Le Dr Oumar Mariko a été l’un des initiateurs et membres fondateurs de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM), organisation syndicale de la jeunesse scolarisée dont il a été le secrétaire général du 27 octobre 1990 au 31 décembre 1991. Après la chute du président Moussa Traoré, le 26 mars 1991, il a participé pour le compte de l’Association des Elèves et Etudiants de Mali, au Comité de Transition pour le Salut du Peuple (CTSP) présidé par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré. Secrétaire Général du parti SADI jusqu’en 2014, Dr Oumar Mariko a été candidat aux élections présidentielles de 2002, 2007, 2013 et 2018.
L’ancien député élu à Kolondièba a été un ténor du M5 RFP dont les fortes mobilisation ont affaibli le pouvoir du président Ibrahim Boubacar Kéita jusqu’à la chute du régime par une intervention militaire le 18 août 2020. Le leader politique, président du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (SADI) est un opposant qui ne manque de critique contre le pouvoir de transition au Mali. Dans la présente interview, il indique, «Les manœuvres sont en cours pour établir les liens entre le pouvoir de GOITA et les oligarques russes, turcs arabes etc… Ceci se passe au moment où l’Occident notamment la France est décriée dans l’opinion publique malienne, africaine et internationale à cause de sa politique impérialiste». Pour l’enfant de Kolondiéba, la France est complice de la gestion désastreuse du Mali. « La France à la tête de la nébuleuse communauté internationale s’est rendue complice de la gestion désastreuse du Mali par les régimes successifs depuis 1991. Ses accointances avérées avec les mouvements séparatistes Touaregs, la politique militariste qu’elle a imposée au Mali ont fait le lit du djihadisme national», selon Dr Oumar Mariko. L’homme politique malien déclare que le pouvoir en place «a passé une alliance sans bruit avec les partis traditionnels comme l’ADEMA/PASJ, l’URD, l’ASMA, et d’autres historiques mais non significatifs comme le MPR, le CNID etc». Interview à lire!
Le Républicain: Bonjour Monsieur le président de SADI là où vous êtes! Comment se porte l’homme politique, mais aussi le chef de famille obligé de s’en éloigner pour des raisons de sécurité ?
Dr Oumar Mariko: Merci de m’avoir donné l’occasion de dire deux mots à mes compatriotes. Avant de répondre a vos questions permettez moi de m’incliner devant la mémoire du professeur émérite Tieman Diarra pierre angulaire de ma thèse de médecine soutenue en 1993. Toute ma reconnaissance a cet homme affable, très profond d’une densité intellectuelle immense. Comme si le malheur ne vient jamais seul, j’ai appris le décès de notre camarade Harouna Barry. Vos colonnes ne suffisent pas pour me permettre de parler de ces deux hommes. J’espère que l’occasion se présentera pour que je parle d’eux de façon plus solennelle.
Indépendamment de cette situation, je me porte bien sur le double plan physique et moral. Grâce à la technologie j’arrive à vaincre la nostalgie des miens, familles , amis, camarades du parti et sympathisants. La nostalgie que je ressens est vite oubliée face à la misère et à l’horreur de la guerre que connaît mon peuple singulièrement ceux qui vivent dans les zones de guerre.
Peut-on affirmer sans risque de se tromper que le parti SADI est resolument dans l’opposition au pouvoir de transition ?
L’avènement de la transition actuelle est aussi l’œuvre du parti SADI, mais l’intrusion des militaires par un coup de force contre le régime est considérée par le SADI comme un putsch contre les forces insurgées dès lors que les militaires ont usurpé et confisqué le pouvoir. Après de vaines tentatives pour sauver ce qui peut l’être au service du peuple, le parti SADI analyse la situation actuelle comme une récupération politique par les cinq colonels des aspirations de la lutte du peuple malien […] Dans sa déclaration de juillet 2022 la direction du parti a suspendu toute participation aux rencontres organisées entre le Ministère de l’Administration territoriale et les partis politiques, et a exigé l’abrogation du projet de Constitution. Il s’est positionné également contre la création de l’Organe Unique de Gestion des Elections soutenant que l’administration et les services actuels de gestion des élections peuvent garantir des élections transparentes […] Le SADI s’est ainsi déclaré en opposition aux autorités actuelles en place et s’organise en conséquence.
