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Persistance des attaques terroristes: l’option du dialogue renvoyée aux calendes grecques

Depuis quelques mois, nous assistons à une recrudescence des attaques terroristes au Mali. Ces attaques, en plus de viser les FAMa et leurs alliés, ciblent aussi les mouvements signataires de l’Accord pour la paix et les populations civiles. Parallèlement, nous assistons à une montée en puissance de notre outil de défense nationale (armée malienne) qui inflige de plus des plus des défaites cinglantes aux groupes armés terroristes sur l’ensemble du territoire. Dans ce contexte, est-il encore possible d’initier un dialogue avec les djihadistes conformément à la volonté populaire exprimée lors du DNI ? Si oui, est-ce souhaitable en ces moments où la peur semble changer de camp ? Quelle peut être l’issue d’un tel processus au regard des objectifs poursuivis par l’État malien et par les djihadistes ?

 

Jusqu’en 2020, la question du dialogue avec les groupes d’expression jihadiste a constitué une sorte de zone grise, voire un tabou, qui cristallise et interroge les contradictions entre les acteurs de la crise malienne ainsi que leur impact tant sur la trajectoire de la violence ainsi que sur la résolution du conflit.

Mais à partir de janvier 2020, les autorités nationales ont officiellement envisagé l’idée de traiter avec certains groupes terroristes, si cela peut contribuer à faire cesser les violences dans certaines régions du pays.

L’objectif de l’instauration d’un tel dialogue serait, en premier lieu, d’assurer aux populations une baisse des tensions dont elles sont les premières victimes, via l’obtention de cessez-le-feu locaux et d’accès facilités pour les convois humanitaires à destination des régions où la Katiba est active.

La nécessité

Cette position est justifiée, dans le plus clair du temps, par les énormes pertes humaines et matérielles que causent les djihadistes.

En fait, il s’agit d’une impérieuse nécessité d’arrêter l’hémorragie, par une voie autre que celle de l’usage de la force qui a montré ses limites.

Ce, d’autant plus que si la rébellion s’est officiellement rangée du côté de la République, il n’en demeure pas moins qu’elle est taxée d’accointances douteuses avec certains groupes terroristes.

Si l’intervention française au Mali de 2013 avait permis aux Forces armées maliennes de chasser momentanément ces groupes du centre du pays, la situation s’est fortement dégradée depuis 2015 et les forces djihadistes ont commencé à réoccuper la zone.

En 2012, la divergence de vues entre le Mali et ses partenaires, d’une part, et les acteurs de la crise malienne, d’autre part, avait mis le processus dans l’impasse.

L’intérêt affiché pour

le dialogue

Filament, c’est le Président IBK, lui-même, qui juge que la lutte antiterroriste et le dialogue avec les chefs jihadistes ne sont pas antonymes. Un changement radical de position quand on sait que les autorités nationales refusaient jusque-là, du moins officiellement, tout dialogue avec les terroristes, même si officieusement, des tentatives de médiation avaient toutefois été engagées par le passé.

Au cours d’une conférence animée en janvier 2020, le Haut représentant du Président Ibrahim Boubacar KEITA pour le Centre, Dioncounda TRAORE, a révélé avoir mandaté des personnes pour prendre attache avec Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa, chefs respectifs du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GISM) et de la katiba du Macina.

Devant l’absence de retour, le Haut représentant du Président pour les régions du Centre a indiqué avoir décidé d’envoyer de nouveaux émissaires.

Filament, c’est le Président IBK, lui-même, qui juge que la lutte antiterroriste et le dialogue avec les chefs jihadistes ne sont pas antonymes.

Des initiatives de dialogue

Peu à peu, l’idée de ce dialogue avec les djihadistes a fait du chemin pour s’emparer de l’ensemble national.

Pour sortir de la crise actuelle, l’Accord pour la paix et la réconciliation issue du processus d’Alger, signé le 15 mai et le 20 juin 2015, à Bamako, a proposé l’ouverture d’une série d’espaces et d’initiatives de dialogue dont la tenue d’une Conférence d’Entente Nationale (CEN).

Lors de son discours à la Nation le 31 décembre 2016, le Président de la République a annoncé la tenue de la CEN à Bamako au mois de mars 2017. Chose promise, chose due.

