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Que sont-ils devenus… Issa Mariko :Successeur de Mariko, prédécesseur de Zarawana à la tête de l’AEEM

Après la dissolution de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (Uneem) par le régime de Moussa Traoré en 1980, pendant pratiquement 10 ans, il n’y avait pas de syndicat pour défendre les intérêts matériels et moraux des élèves et étudiants du Mali. C’est plutôt l’Union nationale des jeunes du Mali (UNJM) qui avait pris le relais dans les différents établissements scolaires. Elle était la branche juvénile du pouvoir central, l’UDPM. Le besoin ne s’est-il pas fait sentir pour demander de meilleures conditions d’études ? Surtout que le vent de la démocratie avait commencé à souffler avec la création des associations Adéma et Cnid. C’est ainsi que le 27 octobre 1990, l’AEEM fut créée à l’issue d’une assemblée générale. A partir de cette date et devant le Tribunal de l’Histoire, il sera retenu que l’AEEM a joué un rôle prépondérant dans l’avènement de la démocratie. A l’époque le mouvement estudiantin dirigé par Oumar Mariko, avec comme lieutenants Hamadoun Bah, Baber Bocoum, Yaya Karembé, Moussa Balla Diakité. Il revendiquait l’amélioration des conditions de vie et d’études. Les rounds de négociations entre le gouvernement et l’AEEM n’ont pas permis d’accorder les violons. Finalement les élèves prirent la rue et ont projeté des actions pour se faire entendre. La suite est connue. Ce petit rappel a pour but de rappeler la genèse de la lutte de l’association estudiantine, et annoncer par la même occasion notre héros de la semaine Issa Mariko qui a pris les rênes de l’AEEM à l’issue d’un congrès ordinaire le 4 janvier 1992 au lycée Badalabougou. Quelle différence entre le mouvement estudiantin d’hier et celui d’aujourd’hui ? Pourquoi les sites universitaires sont devenus des théâtres d’affrontement ? La politisation de l’AEEM ? Son avis sur la situation politique du pays ? L’ancien secrétaire général estudiantin signe son passage dans la rubrique “Que sont-ils devenus ?”

‘élection du camarade Issa Mariko a coïncidé avec la période faste des élèves et étudiants au Mali qui étaient alors considérés comme les enfants gâtés de la République parce que chacun était convaincu de leur contribution décisive dans la chute du régime dictatorial de Moussa Traoré. Cette mentalité, cultivée au demeurant par certains hommes politiques, a contribué à mettre les bâtons dans les roues du pouvoir de la Transition dirigée par Amadou Toumani Touré. L’AEEM tenait à la satisfaction intégrale de son mémorandum.

Ce qui fait que les premières heures de l’ère démocratique ont enregistré beaucoup de crises, qui se grefferont également dans le cœur de l’AEEM. Les élèves vont s’entredéchirer, parce qu’ils ne s’entendaient pas sur la conduite du mouvement déclenché par certains problèmes : la situation des écoles privées, la moyenne pour les bourses au niveau secondaire, etc. A un moment donné, le secrétaire général Issa Mariko était même monté au créneau pour dénoncer sur les antennes de l’ORTM certains comportements de ses camarades, tout en précisant que les négociations pouvaient continuer, pendant que les cours continuaient. Cette sortie du premier responsable de l’AEEM a été assimilée à une manipulation du pouvoir central, dont l’association estudiantine était le goulot d’étranglement.

Le putsch

Les comités AEEM les plus influents intensifièrent la pression sur Issa Mariko dans les différents établissements. A l’issue d’une assemblée générale extraordinaire, le bureau de coordination a été remplacé par le Comité de transition des élèves et étudiants du Mali, avec comme tête de proue Bakary Koné, Makan Konaté du lycée Askia Mohamed, les secrétaires  généraux  de l’Ecica et du lycée de Jeunes filles.

C’est cette transition qui aboutira à l’élection d’un certain Yéhia Ould Zarawana. Aujourd’hui Issa Mariko se souvient de ces moments de turbulences. “C’est surtout l’usage de la violence, et l’absence de débats véritablement démocratiques dans le fonctionnement de l’AEEM qui ont motivé mon départ de la tête du mouvement”.

Il déplore aujourd’hui l’usage de la violence lors du renouvellement des bureaux et l’absence de comités directeurs pour donner une orientation aux actions de l’Association. Parce qu’il n’est pas bien indiqué que le bureau de coordination prenne seul toutes les initiatives sans consulter la base. Autrement dit, le fonctionnement de l’AEEM a toujours été démocratique. L’élection au niveau du comité se faisait lors d’une assemblée générale, poste par poste. Pour le congrès, c’est les délégués qui venaient et cette élection était aussi démocratique.

Le comité directeur était l’instance entre les congrès. Le bureau de coordination exécutait les décisions du comité directeur, donc le débat était toujours franc. Faisant le parallèle entre l’Association hier et aujourd’hui, l’ancien secrétaire général assure que l’ADN demeure le même, seulement le contexte a changé, précise-t-il.

