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M5-RFP: Back In business

Le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des Forces patriotiques (M5-RFP) vit son meilleur âge. Alors qu’il avait été déclaré par l’un de ses anciens membres « mort de sa belle mort », le regroupement qui a contribué à la chute de l’ex Président IBK avant d’être écarté de la transition revient au cœur du jeu. Principal déclencheur de ce retour en grâce, le renversement des autorités par le Colonel Assimi Goïta, confirmé depuis comme nouveau Président de la transition par la Cour constitutionnelle. Le M5, qui a longtemps exigé une rectification, et encore hier principale épine dans les pieds des militaires de l’ex junte, fait désormais route avec eux pour la suite. La Primature lui a été attribuée et il joue gros.

La politique, c’est le champ de tous les possibles, dit-on très souvent. Cela se concrétise encore une fois au Mali, à la lumière des derniers évènements survenus dans le pays. En une petite semaine, les changements au sommet auront été radicaux. Après avoir reçu l’onction des juges de la Cour constitutionnelle, le Colonel Goïta a très rapidement pris la décision de confier le poste de Premier ministre au M5, mouvement jusque-là resté en marge de la gestion de la transition. Annonce faite au cours de différentes rencontres avec les acteurs sociaux et politiques et réitéré à son retour du sommet de la CEDEAO, le 31 mai.

« Nous avons souhaité et nous demandons votre soutien à ce que le poste de Premier ministre revienne au M5-RFP. Le Premier ministre aura pour mission de mener une large consultation entre les différents regroupements. Tous les Maliens seront concernés en vue de mettre en place un gouvernement de consensus et d’inclusivité », avait lâché le Colonel Assimi Goïta lors de sa rencontre avec la classe politique le 28 mai.

Le M5, qui était déjà dans des discussions au sein de son Comité stratégique, a fini par dévoiler officiellement, lors de son point de presse tenu le 29 mai, le nom du Président de son Comité stratégique, Choguel Kokalla Maiga, comme celui désigné pour prendre la tête de la Primature.

Pour ce dernier, à n’en point douter, les officiers, en renversant les anciennes autorités transitoires, ont opéré un processus qui « normalement doit nous conduire à la rectification de la transition ».

« C’était une demande forte du M5 depuis des mois. Nous sommes dans ce processus. Il n’en est qu’à ses débuts, il n’est pas encore totalement opéré. Pour qu’il le soit, le Comité stratégique et moi-même avons besoin de votre soutien, de celui de tous les Maliens », a affirmé samedi 29 mai devant les jeunes d’une coordination du mouvement à Bamako, celui qui a également appelé à « l’union sacrée entre tous les fils du Mali » et à une « alliance entre le peuple malien et son armée » pour faire face aux défis du moment.

C’est d’ailleurs pour cette raison que le M5 maintient son rassemblement, prévu pour ce vendredi 4 juin, pour relancer son appel à un sursaut patriotique autour de l’intérêt supérieur du Mali, parce que, l’a martelé le Premier ministre désigné, « aujourd’hui nous sommes convaincus que nous sommes majoritaires en République du Mali, mais ceux qui ne sont pas d’accord avec nous aussi sont des Maliens. Nous devons travailler pour le bonheur de tous les Maliens ».

Défis

S’il y a un point sur lequel tous les analystes et observateurs de la scène politique malienne s’accordent, c’est bien l’énormité des défis qui attendent le nouveau Premier ministre issu du M5-RFP, le mouvement qui a passé ces derniers mois à décrier la gestion du gouvernement mis en place.

« Les gens ont eu le temps de suivre ce mouvement. Il s’agit de réaliser maintenant tout ce qui a été clamé par ci et par là. Le premier défi, c’est donc la capacité du M5 à réaliser tout ce qui a été dit, dans la cohésion et surtout dans le rassemblement de l’ensemble de la Nation », affirme l’analyste politique Salia Samaké, pour lequel le M5 ne pourra pas tout faire à lui seul. Ce que semble d’ailleurs avoir compris très tôt le mouvement en prônant l’unité des Maliens quels que soient leurs bords politiques.

L’analyste politique Mohamed Ag Assory va plus loin. Pour lui, en acceptant la Primature, le M5 joue gros, car s’il n’arrive pas à apporter les solutions idoines aux défis inhérents à la situation du pays, dont entre autres la sécurité, les réformes et tout ce qui touche au quotidien des Maliens, il risque de connaître le même sort que le gouvernement précédent.

Le M5 a ses mesures de rectification de la transition, qui avaient déjà été soumises à l’ancien Président de la transition, Bah N’Daw. L’ancien Premier ministre Moctar Ouane avait quant à lui élaboré un Plan d’action qui devait le conduire jusqu’à la fin des 18 mois de la transition. Avec la nouvelle donne, la rectification de la transition semble imposer d’elle-même une nouvelle direction.

