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Légitimités traditionnelles : Une valorisation bienvenue

La date du 11 novembre a été instituée comme la Journée nationale des légitimités traditionnelles. La décision, révélée à l’issue du conseil des ministres, fait suite aux rencontres qu’avaient eues le Premier ministre et le président de la Transition avec ces personnalités jouissant d’une certaine respectabilité au plan local. Nous avons fait réagir Dr Abdoulaye Sall, président du Cercle de réflexion et d’information pour la consolidation de la démocratie au Mali (Cri-2002) et Pr Ibrahima N’Diaye sur cette décision historique

Dr Abdoulaye Sall, président de Cri-2002 : «Une opportunité historique pour ressourcer notre système démocratique»

C’est une décision qui a été prise par le chef de l’état qui représente aujourd’hui les 22 millions de Maliens. Donc, nous pouvons dire que c’est une décision qui a été prise par le Mali et pour le Mali.

C’est une manière de rendre au Mali toute sa grandeur pour la simple raison qu’il est héritier de trois grands empires à savoir : l’Empire du Mali, l’empire Songhaï et l’Empire du Ghana. Qui dit trois empires, dit un État qui dispose d’un patrimoine culturel et patrimoine mémoriel extrêmement riches et variés, dont les détentrices sont les légitimités traditionnelles.

Il faut savoir que les légitimités traditionnelles englobent à la fois les familles fondatrices, les autorités traditionnelles qui sont les chefs de village, de quartier et de fraction qui sont nommés par des actes administratifs. Ils sont en réalité des auxiliaires de l’administration. Mais aussi les autorités coutumières, qui excellent dans un certain nombre de professions.

Il y a notamment les griots (maîtres de la parole), les forgerons, maîtres de la forge. Dans les domaines de la faune, de la flore et de la pêche, on parlera des pêcheurs, chasseurs, des Bozos et Somonos. S’il s’agit du domaine du cuir et de la tresse, on vous parlera de cordonniers, etc. Ensuite, il y a les autorités religieuses qui font également partie des légitimités traditionnelles.

Parce que quand on parle de religions, on parlera toujours de traditions islamique, catholique, protestante ou animiste. Cette décision est une opportunité historique que nous devrions saisir pour ressourcer notre système démocratique, notre dispositif de l’État de droit à la lumière des légitimités traditionnelles qui sont les détentrices de notre culture.Et quand on parle de culture, c’est l’enracinement en soi et l’ouverture aux autres.

C’est pourquoi, vous verrez dans le monde qu’aucune démocratie n’est identique à l’autre. C’est ainsi que la démocratie française est différente de l’américaine et celle-ci de l’allemande ou de la japonaise… Pour la simple raison qu’ils ont tous ressourcé leurs systèmes démocratiques, la co-construction de leur état de droit à la lumière de leurs cultures spécifiques.

Avec un chef de l’État, surtout en cette période de Transition, qui se bat pour la grandeur du pays ; il revient aux citoyens de se battre pour l’honneur de ce pays. Donc, il s’agit d’abord de comprendre ce que cela représente comme symbole pour le pays de voir comment nous pouvons réorganiser tout cela pour faire de nos légitimités traditionnelles, des légitimés du XXIe siècle.

Il ne s’agit pas de faire revivre les légitimités traditionnelles du temps de Soundjata Keïta, de Biton Coulibaly ou de Kankou Moussa. Mais plutôt de faire émerger des légitimités traditionnelles qui soient en phase avec les enjeux, les défis et les perspectives du IIIe Millénaire.

Pour cela, il y a la problématique d’abord d’être conscients que nous sommes un grand pays. Il faut pouvoir identifier les différents types de légitimités traditionnelles, faire la division du travail entre elles selon le principe de la subsidiarité.

Autrement dit, savoir ce que l’on peut attendre de chaque type de légitimités traditionnelles (les familles fondatrices, les chefs de village, de quartier et de fraction) pour la création de richesses et d’emplois, notamment ruraux pour les autorités coutumières. Mais, il faut également voir comment les autorités religieuses peuvent aussi jouer leurs rôles dans le sens de remparts pour la cohésion sociale, pour l’opérationnalisation de la devise de notre pays : Un peuple, Un but, Une foi.

Pr Ibrahima N’Diaye : «C’est une bonne chose à priori, si on les écoute et les considère »

Je sais qu’il y avait eu des réflexions et des études par le passé sur la question et ce sont eux-mêmes (les chefs traditionnels, Ndlr) qui demandaient cela. Donc, je considère que c’est une bonne chose a priori, si on les écoute et les considère. C’est toujours une bonne chose de réhabiliter nos autorités, mais pas seulement elles.

Très souvent, on se focalise sur les chefs de quartier, de village et on oublie les légitimités. Or, celles-ci aussi sont importantes parce que, ce sont elles qui servent de contre-pouvoir. Donc les «kamélén ton», «sounkourou ton», «dosso kountigui», «niamakala kountigui» … tous ceux-ci doivent faire partie. Il faut parler à la fois des autorités et des légitimités.

Ils restent dans leur rôle. C’est l’État moderne qui, en fait, avait fait abstraction de leur importance alors que la crise a montré le problème. Pendant cette crise, des représentants de l’état moderne ont fui. Alors qui est resté ? Le chef de village, les chefs des chasseurs « dosso kountigui » se sont battus pour sécuriser leurs villages jusqu’à ce qu’on les tue.

Traditionnellement, on se connaît et tout le monde a joué son rôle. Malheureusement, l’État n’a pas pris cela en compte très tôt pour jouer dessus jusqu’à ce qu’il y ait des tueries et autres.

Sinon, jadis, les Maliens ne s’entretuaient pas. On a tellement prêté le flanc que des étrangers, vagabonds, délinquants sont entrés sur notre territoire en se faisant passer pour desdjihadistes alors que ce sont des vendeurs de drogues et autres.

Pour moi, il ne faut surtout pas que les légitimés changent de rôle. Sous Ibrahim Boubacar Keïta, on avait parlé de réformes constitutionnelles, en disant qu’il faut les faire entrer au Sénat. Alors que l’idée même de Sénat dans un pays comme le Mali, selon notre histoire politique, est contraire à qui nous sommes.

Parce qu’ici, il n’y a pas question de racisme institutionnalisé. Aucune ethnie n’est supérieure aux autres. Il n’y a pas question de blanc ou de noir, de majorité ou de minorité au sens raciale du terme. Il faut qu’on crée un statut, et que ce statut leur reconnaisse le rôle qu’ils sont déjà en train de jouer.

Si on change leur rôle, en disant qu’ils deviennent conseillers à la présidence ou sénateurs, on va tout mélanger encore et compliquer la tâche. Il faut juste les reconnaître comme légitimités, comme autorités et juste travailler dans ce sens. Mais il ne faut pas changer leur mission.

Quelles que soient la démarche, les réflexions ou décisions à prendre,il faut reconnaître à la fois que les autorités et les légitimités sont, toutes les deux, les fondements de la vie institutionnelle chez nous. Ça toujours été le cas. Pour tout ce qu’on va construire, il faut qu’on respecte cela.

Ainsi, la société, dans ses fondements, sera stable et sur un terrain bien maîtrisé par les populations. L’état moderne a des problèmes, parce que les gens ne savent pas comment il fonctionne.

Aboubacar Traoré
Souleymane Sidibé

 

Source: L’Essor

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