Jadis les responsables étaient cantonnés sur la satisfaction de leurs revendications. De façon intelligente, il n’a pas voulu apporter de jugement sur l’AEEM d’aujourd’hui. Cependant, il soutient ne pas connaitre le mouvement en profondeur. Mais en sa qualité de président du Cercle de réflexion et de solidarité des anciens de l’AEEM, il ne cesse d’inculquer des  directives à ses cadets pour les aider à tirer profit de leur expérience, tout en reconnaissant qu’ils ont aussi commis des erreurs par le passé.

S’agissant des affrontements sur les sites universitaires, Issa Mariko est formel que ces espaces ne sont sécurisés. Il y a la consommation d’alcool et de stupéfiants qui contribue dangereusement à l’augmentation de la violence. Et il appartient aux autorités publiques de prendre leur responsabilité pour sécuriser l’espace scolaire et universitaire. Logiquement il  condamne l’utilisation des armes à feu et des machettes.

Des comportements qui doivent être punis avec la dernière rigueur. Parlant de la politisation l’AEEM, l’ancien secrétaire général de l’AEEM dit que c’est un procès d’intention sinon qu’au tout début, le mouvement a toujours été jaloux de son indépendance.

“Le mouvement s’est toujours considéré comme un syndicat qui est là pour revendiquer les intérêts matériels et moraux des élèves et étudiants du Mali. L’AEEM n’est la jeunesse d’aucun parti politique comme l’Uneem. On peut plutôt parler de l’instrumentalisation du mouvement par les partis politiques comme tous les syndicats au monde. Les pouvoirs politiques tentent toujours d’instrumentaliser les syndicats à leur manière. Donc l’AEEM n’est pas à l’abri de ce phénomène, mais il appartient aux responsables du syndicat de veiller sur  leurs intérêts matériels et moraux, même s’il faut souvent utiliser les politiques pour atteindre cet objectif”, indique Issa Mariko.

Un battant

Issa Mariko a abandonné l’école en 8e année du second cycle fondamental, pour vendre de la cigarette au marché Dabanani. Après il fit un tour au Niger chez sa mère, à la recherche d’un fonds de commerce auprès de ses oncles. La chance lui sourit pour avoir rencontré un professeur d’université, qui dit clairement à sa mère qu’il serait injuste de garder Issa dans une boutique. Parce que son intelligence est une promesse de bel avenir. Comme l’année scolaire était déjà avancé, le professeur le maintient à la bibliothèque de l’université, où il apprend la reluire des documents.

Sa familiarisation avec les étudiants lui redonne le goût de l’école. En novembre 1985, Issa Mariko est inscrit en 9e A,  à l’école Saint Martyrs de l’Ouganda de la mission catholique de Bougouni. Admis au DEF et orienté au lycée local, où il obtient le bac pour faire son entrée à l’Ecole nationale d’administration, option “administration publique”. Très courageux il crée un  journal “Le Messager” pendant ses études. Ce qui lui donne le désir de continuer  dans la presse après ses études. Mais cette tentative pour manipuler la plume finira par l’abandonner.

Boudant l’administration publique, Issa Mariko choisit le secteur privé pour gagner sa vie. Dans ce monde, il dit avoir eu du mal à décrocher les marchés de l’Etat, parce qu’il n’était pas prêt à accepter la règle des 10 %. Cette aventure fut également un fiasco. Détenteur d’un diplôme de l’Académie de sécurité professionnelle (ASP-Mali), il est administrateur de sécurité et de sûreté. C’est ainsi qu’il crée le Centre sahélien de sécurité qui n’aura pas le temps de prospérer. Issa Mariko est appelé en 2016 pour assurer les fonctions de directeur général adjoint du Centre national de promotion du volontariat. Poste qu’il occupe à présent.

Agé de 54 ans, marié et père de trois filles, dont deux adoptives, dans la vie, Issa Mariko aime l’agriculture, la marche à pieds. Il déteste la malhonnêteté.

Que pense-t-il de la situation politique du pays ? L’ancien leader donne son avis sans fioritures : “La situation actuelle du Mali est loin d’être une fatalité. Il faut rassembler l’ensemble des forces vives pour s’unir. A quelque chose, malheur est bon. Cette crise doit donner le déclic parce qu’après pratiquement 6 mois d’embargo, le pays parvient à gérer l’essentiel. Au sortir de cette crise, la rigueur actuelle dans la gestion doit être poursuivie et on demande aux autorités de la Transition de ne pas perdre de temps. Il n’appartient pas à une Transition de refonder l’Etat, elle doit poser les bases et le président qui sera issu des élections à venir sera élu sur la base d’un projet de refondation. L’orgueil patriotique ne suffit pas pour gérer un pays sinon si ça ne tenait qu’à cet orgueil, on allait trouver qu’on a libéré le pays et qu’on a réglé tous les problèmes”.

O. Roger avec Marie Dembélé

Source: Aujourd’hui-Mali

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