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Décryptage : Reconstruire l’unité nationale par la culture

Depuis 60 ans, de Modibo Keita à Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), les différents exécutifs ont tenté de construire une unité nationale, négligeant au passage les rapports de forces politiques qui ont emporté inéluctablement leur projet d’unité nationale. Le constat : même si certains exécutifs ont mieux réussi que d’autres ; les échecs sont cuisants.

 

Mieux se connaitre et s’approprier leur patrimoine culturel

L’unité nationale se traduit par la cohésion des populations dans une nation, un ensemble où tout se tient. Au Mali, l’unité nationale, objet de débats, voit son existence menacée régulièrement à cause des risques de divisions entre Maliens.

Modibo Keïta, père de l’Indépendance malienne, a misé sur la culture pour construire son projet d’unité nationale. Le mot culture, au sens de valeurs, de références intellectuelles et artistiques communes, devient l’ingrédient par excellence pour écrire un récit national : monuments, symboles, référentiels socioculturels, etc. Cette promesse pourrait-elle être la nôtre aujourd’hui ? Rien ne doit être laissé de côté pour incarner le Mali en chantier : patrimoine historique (manuscrits, mausolées…) artisanat, littérature, science, coutumes, croyances, mœurs, traditions… Valoriser tout ce qui fait le Mali pour que tous les Maliens se reconnaissent et s’acceptent entre eux. Dans les années 60, le régime de Modibo Keïta crée, dans le cadre d’une politique culturelle, l’Ensemble instrumental national, la Librairie populaire, la Semaine de la jeunesse, etc. Il s’agissait d’apprendre aux Maliens de mieux se connaitre et s’approprier leur patrimoine culturel. En 1966, la représentation théâtrale de la révolte des Bobos de 1916 par la troupe de Ségou illustre la vision politique de Modibo Keïta pour faire de la culture un moyen d’influence et une arme de pouvoir. Malheureusement, le projet de Modibo Keïta va prendre un coup. Car, le président Keïta sera écarté du pouvoir en 1968 par Moussa Traoré, auteur du 1er putsch militaire.

La place de la culture dans la fabrique d’une nation

Presque vingt-trois ans après, le 1er président du Mali démocratique, Alpha Oumar Konaré remet la culture au cœur de sa gouvernance pour retrouver les chemins de l’unité nationale. La biennale internationale des rencontres africaines de la photographie, la statue de la maternité ou l’obélisque des idéogrammes donnent à voir et à comprendre la place de la culture dans la fabrique d’une nation. La continuité des actions culturelles d’Alpha Oumar Konaré a été assurée timidement par son successeur, Amadou Toumani Touré (ATT), plus tourné vers les réformes sociales (Assurance Maladie Obligatoire, Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes…). Mort cette semaine, le 10 novembre 2020 à l’âge de 72 ans, les Maliens lui sont reconnaissants en tant que soldat de la démocratie lorsqu’il a chassé Moussa Traoré du pouvoir le 26 mars 1991 pour contrecarrer la dérive mortifère du régime de Moussa Traoré. Il trace ainsi les lignes du “consensus” démocratique. Mais, hélas ! D’autres présidents Maliens ont moins bien réussi. Le contexte sécuritaire corsète toute réforme culturelle. Par exemple, IBK a raté l’alchimie culture/unité nationale pour redonner du sens à sa gouvernance. D’ailleurs, on l’a bien vu ; l’image de son régime n’a cessé de se dégrader à cause des manifestations du M5-RFP, Mouvement du 5 juin. Régime finalement emporté par le putsch du 18 août 2020, mené par le CNSP, Conseil national pour le salut du peuple.

Elever le Mali plus haut qu’il ne l’est

Aujourd’hui, il reste à savoir si l’exécutif actuel est-il disposé à ouvrir une 3eme voie, celle de la culture entre un monde politique qui est critiqué et critiquable et un monde culturel de plus en plus précaire ?

Certes, 18 mois sont insuffisants pour répondre à cette question, et échafauder une politique culturelle innovante. Certes, la chape de plomb sécuritaire peut vite se transformer en une tempête de sable aveuglante. Certes, les rapports de forces politiques peuvent créer un ronronnement politique assourdissant. Mais, rien n’empêche les autorités de la transition de dessiner une œuvre d’art culturelle pour la postérité. D’autant que leur capital sympathie et d’acceptation au sein de la population n’est pas encore entamé. La devise, Un Peuple, Un but, Une foi, doit s’incarner. Le moment est donc venu pour élever le Mali plus haut qu’il ne l’est, en le réconciliant par le bas. Par exemple, la création de centres culturels générationnels, en plus des missions culturelles, ne serait pas une institution de trop. Ce serait une belle œuvre d’art pour le Mali, et aussi un cadre où l’expression culturelle peut se libérer. Nul doute que c’est à ces conditions que l’art peut être au service de l’unité nationale et nourrir le récit national. Loin d’être une simple distraction, la culture permet de former des citoyens et de faire dialoguer des populations autrement, au même titre que l’éducation.

A l’heure de la révolution numérique, le pouvoir de la culture n’est-il pas plus fort que celui des détenteurs du pouvoir ?

 

Mohamed Amara

Sociologue

Source : Mali Tribune

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