Que pensez-vous des aspirations de souveraineté du peuple malien et de la défense de cette vision par le gouvernement d’Assimi GOITA ?
Le gouvernement de GOITA représente les intérêts du camp de la bourgeoisie parasitaire, des rentiers d’Etat à la recherche de partenaires étrangers. Les manœuvres sont en cours pour établir les liens entre le pouvoir de GOITA et les oligarques russes, turcs arabes etc… Ceci se passe au moment où l’Occident notamment la France est décriée dans l’opinion publique malienne, africaine et internationale à cause de sa politique impérialiste. La France à la tête de la nébuleuse communauté internationale s’est rendue complice de la gestion désastreuse du Mali par les régimes successifs depuis 1991. Ses accointances avérées avec les mouvements séparatistes Touaregs, la politique militariste qu’elle a imposée au Mali ont fait le lit du djihadisme national. Rappelons que SADI a largement contribué, avec ses mouvements de masse comme le Mouvement Populaire du 22 mars (MP22), les clubs Kayira, ses alliés que sont l’Association Malienne des Expulsés (AME), le Journal Sanfin en 2012 etc… à forger une opinion publique contre l’impérialisme français. Malheureusement ce formidable mouvement national révolutionnaire a été détourné par une partie du comité stratégique du M5 RFP et le CNSP au profit de nouvelles alliances impérialistes faisant de l’Occident l’unique responsable des maux du pays et de la Russie un fonds de commerce aux lendemains qui chantent. Les responsabilités de la classe dirigeante du Mali au pouvoir depuis l’avènement de la démocratie multipartiste sont passées en pertes et profits de cette lutte dite anti-impérialiste. Deux camps de la bourgeoisie parasitaire et des rentiers d’Etat se disputent le pays au nom du peuple, de la démocratie, de l’indépendance de la souveraineté au mépris et aux dépens des populations livrées à la guerre, à la famine, à la misère…Le parti SADI, prônant la démocratie populaire, se trouve donc aux antipodes de ces deux courants qui s’allient pour l’écraser où le réduire à sa plus simple expression. Les fortes pressions sur les dirigeants du parti SADI et la faible prise de conscience de classe du peuple, pourraient amener le parti SADI à nouer des alliances qui affecteraient dangereusement sa ligne politique juste, le livrant aux critiques destructrices des opportunistes de gauche et aux prédateurs de droite. Il est dommageable que la solidarité à son endroit soit aussi faible tout comme l’absence actuelle de solidarité dans son combat contre les autorités actuelles du Mali.
La jeunesse Malienne est-elle politiquement bien organisée, active et audible, dont le niveau de conscience et la citoyenneté ne souffrent d’aucun doute ?
Le niveau de conscience de la jeunesse malienne de façon générale est extrêmement faible. La jeunesse est organisée dans diverses associations de la société dite civile mais très peu dans les partis. Elle est une force aux mains des organisations non gouvernementales euro-américaines et des rentiers d’Etat nationaux qui les manipulent à souhait. De manière générale, la jeunesse malienne est sous l’influence des milieux financiers internationaux et nationaux ; elle est détournée d’un combat conséquent contre le système politique actuel. Elle mène des combats épisodiques, ponctuels guidés par des intérêts immédiats. Quant à la diaspora, il faut comprendre qu’elle est en émigration économique, que son souhait est de s’enrichir le plus rapidement possible. Elle est soumise à nombre de problèmes administratifs et autres et donc elle est dépendante de telle ou telle fraction des rentiers d’Etat. Comme la jeunesse en général, elle ne peut soutenir le parti SADI que de manière ponctuelle. Le parti comme le peuple, ne peut compter sur la diaspora aujourd’hui. Cependant si un parti a été à la pointe du combat pour défendre les droits des migrants dans le pays d’accueil et au Mali c’est bien le parti SADI avec le Réseau de communication Kayira. C’est la raison pour laquelle il faut approfondir le travail politique pour l’extraire des mains des oligarchies nationales réactionnaires et internationales. Le parti compte à son actif un mouvement de jeunes et des femmes actives au Mali qui est en train de reprendre l’initiative. Ils ont pris les noms prestigieux de Abdoul Karim Camara dit Cabal (leader étudiant assassiné par le régime militaire du général Moussa Traoré le 17 mars 1980) et Aoua Kéita une militante chevronnée dans la lutte pour l’indépendance, compagne de Mamadou Konaté et Modibo Kéita du Mali indépendant.