Clôturée le dimanche 2 avril 2017 au Palais de la Culture ‘’Amadou Hampaté Ba’’ sous la présidence du chef de l’État Ibrahim Boubacar KEITA, la Conférence d’Entente Nationale, dans ses recommandations, a invité le Gouvernement à ouvrir le dialogue avec les jihadistes maliens, notamment Iyad Ag Ghali, chef du groupe terroriste Ansar Eddine et son allié Amadou Kouffa.

« Négocier avec les extrémistes religieux du nord, notamment Iyad Ag Ghali en préservant le caractère laïc de l’État », indique l’acte de la Conférence d’Entente nationale.

Une demande précédemment faite par l’opposant politique, Tiébilé DRAME, Président du PARENA et par Mahmoud DICKO, Président du Haut Conseil Islamique (HCI).

À la suite de cette recommandation, le gouvernement avait mis en place une commission de bons offices dirigée par l’imam Mahmoud DICKO.

La Mission de « bons offices » à Kidal

Mi-2017, ce chef religieux avait été mandaté par l’ex-Premier ministre, Abdoulaye Idrissa MAIGA, pour mener une mission de « bons offices » à Kidal, où l’État était alors absent, et dans le Centre, où les groupes jihadistes ne cessaient d’étendre leur influence. Pour cette mission officielle, il disposait d’un bureau à la Primature et un budget lui avait été alloué. Celle-ci a pris fin après la nomination à la tête du gouvernement de Soumeylou Boubeye MAIGA, le 31 décembre 2017.

Quelques années plus tard, en décembre 2019, les travaux du Dialogue national inclusif (DNI) aboutissent à la même recommandation. Cette rencontre qui a regroupé l’ensemble des acteurs de la vie nationale, de l’intérieur et de l’extérieur du pays, a invité le Gouvernement, au niveau de la thématique N° 1 relative à la Paix, sécurité et cohésion sociale, les participants ont invité le Gouvernement à engager le dialogue avec Amadou Koufa et lyad Ag Ghali pour ramener la paix au Mali.

Conforment aux conclusions du DNI, le Mali officiel assume publiquement sa disposition à dialoguer avec les chefs de la nébuleuse terroriste qui ensanglante le Nord et le Centre du pays en vue de parvenir à une paix durable.

Dans une interview exclusive accordée le lundi 10 février 2020 à RFI et France 24, à Addis-Abeba, le Président IBK reconnaît pour la première fois l’ouverture d’un dialogue avec les chefs jihadistes Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa.

Le pied dans le plat

La visite du 26 octobre 2020 met un arrêt à ce processus. En effet, arrivé à Bamako, le 25 octobre, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a estimé, qu’un dialogue n’était pas possible avec les groupes djihadistes, une position qu’a immédiatement nuancée le chef du gouvernement malien de transition.

« Disons les choses très clairement : il y a les accords de paix et puis il y a les groupes terroristes qui n’ont pas signé les accords de paix. Les choses sont simples », a déclaré devant la presse le chef de la diplomatie française. Le premier haut responsable français à se rendre au Mali, depuis le coup d’État du 18 août, interrogé sur les possibilités d’un dialogue avec les groupes liés à Al-Qaïda et au groupe État islamique, il a ajouté que la position de la France était également celle « des pays du G5 Sahel, c’est la position de la communauté internationale, c’est la position du Conseil de sécurité » de l’Onu.

À ses côtés, le Premier ministre, Moctar Ouane, a toutefois immédiatement rappelé que le « dialogue national inclusif », vaste concertation nationale tenue fin 2019 au Mali, « a très clairement indiqué la nécessité d’une offre de dialogue avec les groupes armés » djihadistes.

L’option de nouveau

sur la table

Avec le départ annoncé de Barkhane, la question du dialogue avec les djihadistes reprend son chemin au Mali.

Le 9 octobre 2021, à la suite de la libération de la religieuse d’origine colombienne Gloria Cecilia Narváez Argoti, détenue depuis février 2017 par le GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans d’Iyad Ag Ghali), le gouvernement a indiqué que cette libération rentrait dans le cadre des négociations entreprises avec les djihadistes.

Le ministre des Affaires religieuses a même approché le HCI, le Haut conseil islamique, pour négocier avec les djihadistes, et tout ceci sous l’autorité du gouvernement de la République du Mali.

