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Transition: la reddition des politiques

Sans concession, la classe politique dans son écrasante majorité a validé explicitement la durée de la Transition des 24 mois lors du cadre de concertation tenu ce mardi 28 juin 2022 avec le gouvernement sur le chronogramme en vue de préparer le retour à l’ordre constitutionnel. Quelques semaines plus tôt, les responsables du clan de la ‘’veille démocratique’’ étaient opposés aux deux ans fixés par le président Assimi GOITA. Ce changement de posture est l’illustration d’une reddition en politique.

 

Entre rumeurs et enchères, le président de la Transition, le colonel Assimi GOÏTA, a tranché sans attendre la surenchère sur la durée de la Transition en la fixant à 24 mois à compter du 26 mars 2022. Ainsi en a décidé le président de la Transition à travers le décret N°2022-0335/PT-RM du 06 juin 2022, conformément à la Loi N°2022-001 du 25 février 2022 portant révision de la Charte de la Transition.
À l’époque, la décision a pris court une grande partie des acteurs de la société civile, des partis politiques et même la communauté internationale à commencer par la CEDEAO qui dans un communiqué dit « regretter » cette annonce alors que le processus du dialogue entre elle et la Transition se poursuivait.
Sur la question de la prolongation de la transition pour une nouvelle phase, le Parena, le Cadre d’échanges et bien d’autres formations politiques considérées comme de l’opposition déguisée sous la Transition ont acté la prolongation. Et même le parti l’Adema dont on ignore toujours sa position réelle dans la cadre de cette transition n’était favorable à une prorogation de longue période. En somme, chaque état-major politique avait son agenda. Mais en moyenne, ils étaient en faveur d’une nouvelle durée pour la Transition, mais à condition que celle-ci n’excède une année.
Dans ce contexte, le ministre de l’Administration territoriale, en collaboration avec le ministre de la refondation de l’État, chargé des relations avec les Institutions et le ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des réformes politiques et institutionnelles, ont rencontré le mardi 28 juin la classe politique. L’objectif étant d’échanger sur le projet de chronogramme des scrutins des élections générales et des réformes politiques et institutionnelles majeures à réaliser avant la fin de la Transition.
La rencontre a permis la présentation du projet de calendrier très attendu par la communauté internationale et l’opinion nationale susceptible de revolver la divergence majeure entre la Transition et la CEDEAO qui a imposé des sanctions contre le Mali au motif que les autorités maliennes sont dans le dilatoire pour le retour à l’ordre constitutionnel.
À l’issue de cette rencontre, des positions jalousement conservées jusque-là sont désormais abandonnées par ces acteurs politiques qui ont joué à l’applaudimètre en oubliant leur position initiale. En effet, en plus de saluer la démarche empreinte d’inclusivité, ils ont montré patte blanche à la Transition, sinon s’aplatir devant les nouvelles autorités.
Ainsi, ceux qui étaient hier pour une prorogation dont la durée ne doit pas excéder une année se réjouissent aujourd’hui du projet de chronogramme élaboré sur la base des 24 mois fixés par le président de la Transition qu’ils avaient auparavant rejeté.
« On nous a soumis un chronogramme sur lequel, les partis politiques vont apporter leurs réflexions pour qu’on puisse sortir de la Transition. Ces différents chronogrammes constituent des propositions faites dans le cadre du nouveau délai de la Transition de 24 mois, à compter du mois de mars dernier si les choses se passent normalement. Mais il y a toujours les aléas. Ce chronogramme est réaliste. On va y apporter sûrement des amendements pour pouvoir l’exécuter », déclarait Me Kassoum TAPO à sa sortie de la rencontre pour autant leur parti Adema PASJ n’est pas officiellement pour une prorogation de deux ans.
Idem pour le Cadre d’échanges qui avait proposé une durée de 12 mois pour la prolongation. Sans aller au bout de sa logique de maintien d’une année de prorogation, le Cadre entretient le flou en décidant seulement de « prendre acte dudit chronogramme » et bizarrement, espère-t-il, que ce chronogramme « sera validé lors du sommet de la CEDEAO du 3 juillet pour la levée des sanctions afin de soulager la détresse et la souffrance de nos populations ».
Par ailleurs, si Gaber GANO, responsable politique du RPM, estime que ce calendrier est irréaliste et irréalisable et qu’il n’est pas évident que l’administration réussisse ce paquet d’élections, mais en aucun moment il ne remet en cause la durée de la Transition qui apparaît comme une éternité pour certains.
Donc, en s’abstenant de dénoncer ce chronogramme conformément aux 24 mois, les acteurs politiques opposés également à la rédaction de la nouvelle constitutionnelle implicitement approuvent cette réforme majeure dont le processus a été enclenché par différents régimes, mais jamais achevée à cause des contestations.
Alors entre janvier et juin qu’est-ce qui s’est passé à même de pousser des acteurs politique à déconsidérer leur position ? Qu’est-ce qui justifie ce revirement de situation ?
Si certains implicitement maquillent la reculade par le message à l’appel à l’union sacrée au tour du Mali, ce revirement est le propre des partis politiques du pays qui se sont caractérisés par leur manque de conviction et de constance dans leur démarche.
En effet, ils sont prompts à respecter les principes démocratiques lorsque ceux-ci plaident en leur faveur et en revanche sont foulés au pied quand leur intérêt est menacé. Voilà la politique à la malienne dont les lignes sont déterminées souvent par l’humeur du jour du président fondateur du parti.
Dans tous les cas, par appétit du gain ou par manque de constance, des formations politiques se rendent coupables de reddition en s’alliant aux militaires.

PAR SIKOU BAH

Source : Info-Matin

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