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Le Niger, « laboratoire » de « Barkhane »

Tandis que la France ferme ses emprises militaires au Mali, elle se redéploie à Niamey pour « un partenariat de combat » avec l’armée nigérienne.

 

A Niamey, la capitale du Niger, sur le site logistique de la base aérienne projetée (BAP) de l’opération française « Barkhane », les conteneurs s’empilent. Ils arrivent du Mali voisin, où, depuis le début de l’année, la France ferme ses emprises militaires les unes après les autres. Les bases de Kidal, Tombouctou, Tessalit, Ménaka ont déjà été rendues aux forces armées maliennes. Il ne reste plus que la principale, la plus grande, celle de Gao, située à 450 kilomètres au nord de la capitale nigérienne.

Au moins 5 000 conteneurs, selon un logisticien, devraient avoir été transférés au Niger d’ici à la fin du mois d’août, au moyen de convois routiers géants. Des colonnes protégées par des éléments aériens – six drones armés de fabrication américaine Reaper, dix-sept hélicoptères et six chasseurs bombardiers Mirage 2000-D – stationnés à Niamey, ou N’Djamena, au Tchad.

Ce déménagement scellera la fin de l’opération « Barkhane » telle qu’on la connaissait. Une opération extérieure classique – « opex », disent les militaires – baptisée, le 1er août 2014, dans le sillage de l’intervention « Serval », lancée en 2014 par François Hollande pour stopper l’avancée d’une coalition opportuniste de groupes djihadistes liés à Al-Qaida et d’indépendantistes touareg qui avaient entrepris de tailler en pièces le Mali – une œuvre toujours en cours. Conformément à la décision annoncée le 16 février par le président de la République et chef suprême des armées françaises, Emmanuel Macron, « Barkhane » est morte. Le nom de la nouvelle opération n’est pas encore connu.

« Réarticulation des forces »
Face aux insurrections maliennes, qui nécessitent des réponses politiques, Paris avait depuis longtemps pris conscience de la nécessité d’adapter son dispositif au Sahel, taillé pour la lutte antiterroriste. Le premier coup d’Etat au Mali, en août 2020, confirmé quelques mois plus tard par un autre putsch de la même junte, a accéléré le tempo.

« Le cadre politique et les conditions nécessaires pour poursuivre l’engagement militaire français face aux groupes armés terroristes, aux côtés des forces maliennes, ne sont plus remplis. La France (…) a donc décidé de débuter la réarticulation de ses forces hors du territoire malien », peut-on lire sur le site du ministère des armées. Les autorités maliennes, désormais alliées à la société de sécurité privée russe Wagner, liée au Kremlin, veulent voir les forces françaises déguerpir au plus vite.

Effet collatéral de la fin de « Barkhane », l’acte de décès de la « Task Force Takuba » a été signé, vendredi 1er juillet, comme l’a annoncé l’état-major des armées. Celle-ci était née de la volonté de la France d’européaniser son intervention au Sahel. A Bruxelles, Paris avait eu du mal à convaincre ses partenaires d’envoyer certaines de leurs forces spéciales former des unités d’élite maliennes.

Avant son « détricotage », selon le mot d’un officier supérieur, « Takuba », placée sous le commandement de « Barkhane », rassemblait des soldats originaires de Belgique, de République tchèque, du Danemark, d’Estonie, de France, d’Hongrie, d’Italie, des Pays-Bas, du Portugal et de Suède. Sa montée en puissance, avortée, était planifiée jusqu’en 2024.

C’est tout le dispositif militaire français qu’il faut donc réorganiser. Huit ans après « Serval », il n’y aura bientôt plus un soldat français sur le sol malien. Resteront quelque 13 000 casques bleus de la Mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) – l’ONU vient de renouveler son mandat annuel –, qui n’affrontent les groupes djihadistes que lorsqu’ils sont attaqués.

« Niamey ne sera pas un nouveau Gao »
Paris refuse de parler d’échec militaire au Mali. Mais des leçons ont été tirées. La « Barkhane » « new look » du Niger, « réarticulé[e] », ne ressemble en rien à ce qu’elle était. Le mouvement de conteneurs sur la BAP ne signifie pas une translation à l’identique de la base de l’autre côté la frontière nigéro-malienne. Tous ces équipements, ou presque, prendront la direction de la France. « Niamey ne sera pas un nouveau Gao », insiste le commandant en chef adjoint de « Barkhane », Hervé Pierre, qui dirige la BAP pour quelques jours encore et arbore, depuis peu, deux étoiles de général sur son treillis camouflage.

Les caractéristiques du déploiement au Niger du 2e régiment étranger de parachutistes (REP), qui vient de prendre la relève du 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (RPIMa), illustre les changements tactiques concoctés par l’état-major français. A peine atterris à Niamey, les légionnaires partiront immédiatement vers la frontière malienne. Là, d’ouest en est, sur 300 kilomètres, de Labbezenga, sur les rives du fleuve Niger, jusqu’aux sables d’Ekrafane, les Nigériens, aidés de partenaires étrangers, bâtissent une ligne de défense contre les incursions djihadistes.

Des postes militaires de reconnaissance renforcés (PMR) ont été construits – ou sont en cours de construction – à Ayorou, Inates, Tiloa et Chinégodar. Le commandement nigérien pilotant l’opération militaire, nommée Almahou, est établi à Ouallam, dans la région de Tillabéri (ouest). Il y a trois ans, Niamey avait déjà tenté pareille entreprise de renforcement et de surveillance de la frontière. Mais les postes avancés, insuffisamment renforcés, avaient été submergés par les combattants de l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS).

Aujourd’hui, l’armée nigérienne peut compter sur l’appui de la France. Sur la BAP de Niamey, le colonel Tugdual Barbarin, du 3e RPIMa de Carcassonne, chef du groupement tactique du désert (GTD) « Bruno », décrit le changement d’approche : « On ne fait rien tout seuls, nous intervenons sous commandement nigérien. C’est du partenariat de combat », explique le colonel. Ce que son supérieur, le général Pierre, appelle « une inversion partenariale », décrivant le Niger comme un « laboratoire ». A l’en croire, « ce partenariat fonctionne très bien au niveau tactique, d’où la volonté de le porter au niveau supérieur ». « Cette approche est plus naturelle, efficace et vertueuse », ajoute l’officier.

Parallèlement, la volonté est d’enclencher un volet « développement » au service des populations, dès que la sécurité sera renforcée. L’Agence française de développement vient d’augmenter son enveloppe annuelle d’interventions de 100 à 150 millions d’euros. Cette aide sera mise en œuvre de manière aussi discrète que possible, une des leçons tirées du fiasco malien. A Bamako, l’opinion publique avait pris des accents de plus en plus antifrançais. Les rues nigériennes bruissent déjà des mêmes accusations de néocolonialisme.

Christophe Châtelot(Niamey, envoyé spécial)

 Source : Le monde.fr

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