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CONTRIBUTION NATION : L’avenir du Mali au cœur d’un échange entre un professeur et son étudiant

Il est d’une coutume pour moi d’appeler (au téléphone) certains de mes professeurs, et d’envoyer des messages à d’autres, au lendemain des fêtes religieuses. Une manière pour moi de les témoigner et de les exprimer toute ma reconnaissance pour leur participation à la constitution et à la formation de l’homme que je suis. Donc un devoir de conscience et de reconnaissance.

 

C’est ainsi que j’ai appelé, au lendemain de la fête, le plus villageois d’entre eux (dont je préfère garder l’anonymat). C’est-à-dire celui qui n’a pas encore pris connaissance de l’existence de Facebook et de WhatsApp. Rires !

Au téléphone, après lui avoir transmis et lui avoir exprimé mes vœux les meilleurs de la fête, et voulant décrocher l’appel, m’a-t-il demandé si j’ai suffisamment de crédits pour un peu bavarder. Des crédits pour bavarder, je n’en ai pas, lui ai-je répondu. Tous les deux, nous nous sommes éclatés de rire. Et soudain, l’appel a été interrompu. Quelques secondes plus tard, le voici de retour, me posant une question magistrale avec un ton amical : Mon cher, comment se porte la science, m’avait-il demandé. La science se porte bien, lui ai-je répondu. Ainsi a pris fin la conversation. Disons, c’était mon impression !

Mais hier soir, j’ai reçu un appel téléphonique avec un numéro inconnu. Sitôt décrocher, à ma grande surprise, c’était lui qui était de l’autre côté de l’appareil. Et cette fois-ci, on n’a pas eu le temps de se transmettre mutuellement les salutations coutumières avant qu’il ne me pose une question philosophique, qui nous a conduits vers un débat sans fin et sans conclusion.

Mon cher, ton avis m’intéresse sur la situation politique du pays, pourquoi sommes-nous dans cette répétition sans cesse et sans fin d’instabilité politique, l’avait-il balancé.

Cher professeur, d’abord, vous auriez largement connu mon avis sur la situation politique du pays si seulement vous possédiez un compte Facebook, parce que j’y publie constamment mes opinions politiques. Ensuite, nous, nous sommes les disciples de l’école socratique tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. Plus loin encore, j’ai appris avec la philosophie taoïste que le premier pas vers la connaissance est la prise en conscience de limites de ses propres connaissances. À cet effet, face à vous, je mesure la très nette limite de mes compétences et connaissances. Enfin, à vous de me dire donc ce que vous en pensez, et à partir de votre réponse, peut-être nous pouvons avoir un fil déclencheur de discussion, lui ai-je dit.

Comme toujours, Diawara aime philosopher. J’en apprécie beaucoup. Voyez-vous, mon cher Diawara,l’un des plus grands problèmes de notre pays est lié et s’explique par la présence éternelle de ces hommes politiques qui, au-delà de leur refus de libérer l’espace politique pour la nouvelle génération, s’affrontent les uns les autres au lieu d’affronter les problèmes du pays. Et cela dure depuis plus de trente ans, m’a-t-il raconté.

D’abord, cher professeur, si seulement si je n’étais pas rassuré de la largeur et de la grande ouverture de votre esprit, je vous aurais répondu à la malienne, en faisant une juxtaposition de l’affirmation : Oui OuiOui c’est vrai.  Cependant, vous connaissant et ayant eu la chance de vous pratiquer et de vous fréquenter largement, avec modestie, je me permettrai donc de dégonfler les termes du débat, de tenter d’élever le niveau du débat en vous contredisant par des questions anthologiques, lui ai-je dit.

Professeur, ai-je continué, selon le philosophe autrichien, Karl Popper, l’intellectuel est celui qui aperçoit le lien entre les choses, les idées, les phénomènes. Les liens que d’autres ne voient pas. Et pour ce faire, il induit, déduit, résout, anticipe, transmet, partage, compare… Autrement dit, il associe les représentations, relie les phénomènes, relie un effet à une cause. Et la plus connue de cette méthode est la méthode expérimentale, c’est-à-dire expliquer tout simplement le lien entre les effets et les causes (principe de causalité). Vous en savez mieux que moi, je n’ai aucune intention de vous en apprendre. D’ailleurs qui suis-je pour le faire et avec quel niveau ?