Parlez nous de votre compréhension de l’influence du djihadisme, quel danger représente-t-il pour la population du Mali ?
Le djihadisme au Mali est plus fondé sur la contestation de l’ordre injustement installé que sur la promotion d’un État islamique au contraire de ce que décrivent les médias occidentaux. Ce djihadisme national dont les combattants sont essentiellement issus du prolétariat rural trouve son support idéologique dans l’Islam qui devient leur guide idéologique à tort ou à raison. Il ne propose aucun projet de société, aucune alternative à l’ordre réactionnaire actuel. Sa démarche politique manque de visibilité et de lisibilité pour le progrès. Il compte mener un combat d’émancipation des forces sociales marginalisées pressurées par le gouvernement à travers le Coran et l’Islam. Sa détermination à en découdre avec l’ordre réactionnaire antidémocratique en place qui n’entend que la force des armes est remarquable. Ce mouvement manque d’orientation politique fondée sur une conscience de classe déterminant un projet de société et un programme politique pour construire une nation démocratique dont l’Etat serait au service du peuple. Sa contestation vigoureuse du système actuel ne fait apparaitre aucune alternative crédible au profit du peuple. Ce mouvement, du fait de son aversion contre l’injustice sociale imposée à la nation malienne et sa remarquable combativité, doit être l’objet d’une étude minutieuse pour entamer un dialogue fécond pour la paix.
Je crois en la vertu du dialogue, je l’ai de tout le temps prônée et traduite en acte. Je crois encore plus au dialogue qu’à cette guerre fratricide, dont les victimes sont les populations civiles, les soldats engagés sur le front, également les mouvements touarègues et djihadistes en tant que maliens. Le dialogue passe par des gens crédibles qui respectent leur parole. Ce sont ces éléments clefs qui manquent au processus de paix qui ne saurait se réaliser sans justice sociale. Cette guerre est la conséquence d’un système politique antidémocratique fait d’injustice sociale, d’abus de toute sorte et d’oppression économique des régimes successifs de 91 à celui d’aujourd’hui. Un dépassement de soi des acteurs est obligatoire pour aller à la paix, à l’unité nationale et à la démocratie.
Certains médias dénoncent l’influence de la Russie qu’en pensez-vous ?
