qui acceptent.

Conclusion

Le récit des évènements pourrait passer pour anecdotique dans un pays qui peine à prendre son envol après 30 ans de processus démocratique vanté comme exemplaire et à se redresser de la crise sécuritaire de 2012 et où la situation socio-économique reste encore à consolider avec toutes les adversités dont le pays fait face, notamment depuis août 2020.

A l’occasion de la commémoration du 33e anniversaire de la Révolution, le narratif des propriétaires du 26 Mars laisse penser que ceux qui regrettent la période CMLN-UDPM (les nostalgiques) sont minoritaires et qu’avec le temps ces idées se raréfieraient. Pourtant, voici 30 ans ce regret et cette nostalgie de la ‘‘dictature’’ se consolide de jour en jour. Aujourd’hui l’ordre kaki n’a-t-il pas supplanté l’ordre démocratique au grand dam des démocrates sincères et des patriotes convaincus ? Entre l’armée et les politiciens, le peuple n’a-t-il pas fait son choix ?

Comment rectifier la trajectoire ? Le bilan des politiciens, presque tous véreux, ne plaide pas pour l’apaisement des cœurs, tant la fracture entre la classe politique et les masses populaires va s’agrandissant. Les attentes et les préoccupations des populations ont toujours été le cadet des soucis des politiciens. Réclamer dans ces conditions le retour des politiciens au pouvoir, c’est prêcher dans le désert malien sous le contrôle des FAMa.

Pour enfin aider le Mali à dépasser cette crise de croissance démocratique et institutionnelle, un travail complet de traitement du passé est donc nécessaire : la Nation doit regarder son héritage en face, comprendre son passé pour mieux pouvoir le dépasser. Cet effort de recherche de la vérité, de reconnaissance et de réparation des victimes permettra d’atteindre la réconciliation et de reconstruire tant la confiance des citoyens entre eux, que des citoyens envers leur Etat. C’est même une condition nécessaire pour la poursuite d’un processus démocratique apaisé, tolérant et véritablement républicain.

En effet force est de reconnaitre que notre pays, jusqu’ici, s’est progressivement installé dans une culture du non-dit ; du déni de la vérité ; de l’escamotage de la citoyenneté. En l’absence d’une réelle confrontation au passé, en l’absence d’une véritable mémoire collective qui intégrerait ce passé douloureux, nombre de Maliens n’ont plus conscience d’appartenir à un ensemble collectif national, guidé par une commune volonté de vivre ensemble.

Dans la mesure où une paix juste est une paix durable, nous devons rechercher les causes profondes des différentes crises que le pays a connues afin de réduire toutes les sources d’incompréhensions, d’antagonismes et de rancœurs. Nous devons identifier les victimes de ces conflits à répétition, les reconnaître et intégrer leur récit à notre mémoire commune, pour nous et pour les générations futures.

La réconciliation visée sera multidimensionnelle : politique, sociale, économique, culturelle, religieuse, ou encore communautaire. Elle ne s’obtiendra, pour être durable, qu’au terme de la mise en œuvre des quatre piliers de la justice transitionnelle : le droit des victimes à la vérité, à la justice, à la réparation, ainsi que la garantie de la non-récurrence. La réconciliation est donc bien davantage que la coexistence pacifique : elle inclut aussi la reconnaissance mutuelle et l’acceptation des différences de chacun

Le référendum du 12 janvier 1992

Le Comité de réconciliation nationale rencontre les organisations démocratiques regroupées au sein du Comité de coordination des associations et des organisations démocratiques (CCAOD). Ils décident de constituer le Comité transitoire pour le salut du peuple (CTSP), qui comprend dix militaires et quinze représentants des organisations démocratiques dont 4 représentations des associations de jeunes et deux du mouvement de rébellion du nord. Le CTSP, présidé par Amadou Toumani Touré assume les fonctions de gouvernement provisoire.

Le CTSP organise une conférence nationale du 29 juillet 1992 au 12 août 1992 afin d’élaborer une nouvelle constitution et définir le processus électoral.

Le multipartisme est reconnu et une charte des partis politiques a été établie par une ordonnance CTSP le 10 octobre 199. Les Maliens approuvent par référendum le 12 janvier 1992 la nouvelle constitution. Le Oui l’emporte avec 98,35 % des suffrages avec un taux de participation de 42,32 % 49,9 soit  2 276 291 Maliens sur 5 378 742.

La Constitution du 25 février 1992 a entendu fonder le pouvoir politique sur une base démocratique et mettre l’accent sur les droits de l’homme.

La Constitution de la 3ème République, à l’exemple de toutes les autres adoptées au tournant des années 1990, entendait instaurer une véritable démocratie. Deux aspects marquants sont à relever dans cette constitution. Sur le plan institutionnel, elle crée huit institutions dont certaines étaient inédites au Mali. L’organisation des rapports entre les pouvoirs exécutif et législatif est celle d’un régime semi- présidentiel, avec un Président de la République élu au suffrage universel et nommant un Gouvernement responsable devant l’Assemblée Nationale. Comme on le voit, le régime malien a largement emprunté au modèle de la 5ème République française.

Il faut souligner que la Constitution de 1992, adoptée à la suite d’un soulèvement populaire réprimé dans le sang, fait une véritable proclamation de foi pour les droits humains. Elle affirme, entre autres, l’égalité des citoyens, le droit à la vie et à la liberté, à l’éducation et à un environnement sain.