« Quand quelque chose ne marche pas, on le change. Si ce plan (le PAG de Moctar Ouane, ndlr) était bien adapté nous n’en serions pas là aujourd’hui. Il va de soi donc que c’est un nouveau départ, avec une nouvelle équipe, et nous estimons que le tandem Assimi – Choguel sera fécond pour sortir quelque chose de fiable », tranche Jeamille Bittar, membre du Comité stratégique du M5.

Une dynamique que soutient aussi Mohamed Ag Assory, pour lequel la suite de la transition devrait avoir une nouvelle Feuille de route, avec des objectifs réduits, qui se limiteraient à organiser les élections dans les délais impartis et à obtenir un consensus politique concernant les réformes électorales liées à l’organe qui sera chargé de ces élections.

Quelle marge de manœuvre ?

Une chose pour le M5 est de s’associer aux militaires, ce qui apparaît comme un retour à l’ordre normal des choses, quand on se rappelle que les seconds avaient déclaré avoir  parachevé la lutte du premier au lendemain du 18 août 2020, une autre est d’avoir réellement les coudées franches pour opérer des changements.

Pour Salia Samaké,c’est clairement aujourd’hui une donne embarrassante, du moment où l’ex CNSP a été dissous officiellement mais que c’est lui qui garde la majeure partie du pouvoir. En outre, l’application de certains points contenus dans les mesures proposées par le M5 risque de ne pas avoir l’aval des militaires et aussi d’une partie de la classe politique.

« Ils (les membres du M5, ndlr) ne peuvent pas réaliser l’intégralité de leurs mesures. Il n’en ont pas le temps. Ils ne peuvent que les réajuster », pense l’analyste politique, en insistant sur le fait que le M5 n’est attendu en priorité que sur les réformes.

« Ils doivent mettre en place les balises qui obligeront les autorités à venir à ne pas pouvoir se passer des réformes et à aller dans cette voie. C’est ce travail qui doit être fait, plutôt que de s’attaquer à des dossiers qui risquent de ne pas aboutir », prévient celui qui est convaincu que quelle que soit la volonté des nouveaux dirigeants de la transition, il n’y aura pas grand-chose à réaliser avec la situation actuelle au bout de 9 mois.

Une marge de manœuvre limitée. C’est également ce que pense Mohamed Ag Assory, qui est persuadé que la nouvelle cohabitation qui se dessine ne redistribuera pas les cartes, parce que le nouveau président de la transition, sorti gagnant du bras de fer qu’il avait engagé face aux anciens dirigeants, a renforcé le pouvoir de l’ex junte, qui gardera les ministères-clés du prochain gouvernement.

« Tout dépendra donc de la capacité du M5 à s’adapter et de sa capacité politique. Sinon, la junte demeure l’actrice principale, celle qui détient les différentes clés. Il va falloir faire des compromis avec les militaires mais aussi s’atteler à la tâche », analyse le Directeur du cabinet Tidass Consulting.

« Cela ne sera pas chose aisée et des tensions ne sont pas à exclure, parce que c’est toujours le cas quand un pouvoir est géré parc une coalition dont les membres ne sont pas forcément issus des mêmes tendances », s’alarme-t-il.

Mais, pour Jeamille Bittar, cela ne semble pas être outre mesure un obstacle pour le M5, parce que, avance-t-il, ce mouvement est dans un esprit de changement dans lequel l’ensemble des Maliens se reconnaît aujourd’hui et qu’il ne doit pas être vu sous le prisme de la composition de son Comité stratégique.

Cela semble donc signifier que même s’il arrivait que le M5 n’ait pas toutes les cartes en mains pour opérer des changements, le peuple reprendrait la main à tout moment.

Renouer avec les « anciens »

« C’est tous ensemble que nous devons conjuguer nos efforts pour réussir cette transition, qui, de mon avis, est comme une dernière chance pour le Mali, pour que nous puissions nous retrouver, poser les sous-bassements nécessaires pour les futures générations », prône l’ancien Président du Conseil économique, social et culturel, dont le siège de la compagnie de transport à Sogoniko sert depuis un moment de lieu de rendez-vous du M5.

Pour joindre les actes à la parole, il s’est d’ores et déjà engagé dans une dynamique de conciliation vers certaines personnalités qui se sont plus ou moins éloignées du M5 au fil des mois, à l’instar de l’Imam Mahmoud Dicko, Adama Diarra dit Ben le cerveau ou encore Oumar Mariko.

Cette démarche qui, même si, à en croire un autre membre du Comité stratégique du M5, Konimba Sidibé, n’émane pas d’un mandat de celui-ci, a été dictée par « conviction », n’étant « sous la tutelle de personne », précise M. Bittar.

Quoi qu’il en soit, l’Imam Dicko a annoncé sa présence au rassemblement du 4 juin et « quand on donnait sa capacité de mobilisation, le M5 ne pourra qu’en sortir gagnant ».

Une « démonstration de force » réussie ce vendredi constituera à certains égards un signal fort pour ce mouvement dans l’évolution des rapports de force, qui, avec les évènements en cours depuis le 18 août 2020, pourraient encore bien bouger.

Mohamed Kenouvi

Source: journaldumali

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