Ce sont des guerres entre oligarchies européennes et américaines. Il ne faut jamais perdre de vue que notre siècle est marqué par l’exacerbation de la concurrence inter impérialiste pour le repartage du monde pour évincer l’un au profit de l’autre. Le 19e siècle c’était le partage du monde entre puissances impérialistes. L’existence de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) et des Démocraties Populaires ont atténué les luttes inter impérialistes et permis aux Etats post coloniaux de bâtir des nations à partir des Etats. Les combattants anticoloniaux étaient tous nourris à la sève bienfaitrice des idéologies de gauche. Les indépendances formelles réalisées, nos Etats ont eu beaucoup de mal à se débarrasser de l’hydre colonial sur le plan économique et diplomatique. Ils sont restés à l’état de semi-colonie n’ayant pas réussi à réaliser la déconnection avec l’économie coloniale, à cimenter les différentes nationalités pour réaliser l’unité nationale. Leurs efforts (parlant de ceux qui ont conduit à l’indépendance politique formelle) ont été sapés par la bourgeoisie nationale réactionnaire, succursale des firmes internationales qui a fini par s’accaparer du pouvoir avec son aile militaire qui est restée au pouvoir pendant 23 ans. Les luttes d’affranchissement du peuple de cette bourgeoisie réactionnaire ont toutes été réprimées, les tâches pour l’accomplissement de l’indépendance réelle, de l’affirmation de la souveraineté nationale avec la construction de la nation ont volé en éclats ouvrant la voie à l’extraversion complète de l’économie nationale (sous la férule de cette même bourgeoisie civile militaire gloutonne) appuyée par le FMI et la Banque Mondiale. Cette politique d’extraversion de l’économie du pays a sapé le fondement de l’unité nationale en construction, l’économie nationale pour faire de l’Etat un instrument gardien des intérêts privés internationaux et nationaux créant ainsi une minorité de repus parasitaires face à la misère généralisée. La seule réponse trouvée face aux revendications populaires a été la répression multiforme de la justice, de l’armée, des services de répression de l’administration, tous instrumentalisés par l’oligarchie prédatrice au pouvoir d’une part. D’autre part, après avoir favorisé l’émergence d’aristocrates à la tête des syndicats, procédé à la corruption de la société civile et des élections, la classe dirigeante actuelle constituée des différentes fractions du M5RFP, des partis politiques au pouvoir depuis 1992, du CNSP caporalisé par les putschistes, confisque les libertés d’expression et d’opinion. Elle se cache derrière les questions de souveraineté, d’indépendance dont elle n’incarne aucune vertu, elle cache sa responsabilité dans la faillite économique, ses alliances avec l’impérialisme qui est désormais pointé du doigt comme seul responsable de la crise structurelle que vit notre pays. Elle se mue en révolutionnaire anti impérialiste. Les relations désastreuses entre ces dirigeants et les peuples sont noyées dans une nébuleuse lutte anti impérialiste qui dilue les contradictions entre les peuples et leurs dirigeants. Les peuples restent soumis à une double exploitation que sont celles de l’impérialisme et de la bourgeoisie nationale. La répression féroce que subit le peuple fait remonter en surface tous les ingrédients qui brisent la cohésion sociale, l’unité nationale au profit de l’ethnocentrisme, le racisme, l’esclavage en plus de la paupérisation des travailleurs ruraux et de la ville. Ce tableau permet de mieux comprendre les enjeux nationaux, la portée des luttes en cours et l’idéologie dominante. L’oligarchie russe soutenue par son gouvernement est à la recherche de zones d’influence économique et politique en Afrique. Le gouvernement russe conteste être avec Wagner mais ne fait rien contre ses exactions. Les félicitations de l’ambassadeur russe lors de la rentrée « déguisée » des Forces armées maliennes à Kidal en dit long sur la complicité de l’Etat russe avec les autorités maliennes et Wagner. L’Ouest africain est en passe d’échapper des mains des européens (France), il devient compréhensible que leurs médias montent à l’assaut. Ce faisant, ils substituent l’occident à la Russie puisque pour l’un ou l’autre, l’Afrique n’existe qu’entre les jeux inter-impérialistes. Beaucoup dans les gauches africaines sont formatées par une telle approche réactionnaire. Il va sans dire que le sentiment anti français s’installe dans la conscience populaire.
Quelle est votre analyse du retrait des forces françaises «Barkhane » et «Takuba » sous commandement français ?