Mais quelques semaines après la réactivation du processus, coup de théâtre, le gouvernement se rétracte.

Dans un communiqué diffusé le 23 octobre, le Premier ministre s’inscrit en faux contre l’information selon laquelle Bamako allait discuter avec deux groupes terroristes liés à Al-Qaida.

Suite à cette annonce, le Dr Ibrahima SANGHO de L’Observatoire des élections et la bonne gouvernance au Mali dénonce un rétropédalage de la part du gouvernement et rappelle que l’idée de négociation avec les groupes djihadistes maliens remonte notamment à la conférence d’entente nationale qui s’est tenue début 2017. Ensuite, lors du dialogue national inclusif de 2019, a-t-il poursuivi, une recommandation a été faite en ce sens.

Par ailleurs, les autorités de la transition ont toujours dit qu’elles allaient prendre en compte les recommandations du dialogue national inclusif, y compris les négociations avec les djihadistes.

D’ailleurs, lors de sa prestation de serment en juin dernier, le colonel Assimi Goïta avait dit qu’il mettrait en œuvre les recommandations du dialogue national inclusif qui s’est tenu en 2019 dont l’un des points majeurs est relatif aux négociations avec les groupes djihadistes maliens, notamment avec Iyad Ag Ghali du GSIM, et Amadou Kouffa de la Katiba Macina.

Le gouvernement a-t-il eu peur des réactions de ses partenaires étrangers opposés au dialogue avec les djihadistes ?

Difficile de ne pas répondre par l’affirmation quand on sait que Bamako a toujours reçu la pression de Paris et de Washington à chaque fois qu’il a été question de dialoguer avec les groupes terroristes.

De l’avis d’un observateur, c’est la communication à grande échelle qui eut raison de ce processus qui était parti pour être une véritable chance pour la paix au Mali.

Mais curieusement, certains partenaires, à l’image des USA qui ont utilisé le même procédé sous d’autres cieux se sont opposés à cette volonté du Peuple Malien exprimé lors du DNI.

Quelle peut être l’issue d’un tel processus

Il est difficile de se projeter sur l’issue d’un tel processus au regard des objectifs poursuivis par l’État malien et par les djihadistes.

D’ailleurs, on peut se demander si les groupes terroristes sont dans la logique d’une telle négociation face à la récurrence des attaques contre les positions des FAMa et des mouvements signataires de l’Accord avec son corollaire de victimes civiles et de personnes déplacées.

Alors que tous les observateurs pouvaient légitimement s’attendre à une baisse du taux de violence après le départ annoncé de la France du Mali, nous avons eu droit à une croissance inquiétante de cette violence.

Pourtant, le départ de la force Barkhane était l’une des principales revendications des terroristes.

Ce qui prouve que ces terroristes qui n’ont ni renoncé à la violence ni à leur projet malgré la demande réitérée des autorités maliennes de dialoguer. De manière plus générale, ces groupes rejettent de manière explicite le fait démocratique, la laïcité, la modernité occidentale, laissant très peu de chance aux responsables d’un Etat de droit d’obtenir un compromis acceptable.

Rapport de force

Il importe, selon les spécialistes, de considérer l’équilibre des forces lors de l’ouverture d’un dialogue entre deux parties au conflit. Or, en l’état actuel de la situation, les autorités maliennes qui avaient été les premiers demandeurs semblent être visiblement en position dominante du point de vue sécuritaire dans les zones sous influence djihadistes depuis quelques mois.

Alors on peut se demander si le Gouvernement est toujours dans la logique d’un tel dialogue.

N’est-il pas en train de tout mettre en œuvre pour affaiblir sérieusement ces protagonistes de la crise avant tout dialogue ?

En tout cas, depuis le mois de décembre 2021, la peur semble changer de camp et l’armée malienne ne recule plus devant l’ennemi.

Pour ce faire, il revient plus tôt aux groupes terroristes de demander l’instauration d’un dialogue face à la montée en puissance de l’armée.

D’ailleurs, il nous revient que sur le terrain, des combattants terroristes commencent à rendre les armes.

C’est pourquoi, on peut affirmer sans risque de se tromper que dialogue est renvoyé aux calendes grecques.

Par Abdoulaye OUATTARA

Source : Info-Matin

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