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Tchad : l’Union africaine hausse le ton

Un mois après l’installation du CMT, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a exigé un respect strict d’une transition démocratique en 18 mois.

 

Ces dernières années, l’Union africaine a adopté une position ferme de rejet et de condamnation des changements anticonstitutionnels. Le cas du Tchad a, semble-t-il, divisé. Il aura fallu attendre pratiquement un mois après la prise du pouvoir le 20 avril d’un Conseil militaire de transition (CMT) de quinze généraux, présidé par un des fils du défunt président Idriss Déby Itno, pour qu’enfin une résolution soit adoptée. L’information est tombée hier, jeudi 20 mai. Dans un texte rendu public sur son site Internet, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA « souligne la nécessité absolue que la transition vers un régime démocratique soit achevée dans le délai de 18 mois annoncé par le CMT à compter du 20 avril 2021 ».

Le CPS insiste sur le respect de ce délai « en affirmant catégoriquement qu’aucune forme d’extension de la période de transition prolongeant la restauration de l’ordre constitutionnel ne saurait être acceptable pour l’UA ».

Pas d’exception tchadienne

Cette décision de l’UA avait été annoncée comme imminente depuis plusieurs jours. Deux camps s’étaient clairement opposés. Avec, d’un côté, les tenants d’un accompagnement de la transition. Et, de l’autre, ceux qui souhaitent une application stricte d’un principe sacré de l’Union africaine, qui veut qu’en cas de coup d’État, un pays doit être suspendu automatiquement.

Rappelons que, jusqu’à présent, l’UA n’a pas sanctionné le Tchad après la prise de pouvoir par l’armée. Au risque de créer un précédent. Hier, le CPS a donc réitéré « son rejet total de tout changement anticonstitutionnel de gouvernement sur le continent ». Mais elle invoque un Tchad « confronté à des attaques graves et multiformes » de « mercenaires » parmi les rebelles venus de Libye, qu’elle « condamne fermement », ainsi que « des terroristes de Boko Haram, de l’Iswap (le groupe État islamique en Afrique de l’Ouest) dans le bassin du lac Tchad ».

Il faut souligner que le Tchad, avec une armée considérée comme la plus puissante de la sous-région, est un pays clé dans la lutte contre les djihadistes au Sahel. Idriss Déby Itno, décédé à 68 ans, dirigeait le Tchad d’une main de fer depuis 30 ans. Il a été tué par les rebelles le 19 avril en allant commander lui-même son armée au front, selon N’Djamena. L’autorité électorale avait proclamé le soir même sa victoire pour un sixième mandat à la présidentielle du 11 avril, avec près de 80 % des suffrages, mais ce n’est que le lendemain que le CMT a annoncé sa mort.

Mahamat Déby, à la tête du CMT composé de 14 autres généraux parmi les plus fidèles à son père, s’était aussitôt autoproclamé président de la République pour la période de transition.

Ce qu’a fait le CMT jusqu’à présent

Sous la pression internationale, la junte a nommé un « gouvernement de transition » de civils le 2 mai avec pour chef Albert Pahimi Padacké, le dernier Premier ministre de feu Idriss Déby. Puis le CMT a promis de « nommer » également les membres d’un Conseil national de transition (CNT), qui devra faire office d’organe législatif durant la transition, désignation qui se fait attendre.

Ce que demande l’UA

L’Union africaine a exigé jeudi également que « les autorités de la transition mettent en place de toute urgence le CNT comme prévu […] avec un mandat clair et précis pour, entre autres, rédiger une nouvelle Constitution ».

Elle demande aussi au « président » et aux membres du CMT de « respecter l’engagement qu’ils ont pris de ne pas se présenter ou de ne pas prendre part aux prochaines élections libres, justes et crédibles à la fin de la période de transition ».

Enfin, le CPS « exhorte le gouvernement de transition à accélérer le processus d’organisation d’un dialogue national inclusif et transparent et d’une réconciliation nationale […] sous les auspices du Premier ministre, dans les trois prochains mois ».

Et de « donner la priorité à la promotion, la protection et la sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales de tous les Tchadiens […] en particulier la liberté d’expression et de réunion pacifique ».

Sous le maréchal Déby comme sous Mahamat Déby, les manifestations de l’opposition la plus critique, qui dénonce « un coup d’État », sont systématiquement interdites et empêchées par des forces de l’ordre massivement déployées qui répriment violemment toute tentative de rassemblement.

Pour information, le même jour, jeudi 20 mai, le Parlement européen a condamné la prise du pouvoir par les militaires, lors d’une session parlementaire à Bruxelles. Les députés européens ont appelé les militaires à un retour à l’ordre constitutionnel, dans une résolution votée par 635 voix sur 693. « Par notre voix, l’Europe demande à la junte de permettre des élections le plus rapidement possible. Et nous serons vigilants à ce que la diplomatie européenne s’emploie à convaincre ses partenaires tchadiens d’honorer leurs droits démocratiques », a averti le député français Mounir Satouri.

Source : Le point.fr

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