Le retrait de Barkhane est la réponse du constat d’échec fait par les autorités françaises. La contestation populaire malienne sous la poussée du parti SADI, du MDP et de quelques organisations de la société civile, a contribué à exacerber les contradictions politiques en France. Le retrait de Barkhane n’est nullement une décision anti impérialiste des autorités de la transition du Mali. Elles s’en sont servies comme trophée pour se faire accepter. Le retrait de Barkhane du Mali et l’abandon de la Task Force Takuba est le fruit d’une conjonction des forces politico-civiles maliennes, africaines et européennes. Une victoire du combat démocratique contre la présence militaire étrangère au Mali. En effet grâce au combat du SADI en 2011, du MP22, des hamallistes de Nioro (une confrérie soufie) en 2012 et plus tard du MDP, les populations maliennes ont pris conscience de la nécessité du départ des troupes françaises. A Gao, dans le plateau dogon à Mopti, partout les populations ont crié à l’inefficacité de ces forces à travers les organisations de la société civile, du parti SADI, du MP22 et du MDP plus tard. Ces mobilisations ont eu des échos en France auprès des gilets jaunes, des Insoumis, du Parti communiste. Cela a contribué à affaiblir le Président français l’obligeant à convoquer un sommet à Pau avec les chefs d’Etat du Mali, du Burkina, du Niger et du Tchad. Le SADI dans sa démarche pour fédérer les forces de contestation du régime et conformément aux résolutions de ses deux derniers congrès a intensifié son activité de regroupement des forces patriotiques démocratiques et populaires pour la constitution d’un front de gauche démocratique et populaire. C’est ainsi qu’est né le Mouvement Démocratique et Populaire (MDP). Ce formidable mouvement a regroupé plus de 30 organisations. Il fit son lancement sous la direction du Bureau Politique du SADI le 29 Novembre 2019 devant la Bourse du Travail. Le MDP ainsi créé organisa un meeting le 13 décembre 2019 devant la Bourse du Travail et un dernier le 10 janvier 2020 au monument de l’Indépendance. Tous ces rassemblements et les conférences de presse qui les ont précédées, ont exigé le départ des troupes françaises du Mali, le refus de l’installation d’une base militaire de la Minusma à Bamako, précisément à Badalabougou au flanc de l’ex lycée Badala et la mise en place du G5 Sahel. Toutes ces grandes sorties ont été entendues dans le plateau dogon, à Mopti, à Gao, à Kidal et ont nourri les mobilisations qui dénoncent l’inefficacité et l’inutilité de ces présences étrangères au Mali. Le MDP à la suite du parti SADI, prônait lors de ses sorties le dialogue avec toutes les forces armées au Mali pour le cessez le feu, la paix et la démocratie. Les autorités françaises étaient résolument opposées à toute forme de dialogue avec les djihadistes alors qu’elles ne ratent aucune occasion pour discuter avec ces mêmes djihadistes pour délivrer des otages, contre souvent des fortes sommes d’argent. Le MDP est devenu du coup une cible pour les autorités françaises qui n’ont pas tardé à taxer le leader du MDP de pro Russe jusqu’à faire courir le bruit que le mouvement aurait un financement russe. Ce qui est absolument faux. Le Président français Emmanuel Macron informa le 13 janvier 2020 le retrait de Barkhane du Mali lors du sommet des chefs d’Etat à Pau et annonça la création d’une force dénommée Takuba qui serait prise en charge par l’Union Européenne. Un masque tombe, on le remplace par un autre ! Ceci sonna comme une bataille gagnée dans le vaste combat contre le régime prédateur de IBK et de ses alliés occidentaux. En réaction à ce discours, la chasse aux militants anti-impérialistes s’intensifia sous différentes formes dans tous les pays du Sahel en proie à la contestation contre la présence des troupes françaises. Au Mali pour sanctionner les acteurs du mouvement et préparer la succession de IBK, le régime procéda à la dissolution de l’Assemblée Nationale mettant le leader du SADI hors du parlement ainsi qu’un autre député du parti au pouvoir hostile à la présence des troupes étrangères au Mali. Cette dissolution et la fraude qui s’en est suivie a exacerbé les contradictions internes au sein du régime et la contestation populaire. Le régime a entrepris auprès des autorités françaises la révision des termes de l’Accord de Défense. La France refusa, Macron devait régler ses contradictions internes