Elle proscrit toute forme de torture, de sévices ou de traitements inhumains, cruels, dégradants ou humiliants.

Des élections municipales sont organisées la semaine suivante le 23 février et le 8 mars puis des élections législatives le 23 février et le 8 mars. Sur les 48 partis déjà créés, 22 participent aux élections et 10 obtiennent des élus. L’Adema-Pasj, avec 76 députés sur 116, obtient une large majorité absolue.

Le Printemps démocratique

Dès son arrivée au pouvoir, le Lt-colonel Amadou Toumani Touré surnommé « ATT » (paix à son âme) installe un comité transitoire pour le salut du peuple et dissout l’UDPM. Un civil, Soumana Sako, est nommé chef du gouvernement. En 1992, conformément aux engagements d’ATT, des élections législatives sont organisées, suivies un peu plus tard d’un scrutin présidentiel. A l’issue du second tour de ce vote, le 26 avril 1992, Alpha Oumar Konaré est élu président de la République face à Tiéoulé Mamadou Konaté : c’est le début du renouveau démocratique au Mali.

Le système multipartite est désormais consacré et les élections sont plus libres et démocratiques. Entre-temps, Moussa Traoré est condamné à mort, en 1993, lors d’un procès avant d’être gracié en 1997. Cette même année, le nouveau Mali démocratique tient sa deuxième élection présidentielle libre, et offre un nouveau mandat au président Konaré jusqu’en 2002. Il est remplacé par l’homme fort du putsch de 1991, ATT, élu président après le scrutin de 2002, après être revenu un an plus tôt à la vie civile.

Malheureusement, un nouveau coup d’Etat, le troisième de l’histoire du pays, l’empêche de terminer un second mandat en 2012. Cette fois-ci, c’est la mauvaise gestion de la rébellion touarègue qui motive les putschistes dirigés par le capitaine Amadou Aya Sanogo et issus encore une fois du camp militaire de Kati.

La Recolonisation déguisée

La chute du président Amadou Toumani Touré en 2012 crée un climat d’incertitude qui conduit rapidement à une crise sécessionniste d’abord, puis djihadiste ensuite.

En effet, dès 6 janvier 2012, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) mène une rébellion pour obtenir, par la force, l’indépendance du nord Mali. Le 1er avril 2012, soit sept jours après le coup d’Etat du capitaine Sanogo, le MNLA prend le contrôle de trois régions du nord du Mali. Le 06 avril, il proclame l’indépendance de l’Azawad qui n’est reconnue par personne. Mais cette « libération » ne sera que de courte durée puisque dès le mois suivant, le groupe engage des combats contre plusieurs groupes islamistes (Ansar Dine, Mujao, Aqmi, etc.) qui souhaitent imposer la charia dans la région.

C’est dans ce contexte chaotique que la France décide, à la demande des autorités maliennes et avec le consentement de l’ONU, d’intervenir militairement pour stopper l’avancée des djihadistes. Le 11 janvier 2013, le président François, Hollande, engage les forces armées françaises dans l’opération Serval, qui se transforme plus tard en opération Barkhane. Ainsi, plusieurs décennies après avoir quitté officiellement le pays, l’armée française revient au Mali. Si dès le début, le chef de l’Etat français annonce que son pays « n’a pas vocation à rester au Mali », force est de constater que 9 ans après le retour militaire de la France au Mali, Paris s’accrochait toujours à rester à travers une pléiade d’opérations (Barkhane, Takuba, G5-Sahel…) sans pouvoir vaincre le terrorisme.

Restauration de l’intégrité

Lorsqu’il arrive au pouvoir en 2013, Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK, paix à son âme) promet de relever le pays en luttant contre la corruption et en ramenant la paix. Sept ans après ces promesses, le constat général est que la politique de l’ancien président a été un échec, la situation socio-économique, sécuritaire et politique du pays ne s’étant jamais véritablement améliorée depuis 2011.

En 2020, après un énième scandale de mauvaise gouvernance, la contestation anti-IBK qui gronde sourdement depuis plusieurs années, commence à prendre de l’ampleur, après l’organisation chaotique des législatives en mars et avril. Le 18 août 2020, après de nombreuses manifestations suscitées notamment par le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) violemment réprimées par le pouvoir, c’est l’armée malienne qui finit par mettre fin à ce bras de fer en déposant le président IBK et en le poussant à annoncer sa démission en direct à l’ORTM.

Sous la direction du colonel Assimi Goïta, le CNSP (Comité national pour le salut du peuple) essaye de négocier, avec les forces vives du Mali et la CEDEAO, une transition pacifique jusqu’à l’organisation de nouvelles élections. Le 21 septembre 2020, après un mois de tractations, un accord est finalement trouvé : Bah N’Daw, colonel à la retraite et ancien ministre de la Défense est désigné président de la transition, comme pour traduire un compromis parfait entre la junte qui souhaitait mettre un militaire à la tête du pays, et la CEDEAO qui exigeait une personnalité civile. Assimi Goïta lui, devient vice-président. Mais suite à la formation du nouveau gouvernement le 24 mai 2021, Bah N’Daw et son Premier ministre Moctar Ouane sont déchargés de leurs prérogatives. La rectification de la transition commence et la refondation du Mali-Kura, le 7 juin 2021.

LA RÉDACTION

Source: Info- Matin
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