Cependant, sachant bien que je ne suis pas un intellectuel et que je n’en serais jamais, je voudrais m’efforcer, si vous me le permettez, de voir les liens dans votre réponse en les comparant effectivement avec d’autres liens, pour voir si votre réponse, votre avis tient la route. Ainsi donc, en espérant que nous nous sommes mis d’accord sur cette approche discursive, j’aimerais vous dire qu’à partir de votre réponse, j’ai retenu deux éléments : la durée des hommes sur la chaîne politique et leurs comportements. À ce propos, les comportements des hommes pouvant être (dans une certaine mesure) un élément subjectif, cher professeur, vous serez d’accord avec moi qu’il il nous serait difficile de l’appréhender rationnellement pour saisir sa quintessence, ses réalités. Par ailleurs, le temps ou la durée des hommes sur la chaîne politique est un fait concret, un élément factuel, une réalité objective qui peut être facilement et rationnellement appréhendée, analysée, étudiée et comparée.

Et si l’un et l’autre nous sommes consentants sur tout ce que je viens de dire, et ayant en esprit que toute connaissance procède par une comparaison diachronique (temps) et synchronique (espace), j’aimerais que vous sachiez, si vous ne le saviez pas, qu’Emmanuelle Macron, le président français, avait douze (12) ans quand le mur de Berlin est tombé. Et la chute du mur de Berlin est le début d’entrer en politique de la chancelière allemande, Angela Merkel. En 2005, lorsqu’elle a été élue chancelière et prenait la présidence de l’Union européenne, Macron avait vingt-huit (28) ans et n’était qu’un fonctionnaire. Je vais dire par là que depuis la chute du mur de Berlin à nos jours, madame Angel occupe l’espace politique allemand. Pourtant, malgré le temps, la durée, malgré l’alternance politique générationnelle du côté de la France incarnée par larrivéed’Emmanuel Macron au pouvoir, tous les indicateurs (qu’ils soient politiques, économiques, militaires) sont unanimes de dire que le parcours politique d’ Angel Merkel a permis de rehausser l’image de l’Allemagne sur la chaîne internationale.

Plus loin encore, Sergueï Lavrov, connu et reconnu comme l’un des plus brillants diplomates de notre époque, est ministre des affaires étrangères russes depuis plus de dix-sept (17) Ans. Son patron, c’est-à-dire Vladimir Poutine, domine l’espace politique russe depuis 1996. Et comme vous le savez mieux que moi, après la chute du mur de Berlin qui symbolise la disparition du bloc soviétique, la Russie n’existait quasiment pas sur la chaîne politique internationale. Elle n’était considérée que moins que rien par les puissances rivales. Cependant, elle est prise maintenant au sérieux par les autres puissances. Et cela, grâce au leadership de Vladimir Poutine qui, pourtant, est présent sur la chaîne politique depuis plus de trente ans.

Dans le même ordre d’idées, je vous donnerai un autre exemple concret. En effet, Joseph Biden a fait quarante-neuf (49) ans en étant sénateur, huit (8) ans comme Vice-président, quelques mois en tant que président des U.S.A. Donc plus d’un demi-siècle de présence sur la chaîne politique. Je peux continuer à vous en parler d’autres exemples, comme celui de Paul Kagamé et tant d’autres, mais je vais m’y abstenir pour ne pas épuiser tout votre crédit (téléphonique).

Ainsi, cher professeur, au regard de tout ce qui précède, de tout ce que je viens de vous dire, comment est-ce possible que le temps, la durée sur l’espace politique peut être un facteur explicatif de l’instabilité politique, du retard d’un pays, une entrave pour la bonne marche d’un pays (en l’occurrence le nôtre) et, dans le même temps, peut être considéré comme un atout pour d’autres ? Pourquoi ces pays, ci-dessus cités, ne sont-ils pas plongés dans l’instabilité politique incessante étant donné qu’on y trouve des hommes politiques dont la présence sur la chaine politique dure depuis plus de trente (30) ans ?  Ne trouvez-vous pas que le problème est ailleurs et qu’il faut tourner le regard vers d’autres facteurs hormis facteur temps, c’est-à-dire la durée des hommes sur la chaîne politique ? À supposer que tous  les hommes politiques (du mouvement démocratique) se retirent sur la chaîne politique, que feriez-vous et où mettriez-vous le peuple qui a engendré, qui a soutenu et qui continue de soutenir les hommes politiques du mouvement démocratique ?

Quand est-ce que tu rentres au pays, Diawara, m’a-t-il dit. Quand vous m’auriez répondu, professeur, lui ai-je répondu. Tous les deux, nous nous mis à rire et ce fut la fin de notre conversation sans conclusion.

                          Belgrade, le 26 juillet 2021

Sekhou sidi Diawara connu sous le nom de « Serpent », doctorant à la faculté de sciences politiques de Belgrade.

E-mail : diawara sekhousidi@yahoo.fr

Source : La Sirène

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