avec son opposition à la veille de l’élection présidentielle. Notons également qu’après la chute du régime de IBK le 18 août 2020 et après la décision de la France d’évacuer ses troupes du Mali, la junte militaire entreprit les mêmes démarches de renégocier l’accord de défense. La France s’y opposant, la junte se jeta à la conquête de la direction du G5 Sahel que le Tchad lui refusera. La France qui abandonna ʺen plein vol leʺ CNSP et le M5RFP selon les propos du Premier Ministre malien aux Nations Unis fut accusée d’avoir incité le Tchad à refuser la direction du G5 Sahel, au Mali. Le mouvement de contestation populaire contre les interventions euro américaines en Libye, au Mali, venaient d’arracher une victoire démocratique dont les opportunistes du M5 RFP et la junte à la baïonnette, tentent de s’approprier la paternité. Cette confusion a été entretenue par une partie de la presse et les soutiens de la junte en quête d’arguments mobilisateurs des masses au Mali, en Afrique et en Europe. En fait sans risque de se tromper, les propagandistes de la thèse de la manipulation pour faire passer notre mouvement comme une émanation de la Russie, ont fait la meilleure propagande pour celle-ci en substitution aux occidentaux alors qu’il n’en était rien. Ce qui est dommage, c’est l’attitude des dirigeants des organisations africaines dites de gauche, des panafricains, qui nient le succès du combat héroïque de notre peuple en le présentant comme un trophée pour les putschistes. Ces forces du panafricanisme ou d’autres forces de gauche n’ont cure des relations entre les Etats africains et leur peuple, l’oppression et la répression que ces peuples subissent. Ils se noient dans une vision qui ramène notre combat strictement aux jeux de repartage du continent entre les oligarchies euro-américaines, russes et asiatiques pour ne pas parler de concurrence inter impérialiste. L’indépendance dans la lutte pour affranchir le continent de sa position de semi colonie est réduite à chercher la meilleure oligarchie, plutôt que de faire confiance aux populations, aux travailleurs opprimés qui se battent au quotidien. Cette démarche comporte un cynisme déconcertant.
Dans quelles mesures les forces démocratiques en France sont elles susceptibles de vous aider en terme de soutiens aux aspirations du peuple malien telles que vous l’entendez?
En fait, il s’agit d’aider le SADI à réaliser son programme d’implantation en cours, sa mobilité sur le terrain et sa communication. Aujourd’hui, le parti dispose de 11 radios FM et d’une télévision en ligne. Il faut renforcer ses divers supports de communication par la formation des camarades et l’acquisition de nouveaux moyens matériels de communication. D’autre part, aider à diffuser les informations du parti serait d’une grande utilité pour plus d’espace. En réalité, il serait correct de parler d’alliance idéologique, politique et stratégique à entretenir entre le SADI, les partis de la même obédience idéologique ou toute autre organisation qui travaille pour la paix, la justice sociale. Cette solidarité, ces alliances politiques au-delà du soutien ponctuel au parti SADI, permettront de construire les luttes contre les guerres impérialistes qui ruinent l’Afrique et le monde entier. Les petites solidarités peuvent aider pour des grandes luttes pour extraire le monde de l’hydre impérialiste au profit d’une révolution politique et sociale qui garantit la paix et la justice sociale.
Quand est-ce que le Dr Oumar Mariko compte-t-il rentrer au Mali?
Je reviendrai au Mali dans un contexte où la justice, la paix et l’expression démocratique auront droit de citer. J’y travaille, je félicite ceux qui se battent à l’intérieur du pays au quotidien; je suis persuadé que cela ne saurait plus tarder.
Comme mot de la fin, quel appel avez-vous comme un message de paix, de reconciliation nationale et pour rassembler tous les Maliens autour des objectifs de paix, de sécurité et développement du Mali, que diriez vous aux Maliens?
Je lance un appel à tous ceux qui sont épris de paix et de justice à nous mettre ensemble dans un vaste mouvement pour la paix et la justice sociale. Je suis solidaire de tous ceux qui sont actuellement en prison pour leur opinion et plaide pour leur libération. C’est de la responsabilité de la justice qui doit savoir se mettre au dessus de la mêlée politicienne.
Propos recueillis par la Rédaction
Source: Le Républicain