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Hôpital du Mali : La grande désorganisation

Supposé atténuer la souffrance des malades, l’Hôpital du Mali inflige plutôt une autre peine aux usagers, surtout ceux venus pour le test de la Covid-19. La semaine dernière, des patients en sont venus aux mains avec des employés de l’établissement hospitalier. Dans son élan de solidarité, le Comité Syndical de la Santé, de l’Action Sociale et de la Promotion de la Femme de l’hôpital a observé un arrêt temporaire de travail. Affligeant !

 

Les faits ont défrayé la chronique la semaine passée. Chacune des deux parties impliquées dans la bagarre se présente en victime. Difficile donc de démêler l’écheveau dans cette histoire désormais portée devant la justice.

Selon les explications du chef du service social de l’Hôpital du Mali, Seydou Traoré, appuyé par Abdoul Kahar Traoré, le Secrétaire général du Comité Syndical, tout est parti du refus d’un usager de s’asseoir sur la chaise pour son prélèvement. Son motif étant que la chaise en question est infectée. A en croire toujours la version hospitalière, malgré les assurances de l’agent sanitaire, qui avait finalement décidé de passer à autre chose dans une autre salle du laboratoire, le visiteur se campe sur sa position et s’en va l’agresserUne version des faits battue en brèche par un membre de la famille principalement impliquée dans l’altercation.

En effet, d’après les explications de Mme Traoré Kadiatou Diarra, sa famille a plutôt répondu à une agression. A ses dires, ce sont d’abord les agents de soin qui les ont insultés en les poussant, leur disant de sortir et en même temps en leur donnant des coups. « C’est suite aux coups reçus qu’on a réagi en répondant à l’agression », relate celle qui ajoute qu’elle profitait d’une visite à un membre de famille hospitalisé pour faire son test Covid-19 en compagnie de son mari ainsi que d’autres membres de sa famille.

En s’exprimant sur le sujet, Dr. Traoré Fatoumata, médecin généraliste, estime que ce serait une faute grave de la part de l’agent de santé par lequel la bagarre est arrivée, si jamais les faits tels que relatés par la famille s’avère. Car pour elle, l’agent de santé doit rester digne de la profession.

Tout en dénonçant un tel comportement, notre interlocutrice s’est indignée et a aussi fustigé la prise de position “aveugle” du Comité syndical de l’hôpital pour défendre l’indéfendable. « Je suis indignée par rapport à l’attitude du personnel soignant. Ce sont des comportements qui salissent l’image de la profession médicale d’autant plus que les personnes impliquées dans cette affaire ne sont pas des médecins à ma connaissance. C’était surtout des agents de nettoyage et le laborantin. Et puis en notre nom, nous médecins, le syndicat prend la parole pour défendre des personnes qui ne doivent pas être défendues ».

Pour Dr. Traoré, le Comité syndical devrait d’abord chercher à mieux comprendre la situation avant de décider d’un arrêt de travail au nom des médecins. « C’est vrai que le syndicat représente le corps médical et les autres professionnels de la santé. Mais dans ces genres d’histoire, avant de se précipiter pour défendre, il fallait d’abord analyser les faits et les dires de la personne impliquée, être sûr que cette personne-là est défendable. Mais je ne suis d’accord qu’on défende une personne la tête baissée sur une fausse rumeur. Je ne suis pas d’accord avec le syndicat de mentir après avoir fait croire, au départ, à l’implication d’un militaire armé, de soutenir une personne qui ne serait pas à la première fois d’être impliquée dans une histoire pareille ».

Connaissant bien le milieu, elle déplore par ailleurs le comportement de certains agents des structures sanitaires maliennes. « Au fond, à chaque fois qu’il y a des histoires pareilles c’est toujours en grande partie suite au mauvais accueil, la désorganisation ».

Dans le souci de préserver une bonne image des services de santé et de la rendre encore plus enviable, Dr. Traoré Fatoumata fait savoir qu’à un moment donné, il faut que les structures de santé, les chefs d’hôpitaux prennent leurs responsabilités en sanctionnant ceux qui ne sont pas dignes de la profession. Car pour elle, ce n’est pas normal d’agresser ni verbalement encore moins physiquement le patient. « Les agents de santé sont là en priorité pour les patients. La prise en charge du patient doit être notre priorité et l’accueil c’est le premier soin de la part d’un agent de santé. Je suis donc indignée du comportement indigne des agents de santé impliqués dans cette affaire-là, qui ne sont pas des médecins, ainsi que de la prise de position du syndicat pour faire du chantage à la grève en notre nom ».

Malgré son indignation, la généraliste souhaite que cela serve de point de départ pour vraiment révolutionner le secteur de la santé dans la mesure où, d’après elle, cette histoire démontre qu’il y a un problème de fond dans toutes les structures de santé maliennes. « Que ça soit dans des cliniques privées ou les hôpitaux il y a des problèmes. Le problème d’accueil, le problème de relation avec les patients. Normalement quand on est soignant, on fait le métier par amour. Malheureusement beaucoup le font ici parce qu’à la fin du mois ils ont un salaire. Dans ce cas, on n’a pas l’amour du patient et du coup ça se ressent dans la façon de se comporter avec le patient. Donc vraiment il faut que le personnel soignant comprenne que la priorité c’est la prise en charge du patient ».

 

Alassane Cissouma

Source : Mali Tribune

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